La poli­tique indus­trielle de Carlos Ghosn : Aller là où les autres ne vont pas

Industrielle

Il y a quelques mois, le monde était au bord de la guerre suite au bombar­de­ment d’une île sud-coréenne par son voisin nordiste. La Chine était bien évidem­ment à la une de bien des médias, ceux-ci mettant en avant le peu d’influence appa­rent des auto­ri­tés chinoises sur son allié. Pour les U.S, cette période a été l’occasion de montrer ses muscles gonflés arti­fi­ciel­le­ment par une créa­tine finan­cée par des bons du Trésor géné­reu­se­ment ache­tés par ce qui fut son atelier. Une fois ses grandes manœuvres termi­nées, le gouver­ne­ment chinois a sifflé la fin de la partie et renvoyé chaque camp dans son coin jusqu’à la prochaine partie.

N’ayant pas d’images des dégâts causés par une bombe nucléaire nord-coréenne sur la capi­tale japo­naise, les médias se sont alors trans­for­més en enquê­teurs en mettant sur le devant de la scène une histoire d’espionnage indus­triel au détri­ment de Renault. Le Figa­ro, parte­naire offi­ciel de la marque au losange, s’est durant plus de dix jours fait le relais d’une histoire dont les contours paraissent aujourd’hui plus que troubles. Le média avait les corrom­pus, le corrup­teur ainsi que tous les détails sur cette corrup­tion touchant non pas des éléments sensibles sur la concep­tion des véhi­cules élec­triques, mais de vagues dates sur le calen­drier du suppo­sé projet. Aujourd’hui, personne ne sait rien et tant les enquê­teurs que les magis­trats en charge de ce dossier sont dubi­ta­tifs sur la véra­ci­té des témoi­gnages et des raisons réelles de la mise à pied des trois cadres qui ont d’ailleurs porté plainte.

Ce matin Le Figa­ro, cour­roie média­tique de la marque au losange relate l’interview du plus mauvais patron qu’ait eu cette socié­té en titrant : Renault dévoile un plan stra­té­gique « plus réaliste ». Dans cet article dont le titre peut faire croire à un moment de clair­voyance de la part de Carlos Ghosn, celui-ci nous annonce que c’est la Russie qui sera la cible privi­lé­giée. Il est vrai que dans un pays comp­tant annuel­le­ment 30 000 (et non 3 millions comme indi­qué précé­dem­ment par erreur ) de tués sur ses routes, une prime à la casse pour­rait s’avérer porteuse pour des ventes de véhi­cules à bas prix et à usage unique, c’est-à-dire le temps d’aller percu­ter le mur le plus proche. Une autre filière pour­rait être la fabri­ca­tion de corbillards, secteur où Renault a été un spécia­liste avec son Esta­fette qui équi­pait tant les gendar­me­ries que les services locaux de pompes funèbres.

Une nouvelle superbe vision d’avenir de la part d’un construc­teur auto­mo­bile qui fait l’impasse sur le pays où tous les autres vont et où son concur­rent hexa­go­nal direct PSA se fait une place non négli­geable aux côtés des autres construc­teurs euro­péens. Si certains pour­raient penser que s’implanter en Russie permet d’éviter les problèmes de corrup­tion et de copie, il suffit de regar­der les statis­tiques concer­nant ces deux secteurs pour se rendre compte que les malheu­reux copieurs du Concorde n’ont rien à envier dans ces domaines à leurs voisins Chinois.

En fait, la poli­tique du patron de Renault est d’aller là où il y a de la place et où celle-ci n’est pas trop diffi­cile à prendre. Annon­cer des hausses de part de marché dans un pays où la concur­rence est bien moins rude qu’en Chine permet­tra à Carlos Ghosn de justi­fier son salaire, quitte à licen­cier quelques employés si ces prévi­sions prennent l’eau. Un très bel exemple de ce qu’il ne faut pas faire à desti­na­tion des futurs hauts diri­geants. Pour le patron de Renault, l’avenir passe aujourd’hui par la Russie, peut-être avant de deve­nir le direc­teur d’un grand média comme Le Figa­ro chez qui il a tissé de solides liens d’amitié réci­proques.