La France se voile, la Chine se « mini-jupise »

robe andré courrègesSi Mary Quant l’a créée il y a déjà 50 ans, c’est André Cour­règes qui en a fait une vedette traver­sant les décen­nies sans pour cela prendre une ride. Elle, c’est la mini-jupe qui fut un sujet de discus­sion houleux dans bien des foyers. À cette époque, et s’il n’était pas ques­tion de voile inté­gral, voir sa fille ou sa femme sortir dans la rue ainsi habillée était en effet parfois source de conflit. Lors de ces années 60, la ques­tion ne se posait pas en Chine du fait que l’immense majo­ri­té de la popu­la­tion portait des habits prati­que­ment iden­tiques, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes.

La réou­ver­ture de la Chine sur l’extérieur a égale­ment été le signe d’une libé­ra­li­sa­tion que le système maoïste avait hypo­cri­te­ment caché, lais­sant ainsi croire à une socié­té vertueuse et exempte du moindre défaut. Ce sont tout d’abord les robes fendues qui refont leur appa­ri­tion après avoir été en vogue lors des grandes heures de Shan­ghai et qui habillent encore bien des hôtesses de restau­rants ou de KTV’s. Les jeunes géné­ra­tions n’ayant que faire d’une époque qu’ils n’ont pas plus dési­ré que leurs parents et n’ont eux plus à subir rattrapent par consé­quent le temps perdu. Si les garçons mettent en valeur leur cheve­lure en la faisant sculp­ter dans les salons de coif­fure propo­sant des dizaines de modèles diffé­rents, les filles n’hésitent plus à montrer leurs jambes, ce qui était encore impen­sable il y a quelques années.

Il ne s’agit nulle­ment de provo­ca­tion gratuite, mais du simple plai­sir éprou­vé par ce sexe tradi­tion­nel­le­ment dit faible de se montrer tel qu’il est en mettant en valeur ce qui est une des bases de la fémi­ni­té. Autre­fois cachées jusqu’aux chevilles, les jambes se dévoilent de plus en plus sans que cela ne choque les géné­ra­tions plus anciennes. Il y a certes sans doute quelques aigri(e)s pour criti­quer cette manière de s’habiller, mais dans l’ensemble ce chan­ge­ment vesti­men­taire passe quasi inaper­çue, même si cela est gran­de­ment dû au fait que dans ce pays ce que fait l’autre est tota­le­ment ignoré.

Comme dans bien des cas, cette mode est venue de l’étranger pour être relayée par quelques vedettes locales du show-biz. Les plus jeunes ont ensuite repris les jupes courtes à leur compte avant d’être adop­tées par des femmes qui semblent ainsi vouloir montrer un certain moder­nisme dans les menta­li­tés. Si la mini-jupe n’est appa­rue que récem­ment dans les zones plus recu­lées du pays, c’est pour la simple raison que ces popu­la­tions étaient encore il y a peu empreintes de ces tradi­tions qui faisaient qu’une femme ne devait pas montrer ses formes à quelqu’un d’autre que son mari. La vague de moder­ni­té gagnant peu à peu l’intérieur du pays, les habi­tudes vesti­men­taires suivent ce qui se fait de manière plus ancienne sur la côte.

Dès les premiers beaux jours, les panta­lons sont donc rangés dans l’armoire et laissent leur place à des jupes qui sans être provo­cantes dans l’esprit de celles qui les portent, mettent en valeur ce que les femmes ont supé­rio­ri­té sur nous les hommes, soit de belles jambes. Pour ces personnes, affir­mer leur fémi­ni­té après des années d’uniformisation semble être un véri­table bol d’air, même si ces géné­ra­tions n’ont que peu ou pas connu cette diffi­cile époque des années 60–70.

En ce qui concerne le haut, il faudra sans doute encore attendre quelques années, les premiers décol­le­tés dignes de ce nom ne faisant qu’une timide appa­ri­tion. En dehors du frein impo­sé par la tradi­tion, c’est égale­ment le fait qu’en règle géné­rale les Chinoises ont des poitrines peu déve­lop­pées qui s’oppose à montrer ce qu’elles n’ont que peu. Derrière ce simple chan­ge­ment du mode d’habillement se dessine une modi­fi­ca­tion plus profonde, car touche au plus profond des menta­li­tés. Si chan­ger en effet d’apparence est une simple ques­tion de volon­té person­nelle, celle-ci doit obli­ga­toi­re­ment s’accompagner d’un chan­ge­ment géné­ral des menta­li­tés. Il s’agit alors d’une modi­fi­ca­tion sociale du compor­te­ment, ce qui est bien profond que la simple adap­ta­tion d’une mode quelconque.