La Fran­ce de mon enfan­ce et d’après : intro­duc­tion

refletsdechine.comPlus on vieillit et plus on éprou­ve le besoin de s’arrêter quel­ques instants pour faire le point sur sa vie passée, ce bien enten­du sous réser­ve d’avoir réel­le­ment vécu. Cela sous-entend d’avoir pris à certains moments des déci­sions influant sur ce qui allait deve­nir son avenir de maniè­re posi­ti­ve, en ayant réus­si à acqué­rir sa propre maison à l’aide d’un comp­te épar­gne et/ou un livret d’épargne, fruit d’un travail four­ni durant de longues années, ou néga­ti­ve. À une époque où il est habi­tuel de cacher sa véri­ta­ble exis­ten­ce derriè­re des para­vents plus ou moins virtuels dont la fina­li­té est une certai­ne valo­ri­sa­tion vis-à-vis de soi au travers du regard des autres, cette nouvel­le série d’articles n’a dans un premier temps aucun rapport avec le pays où je vis, mais celui d’où je viens.

La Chine n’y est toute­fois pas étran­gè­re puis­que sans mes quel­ques années passées ici, ma réflexion aurait sans doute été tout autre par manque de recul et de points de compa­rai­sons. Si ce pays ne m’a que très peu appor­té d’un point de vue finan­cier, ce qui contrai­re­ment à beau­coup d’expatriés n’était pas mon but premier, il m’a par contre énor­mé­ment appris et a modi­fié en profon­deur certains de mes compor­te­ments tant vis-à-vis des autres que de moi-même. La Chine est en effet un pays où l’on apprend par force à vivre ou à revi­vre pour peu que l’on s’extirpe de la gangue entou­rant les méga­po­les de plus en plus occi­den­ta­li­sées où si l’on n’y est que peu dépay­sé, n’apportent en contre­par­tie que le mini­mum de cette suite d’expériences donn­nant une raison d’être à cet espa­ce temps entre la nais­san­ce et la mort.

Ces diffé­ren­ces sont-elles d’ailleurs si éviden­tes que cela, j’en suis de moins en moins sûr tant l’histoire semble inexo­ra­ble­ment se répé­ter, l’âge prenant alors toute sa valeur en procu­rant ces éléments de compa­rai­son indis­pen­sa­bles à tout être humain dont le cerveau fonc­tion­ne de maniè­re analo­gi­que (mémoi­re), c’est-à-dire en compa­rant deux situa­tions en appa­ren­ce proches. C’est d’ailleurs cette analo­gie qui est la cause de nombreu­ses erreurs d’analyse en ne permet­tant de compa­rer des éléments qu’en fonc­tion d’un vécu ou d’une éduca­tion (au vrai sens du terme) se trou­vant méca­ni­que­ment limi­tée par le nombre d’années et l’épaisseur du cocon social ayant entou­ré cette pério­de.

La Chine n’y est toute­fois pas étran­gè­re puis­que sans mes quel­ques années passées ici, ma réflexion aurait sans doute été tout autre par manque de recul et de points de compa­rai­sons. Si ce pays ne m’a que très peu appor­té d’un point de vue finan­cier, ce qui contrai­re­ment à beau­coup d’expatriés n’était pas mon but premier, il m’a par contre énor­mé­ment appris et a modi­fié en profon­deur certains de mes compor­te­ments tant vis-à-vis des autres que de moi-même. La Chine est en effet un pays où l’on apprend par force à vivre ou à revi­vre pour peu que l’on s’extirpe de la gangue entou­rant les méga­po­les de plus en plus occi­den­ta­li­sées où si l’on n’y est que peu dépay­sé, n’apportent en contre­par­tie que le mini­mum de cette suite d’expériences donn­nant une raison d’être à cet espa­ce temps entre la nais­san­ce et la mort.

Ces diffé­ren­ces sont-elles d’ailleurs si éviden­tes que cela, j’en suis de moins en moins sûr tant l’histoire semble inexo­ra­ble­ment se répé­ter, l’âge prenant alors toute sa valeur en procu­rant ces éléments de compa­rai­son indis­pen­sa­bles à tout être humain dont le cerveau fonc­tion­ne de maniè­re analo­gi­que (mémoi­re), c’est-à-dire en compa­rant deux situa­tions en appa­ren­ce proches. C’est d’ailleurs cette analo­gie qui est la cause de nombreu­ses erreurs d’analyse en ne permet­tant de compa­rer des éléments qu’en fonc­tion d’un vécu ou d’une éduca­tion (au vrai sens du terme) se trou­vant méca­ni­que­ment limi­tée par le nombre d’années et l’épaisseur du cocon social ayant entou­ré cette pério­de.

Ce besoin natu­rel de forger son opinion en fonc­tion d’éléments vécus ou appris lors de son cursus scolai­re est dans bien des cas la cause d’une tota­le incom­pré­hen­sion de la part de ceux dont l’esprit a été forma­té par une idéo­lo­gie qu’elle soit fami­lia­le, poli­ti­que ou plus géné­ra­le­ment socia­le. C’est ainsi qu’une famil­le vivant modes­te­ment par obli­ga­tion ne fréquen­te­ra majo­ri­tai­re­ment que des person­nes issues de la même origi­ne socia­le, celles plus aisées ne se fréquen­tant égale­ment qu’au sein d’un cercle limi­té par ces barriè­res très vague­ment cultu­rel­les. Cette réali­té d’un monde faus­se­ment binai­re conduit à ne pas compren­dre l’autre en trou­vant sa fina­li­té dans un mépris réci­pro­que. À l’intérieur même de ces castes socia­les se forment de nombreu­ses sous-divisions prenant pour base l’aisance finan­ciè­re, la profes­sion, ce qui crée ensui­te autant de compor­te­ments sectai­res proches du racis­me le plus pur du fait de la croyan­ce en une supé­rio­ri­té héri­tée de son rang social.

Bien avant que la Chine ne soit confron­tée à ce problè­me minant les valeurs de toute socié­té qui par défi­ni­tion doit vivre sur une base de soli­da­ri­té, la Fran­ce a elle aussi connu cette pério­de. Si ces travers sont de nos jours moins visi­bles, c’est qu’ils sont dissi­mu­lés à des fins d’égalité appa­ren­te et nive­lés par des systè­mes politico-économiques impo­sant ce qui ne n’était pas natu­rel­le­ment, soit ce ciment permet­tant à un édifi­ce natio­nal de tenir debout. C’est cette propen­sion à vouloir échap­per à ce qui aurait dû être une norma­li­té qui est à la base de ce qui est nommé prélè­ve­ments obli­ga­toi­res, ce qui sous-entend qu’ils n’ont rien de volon­tai­re. C’est de la même maniè­re que les dons à des œuvres cari­ta­ti­ves se sont vus défis­ca­li­sé, ce qui a pour effet de donner aux géné­reux dona­teurs une appa­ren­ce huma­nis­te à moin­dres frais. Cette déci­sion est loin d’être anodi­ne en prou­vant que l’intérêt person­nel l’emporte la plupart du temps sur les belles pensées.

La faute à une époque ? Sans doute pas, puisqu’autrefois les bons et riches catho­li­ques étaient déjà placés aux premiers rangs lors de la messe domi­ni­ca­le en occu­pant des sièges marqués de leurs noms. Lors de ces années pas si loin­tai­nes exis­tait déjà le marke­ting social sous une forme moins matra­quée, mais tout aussi perver­se. Lors de la quête réali­sée par de beaux enfants de chœur ayant revê­tu leur souta­ne rouge et leur surplis blanc, le curé annon­çait en effet fière­ment les dons effec­tués par ces « sain­tes famil­les ». Si ces sommes venaient amélio­rer le quoti­dien du précep­teur, celui-ci deve­nait pour l’occasion un servi­le percep­teur puisqu’une partie de cet argent servait ensui­te à agran­dir le patri­moi­ne immo­bi­lier de l’Évêché. Ayant été un de ces enfants mis ainsi en expo­si­tion au nom de la reli­gion et d’une certai­ne obli­ga­tion faite aux parents de demeu­rer dans les normes édic­tées, je revien­drai plus tard sur mes quel­ques années passées à tenter de me persua­der qu’un dieu tout puis­sant veillait sur nous ainsi que sur l’endoctrinement qui était celui de cette époque. C’est plus tard que je compren­drai la simi­li­tu­de de cette « appren­tis­sa­ge » avec certains aspects de la vie des Chinois lors de séquen­ces à voca­tion idéo­lo­gi­ques.

Issu d’une famil­le modes­te pour ne pas dire pauvre, j’ai toute­fois gran­di sans que me soit impo­sé « la haine du riche ». Celui-ci était en effet présen­té comme permet­tant de survi­vre en donnant chaque mois une part mini­ma­le des béné­fi­ces du travail four­ni. On lui devait donc un respect total proche de cette même soumis­sion souvent mise en avant lorsqu’elle est le fait des ouvriers chinois. Mon père travaillait 14 heures par jour sept jours par semai­ne en ayant droit à quel­ques jours de congé lors­que son patron le permet­tait. Il faut dire que celui-ci devait finan­cer les appar­te­ments défis­ca­li­sés qu’il ache­tait à l’époque en Espa­gne en plus de devoir satis­fai­re aux besoins de ses deux enfants (un garçon et une fille) envoyés dans les meilleu­res écoles, de l’entretien d’un bateau et de diver­ses babio­les liées à la réus­si­te socia­le. La Fran­ce n’ayant jamais limi­té les nais­san­ces, nous étions huit enfants à nous parta­ger chaque repas, mes parents rêvant de pouvoir donner simple­ment à chacun un travail. Si la reli­gion était censée nous appren­dre l’amour de son prochain, le fron­ton de la mairie affi­chait fière­ment pour sa part « liber­té, égali­té, frater­ni­té ».

Un de mes frères venait d’être envoyé en Algé­rie pour y faire son servi­ce mili­tai­re et parti­ci­per à la paci­fi­ca­tion de cette région de Fran­ce. Bien que n’ayant que 6 ans à cette époque, je me souviens très bien de cette Jeep avec à son bord plusieurs mili­tai­res armés et casqués. Intri­gué par cette scène, j’avais deman­dé à ma mère de quoi il s’agissait. Sa répon­se fut :

« Je pense que nous allons enco­re avoir la guer­re »

Bien que très jeune, j’ai de suite pensé à mon frère parti défen­dre les valeurs et l’indépendance de la Répu­bli­que fran­çai­se. Il en revien­dra en 1962 en rece­vant comme remer­cie­ments des pier­res lancées par ceux restés bien au chaud dans leur idéo­lo­gie, mais grands défen­seurs d’une unité natio­na­le qui n’était déjà depuis long­temps qu’une faça­de.

La suite la semai­ne prochai­ne …