La Fran­ce comp­te offi­ciel­le­ment 5,80 % d’électeurs abru­tis

votesEn 2012, ils ont été 2 146 405 à être inca­pa­bles de glis­ser dans une enve­lop­pe un des bulle­tins de vote « géné­reu­se­ment » four­nis, soit 5,80 % des votants. C’est en tout cas ce que tentent de lais­ser croi­re les parle­men­tai­res qui ont voté la loi concer­nant la comp­ta­bi­li­sa­tion sépa­rée des votes blancs. Les repré­sen­tants du peuple se sont même fendus d’un trait d’humour puis­que cette mesu­re ne sera appli­quée qu’à comp­ter du 1er avril.

Les bulle­tins blancs seront comp­ta­bi­li­sés après le jour des blagues, mais ils n’entreront toute­fois pas dans les résul­tats des suffra­ges expri­més. En dehors des aspects statis­ti­ques, cette mesu­re est tota­le­ment inuti­le et d’ailleurs voulue comme telle. Comp­ta­bi­li­ser les voix des élec­teurs expri­mant leur dégoût pour la clas­se poli­ti­que est incom­pa­ti­ble avec le fonc­tion­ne­ment de la nomenk­la­tu­ra se parta­geant le gâteau à tour de rôle.

Si ces bulle­tins avaient été pris en comp­te lors de la derniè­re élec­tion prési­den­tiel­le, les résul­tats auraient été confor­mes à la vision initia­le de la démo­cra­tie où chaque voix a le même poids. Pour les gérants des maga­sins PS et UMP et autres succur­sa­les, ce résul­tat les aurait peut-être inci­tés à chan­ger de compor­te­ment en privi­lé­giant l’efficacité sur le terrain.

Avec seule­ment 1,64 % d’avance sur Sarko­zy, Fran­çois Hollan­de n’aurait pu être élu en tenant comp­te des bulle­tins blancs ou nuls, la situa­tion étant la même pour son concur­rent. Si l’on ajou­te les absten­tion­nis­tes, ce sont près de 25 % des élec­teurs inscrits qui manquent à l’appel. Quel que soit le bord poli­ti­que du candi­dat élu, il n’y a réel­le­ment pas de quoi faire la fête le soir du second tour. Si l’on prend en effet le nombre total d’inscrits, Fran­çois Hollan­de a été élu au scru­tin majo­ri­tai­re avec 39 % des voix, ce qui appa­raît pour le moins étran­ge.

La futu­re comp­ta­bi­li­sa­tion des votes blancs n’est par consé­quent qu’un gadget supplé­men­tai­re venant s’ajouter aux arti­fi­ces mis en place par une clas­se poli­ti­que usée. Parce qu’elle est parfai­te­ment au courant de son usure, elle n’envisage pas un instant de chan­ger quoi que ce soit à un systè­me taillé sur leurs mesu­res.

Sans gagnant, quel­le serait alors la solu­tion ? Revo­ter, mais après une campa­gne de cour­te durée et finan­cée propor­tion­nel­le­ment par les seuls partis, l’UMP ayant démon­tré sa riches­se lors de l’épongeage des comp­tes inva­li­dés. Pour la suite, il serait inté­res­sant de doter un mandat d’élu d’un systè­me de points comme pour le permis de condui­re. Douze points au début de la manda­tu­re et des sanc­tions pour chaque manque­ment injus­ti­fié aux promes­ses faites lors de la campa­gne élec­to­ra­le. Plus de points au bout de deux ans ? On revo­te après saisie conser­va­toi­re des biens du candi­dat à des fins de garan­tie. Le résul­tat serait un nombre réduit de candi­dats, mais bien plus sérieux. Mais bon, tout cela se passe dans un autre monde, par exem­ple une vraie démo­cra­tie.