La Chine, un pays en ruines renouvelables

Partager

Il y a quelques semaines, les auto­ri­tés chinoises ont lancé une campagne visant à détruire des centaines de cimen­te­ries à travers tout le pays. La pollu­tion géné­rée par ces instal­la­tions est une des raisons des récents déman­tè­le­ments, une autre moins média­tique étant de réduire de manière notable la produc­tion des ciments de mauvaise quali­té. Un ciment se décline en trois classes défi­nies en fonc­tion de sa résis­tance à la compres­sion (MPa) à 28 jours. Ces trois classes prennent le nom de 32,5, 42,5 et 52,5 auquel peut s’ajouter la lettre « R » signi­fiant rapide. Avec la hausse du nombre de construc­tions, ce sont des milliers de cimen­te­ries qui se sont implan­tées pour produire en prio­ri­té du 32,5, le plus rentable des ciments.

Cette classe convient à de nombreuses construc­tions, mais encore faut-il que le ciment label­li­sé 32,5 le soit réel­le­ment. Les cimen­te­ries exer­çant sans aucune auto­ri­sa­tion, celles placées sous la « protec­tion » de respon­sables locaux inté­res­sés par les seuls profits et des services char­gés des contrôles souvent laxistes ont ainsi été à l’origine de la produc­tion de millions de tonnes de ciment large­ment infé­rieurs à la clas­si­fi­ca­tion affi­chée. Si les premières années suivant la fin de la construc­tion les problèmes sont mineurs, ils appa­raissent passés 5 ans. Si les lézardes deviennent nombreuses, elles ne sont que la partie visible de cette mala­die qui affecte de nombreuses construc­tions. Exté­rieu­re­ment, ces immeubles ont tendance à vieillir préma­tu­ré­ment, cette impres­sion étant renfor­cée par le manque d’entretien.

A l’intérieur même de la struc­ture porteuse, le ciment de mauvaise quali­té tend à se déli­ter pour ne plus deve­nir qu’un amas de pous­sières sans aucun effet liant. Dans de nombreux cas, l’immeuble tient debout par son seul poids, ce qui repré­sente un réel danger. Celui-ci est ampli­fié par les innom­brables travaux réali­sés à proxi­mi­té des ces châteaux bran­lants et se retrouvent d’autant plus fragi­li­sés par les chocs répé­tés et les vibra­tions. Inutile de préci­ser que ce genre de ciment consti­tué majo­ri­tai­re­ment de pous­sière auquel vient s’ajouter un sable de quali­té aussi médiocre n’offre qu’une résis­tance très limi­tée lors d’un trem­ble­ment de terre. Pour se voir confir­mer ce cancer qui ronge de nombreux immeubles en Chine, il suffit d’observer quelques minutes un chan­tier de démo­li­tion concer­nant une construc­tion datant de la fin des années 90. Ce qui devrait être des blocs de ciment n’est en fait qu’un amas de pous­sière plus ou moins grise.

Le coup d’arrêt donné à ces cimen­te­ries ayant géné­ré d’énormes béné­fices est certes un point posi­tif pour l’avenir, mais ne règle en rien les problèmes des construc­tions précé­dentes. En partant du prin­cipe de base qu’un loge­ment a une durée de vie limi­tée à une tren­taine d’années avant de deve­nir inadap­té, la Chine est deve­nue un pays abri­tant des millions d’immeubles en ruines où vivent autant de Chinois en danger permanent.

Un autre élément venant s’ajouter à la mauvaise quali­té des maté­riaux est l’absence d’entretien. Alors que les Chinois sont tradi­tion­nel­le­ment atta­chés aux appa­rences, celle touchant à l’aspect exté­rieur de leur loge­ment est rare­ment prise en compte. Il est vrai que dans ce pays, on est plus inté­res­sé par la valeur marchande du m² que par celle esthé­tique. En dehors de la première couche de pein­ture, aucun rava­le­ment n’est effec­tué, le plus souvent parce qu’a un coût et ne rapporte rien. Faute d’une struc­ture gérant ces aspects, chaque famille exploite la surface chère­ment ache­tée avec pour seul objec­tif de la vendre à plus ou moins longs termes en empo­chant le maxi­mum de plus-value. Le résul­tat de cette spécu­la­tion perma­nente ne laisse que peu de place aux signes exté­rieurs, ce même si l’entretien a un impact sur sa valeur.

Il est ainsi « amusant » de consta­ter que si un auto­mo­bi­liste chinois fait laver sa voiture dès les premières pous­sières dépo­sées sur la carros­se­rie, il en est tout autre­ment pour les murs exté­rieurs de son loge­ment pour­tant là aussi ache­té cher. Sauf lorsque des catas­trophes surviennent et qu’il faut trou­ver des respon­sables en vue d’un dédom­ma­ge­ment finan­cier, le danger repré­sen­té par ces immeubles ayant vieilli avant l’âge n’inquiète guère les habi­tants. Incons­cience ? Non, car la plupart sont au courant de la mauvaise quali­té des construc­tions. Il s’agit bien plus d’une forme chinoise de fata­lisme faisant que l’on accepte les choses lorsqu’elles n’ont pas d’incidence immé­diate sur sa vie.