La Chine peut-elle faire la guer­re à un seul homme ?

YasukuniMédia­ti­que­ment la ques­tion ne se pose pas, Shin­zo Abe étant l’ennemi dési­gné depuis sa nomi­na­tion. La visi­te du premier minis­tre au sanc­tuai­re de Yasu­ku­ni n’arrange bien évidem­ment rien, ce dont le prin­ci­pal inté­res­sé a plei­ne­ment conscien­ce. D’un point de vue inté­rieur Abe ne peut s’enorgueillir de ses réus­si­tes avec un endet­te­ment public qui n’a fait que s’aggraver, ce qui ne l’a pas empê­ché de récem­ment saupou­drer quel­ques aides finan­ciè­res sur les pays de l’ASEAN les plus en froid avec la Chine. Élu grâce aux voix de la droi­te extrê­me, Shin­zo Abe culti­ve logi­que­ment son élec­to­rat comme le font tous les diri­geants des pays « démo­cra­ti­ques ». Son action ne faisant que respec­ter ses promes­ses, il est dès lors diffi­ci­le de lui repro­cher une poli­ti­que clai­re­ment annon­cée.

Depuis des mois, les médias chinois prépa­rent la popu­la­tion à un possi­ble conflit avec pour toile de fond les îles Diaoyu/Senkaku. Cette prépa­ra­tion mora­le dure depuis si long­temps que de plus en plus de Chinois se deman­dent l’objectif de ce forma­ta­ge tant la fina­li­té est très loin d’être défi­nie. S’il est en effet quoti­dien­ne­ment ques­tion du premier minis­tre japo­nais, médias et porte-paroles du gouver­ne­ment se gardent bien de citer le Japon de maniè­re globa­le et enco­re moins le peuple japo­nais. La métho­de employée par les médias se limi­te au contrai­re à isoler le gouver­ne­ment du reste de la popu­la­tion en allant jusqu’à inter­vie­wer des Japo­nais hosti­les à l’action d’Abe.

Il ne s’agit donc pas de faire la guer­re au Japon, mais à un seul homme. Si cette propa­gan­de vise en prio­ri­té la popu­la­tion chinoi­se, elle concer­ne égale­ment le peuple japo­nais. En se gardant de montrer une quel­con­que hosti­li­té à son égard, les médias chinois servent un gouver­ne­ment tenant à préser­ver les rela­tions écono­mi­ques entre les deux pays. Le Japon est en effet un parte­nai­re majeur des échan­ges commer­ciaux chinois et de plus un impor­tant employeur de main d’œuvre. En agis­sant de la sorte, les diri­geants chinois envoient un messa­ge rassu­rant à desti­na­tion des entre­pri­ses nippo­nes avec pour fond de pensée : « Lors des prochai­nes élec­tions débarrassez-vous d’Abe, vous avez tout à y gagner ». Lors­que l’on connaît la cour­te durée de vie d’un gouver­ne­ment japo­nais depuis ces derniè­res années, le fait que la popu­la­tion soit dans son immen­se majo­ri­té oppo­sée à tout conflit mili­tai­re lais­se espé­rer aux diri­geants chinois une atten­te limi­tée à quel­ques mois.

Les USA ayant fait état de leurs réser­ves sur ce liti­ge tout en assu­rant le Japon de son soutien en cas de besoin, la Chine peut conti­nuer sa partie de poker menteur jusqu’à la nomi­na­tion d’un nouveau gouver­ne­ment au Japon en meublant avec quel­ques bande­rilles large­ment média­ti­sées. De son côté, Abe est plei­ne­ment conscient de la situa­tion et ne se gêne pas pour en jouer comme cela a été le cas avec sa visi­te au sanc­tuai­re de Yasu­ku­ni. Il s’agit par consé­quent pour les deux camps de remplir au mieux l’espace-temps en évitant au maxi­mum les déra­pa­ges pouvant causer le déclen­che­ment des hosti­li­tés

Cet agace­ment mutuel a beau être enca­dré de part et d’autre, un débor­de­ment acci­den­tel demeu­re une hypo­thè­se toujours envi­sa­gea­ble. Le temps passant, s’éloigne toute­fois le spec­tre d’un affron­te­ment mili­tai­re d’envergure. Un signal de l’aggravation de la situa­tion serait que le prési­dent chinois ou le premier minis­tre évoquent ce sujet. Les deux s’en gardent bien en mettant en avant le « rêve chinois » et en en ressor­tant les vieilles images de Mao, maniè­re de d’occuper le temps. Shin­zo Abe joue pour sa part avec ses jouets que sont les dépla­ce­ments parfois criti­ques et souvent criti­qués et la cultu­re de son élec­to­rat. Il n’ya donc que peu de risque tant que les enfants s’amusent …