La Chine est-elle encore commu­niste ? (II)

Parti CommunisteUne fois au pouvoir, le parti commu­niste chinois se retrouve face à des millions d’oreilles atten­tives des discours idéo­lo­giques, et va d’emblée poser les condi­tions afin que les promesses se trans­forment en réali­té. Tout d’abord, une obéis­sance totale, pour ne pas dire une soumis­sion, aux ordres du parti, seuls à déte­nir les clefs de ce futur bonheur, et ensuite le temps, indis­pen­sable à la mise en place des réformes et à la remise sur rail du pays.

Si le peuple a accep­té, et accepte encore majo­ri­tai­re­ment de nos jours ces deux condi­tions, c’set essen­tiel­le­ment en raison de l’histoire de ce pays marquée par une succes­sion d’affrontements mili­taires ou civils, et par la situa­tion écono­mique de l’époque. On peut être prati­que­ment certain que, sans le déso­le­ment dans lequel se trou­vait ce pays dans les années 50, Mao aurait été rapi­de­ment confron­té à des soubre­sauts sociaux, et le pays à une insta­bi­li­té menant à de nouveaux affron­te­ments. Afin de s’assurer une certaine tran­quilli­té, les commu­nistes vont s’appuyer sur trois bases solides qui sont :

1°) La promul­ga­tion d’une consti­tu­tion taillée sur mesure où le mot peuple appa­raît de manière répé­ti­tive, créant ainsi un ciment dont le but est de lier la popu­la­tion aux futures déci­sions de ses repré­sen­tants.

2°) La sympa­thie, pour ne pas dire l’adoration, des classes sociales les plus nombreuses, mais égale­ment les plus déshé­ri­tées de l’ancien système que sont les ouvriers et les paysans. Le système collec­ti­viste a pour cela donné à ces deux piliers de la socié­té les éléments phares de tout pays que sont l’industrie et l’agriculture, qui dans les textes deviennent la proprié­té du peuple.

3°) Une cour­roie de trans­mis­sion entre le pouvoir en place et la masse de la popu­la­tion au travers de respon­sables locaux entiè­re­ment dévoués au parti, mais égale­ment une horde de ce qui sera nommé les « gardes rouges » dont la mission est de veiller à la bonne appli­ca­tion tant des direc­tives que de l’idéologie commu­niste.

A ces trois points, il est utile d’ajouter un certain nombre de complé­ments tels que l’interdiction de la pratique reli­gieuse et une anni­hi­la­tion de la notion de famille, ces deux points ayant pour but de concen­trer les regards vers le seul sommet que repré­sente Mao, capi­taine d’un navire chinois qu’il a promis de mener à bon port.

Durant cette période, couvrant les années 50–60, les Chinois sont majo­ri­tai­re­ment ralliés à la cause commu­niste, que ce soit de gré pour une majo­ri­té de la popu­la­tion ayant mis tous ses espoirs dans cette forme de gouver­nance, ou de force pour les quelques dissi­dents de l’époque, et ce afin de rester tout simple­ment en vie, ou éviter un séjour dans un des nombreux centres de réédu­ca­tion.

La ferme­ture quasi totale du pays est égale­ment un des points primor­diaux du main­tien de ce système, barrant ainsi la route aux idées « subver­sives » venues de l’étranger, ce qui risque­rait de semer le trouble dans les esprits. Cet isole­ment permet­tra aux diri­geants chinois de mettre en place un puis­sant réseau de propa­gande, la popu­la­tion prenant pour argent comp­tant les seules infor­ma­tions qui lui étaient déli­vrées. Si cet isola­tion­nisme a pu fonc­tion­ner, c’est en grande partie en raison de la taille du pays faisant que, même en parcou­rant des milliers de kilo­mètres, le paysage social était iden­tique, donnant l’image d’un monde à lui seul, vision qu’un terri­toire à la taille plus réduite ne peut donner. Cette volon­té d’uniformisation de la vie sociale et de la pensée peut être une des raisons qui a fait déci­der aux respon­sables de l’époque d’estomper la « tâche » reli­gieuse Tibé­taine, qui bien que faisant partie inté­grante du pays semblait disso­ner en compa­rai­son de l’aspect uniforme de la Chine, élément à ajou­ter au fait que cette région est une fron­tière natu­relle avec l’Inde, enne­mi poten­tiel de l’époque.

C’est cette situa­tion appa­rem­ment uniforme qui va perdu­rer trente ans, mettant ce pays à l’abri des regards, mais aussi des préoc­cu­pa­tions vague­ment huma­nistes d’une opinion publique occi­den­tale vivant dans une appa­rente opulence et se souciant peu de ce quart de l’humanité dont beau­coup ne savaient rien, ce qui permet­tait déjà à l’époque à certains d’en dire n’importe quoi. C’est sur cette base de mécon­nais­sance, liée à un début de raz le bol de consom­ma­tion déjà forcée, que vont étran­ge­ment naître dans nos pays des grou­pus­cules se récla­mant de l’idéologie commu­niste, alors que celle-ci est dans le même temps en passe de procé­der à un chan­ge­ment de cap à 180°, passant d’une écono­mie et d’une idéo­lo­gie 100% collec­ti­viste à une autre bien plus proche de celles qui sont depuis toujours appli­quée chez nous.

C’est sans doute à cette époque que les maoïstes Fran­çais, vexés de s’être trom­pé dans une démarche qu’ils consi­dé­raient être le seul avenir possible , vont chan­ger leur fusil d’épaule, passant d’adorateurs de ce régime à l’époque où les Chinois mour­raient de faim pour des raisons en partie liées à des erreurs de gestion, à féroces détrac­teurs de ce même pays quand celui-ci va commen­cer à sortir la tête de l’eau. C’est cette classe sociale, se procla­mant intel­lec­tuelle et révo­lu­tion­naire, que l’on retrouve dans bien des rédac­tions, pour­sui­vant au travers des médias leur « devoir » de vengeance vis-à-vis d’un pays dont ils vantaient les mérites idéo­lo­giques, et que ce chan­ge­ment d’orientation a mis dans un embar­ras dont ils ont beau­coup de mal à s’extirper.

C’est donc de cette nouvelle Chine des années dont je vous parle­rai la prochaine fois, et où j’aborderai la ques­tion de savoir si de nos jours ce pays est, de près ou de loin, toujours dans cette idéo­lo­gie commu­niste qui fait couler autant d’encre.