La Chine des villes entre offi­ciel­le­ment en guerre

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pollutionAnnon­cé par le président Xi Jinping en personne, la Chine est entrée offi­ciel­le­ment en guerre avec pour objec­tif de repous­ser au plus vite l’envahisseur. Le Japon ? Non. Les Philip­pines ? Non plus. Les USA ? Pas davan­tage. L’armée enne­mie qui a enva­hi une partie du pays se nomme PM 2,5. Comme son nom l’indique, il s’agit de milliards de soldats dont la taille ne dépasse pas 2,5 micromètres.

Cette guerre concerne la pollu­tion enva­his­sant les grandes villes et en parti­cu­lier la capi­tale. Pour­quoi cibler en prio­ri­té ces micro­par­ti­cules alors que de nombreuses autres sources de pollu­tion existent ? Pour deux raisons dont la première est que ce sont les grandes villes qui sont les plus touchées. Ces vitrines du pays étant recou­vertes de pous­sière, l’image renvoyée n’est pas sans ternir leur répu­ta­tion. La deuxième est que cette pollu­tion est visible, cet aspect néga­tif étant incom­pa­tible avec un pays où les appa­rences sont aux premiers rangs. Il ne s’agit donc pas que les habi­tants respirent mieux, mais en prio­ri­té qu’ils voient moins les raisons de leur étouffement.

Peu importe ensuite qu’ils se nour­rissent de légumes conte­nant de fortes doses d’engrais et de pesti­cides, de poulets nour­ris aux anti­bio­tiques et aux hormones de crois­sance, ces pollu­tions n’étant elles pas visibles. Qu’importe égale­ment que l’eau du robi­net soit impropre à la consom­ma­tion puisque rares sont ceux se risquant à la boire. Cette conta­gion de l’eau permet de plus à des socié­tés indus­trielles de vendre la leur à prix d’or et entre ainsi dans le cadre d’une socié­té où rien ne se donne, mais tout s’y vend.

Pour les mêmes raisons, les mesures visant à réduire la pollu­tion causée par certaines indus­tries restent limi­tées. Pas ques­tion en effet d’aligner la légis­la­tion chinoise sur celle des pays dont sont origi­naires une bonne partie des pollueurs. Ils viennent en Chine en raison de la main-d’œuvre bon marché, mais égale­ment pour exploi­ter les vides juri­diques en matière d’environnement. Si la Chine se déci­dait un jour à suivre le chemin des donneurs de leçons, deve­nus propres sur eux en délo­ca­li­sant leurs émis­sions polluantes, la Chine devrait alors faire face à une immense vague de chômage. Elle doit par consé­quent demeu­rer compé­ti­tive, quitte à sacri­fier sa popu­la­tion et son environnement.

Pour en reve­nir aux grandes villes, la Chine a de fortes chances de gagner cette guerre. Avec deux atouts suprêmes que sont d’une part la volon­té poli­tique et d’autre part la mise à dispo­si­tion des fonds néces­saires, les condi­tions sont réunies pour assu­rer la victoire d’ici à quelques années.

Depuis quelques mois, les auto­ri­tés se sont lancées dans une opéra­tion visant à déman­te­ler les cimen­te­ries les plus polluantes. Derrière cette appa­rente volon­té de nettoyer le paysage, ce sont des milliers d’emplois qui dispa­raissent au profit d’industries modernes possé­dées par de grands groupes chinois ou étran­gers. Moins de pollu­tion, un ciment de meilleure quali­té, mais tout cela à un prix bien plus élevé payé par le consom­ma­teur final.

  • Moder­ni­sa­tion des outils de travail précé­dant une impor­tante désindustrialisation
  • Élimi­na­tion des sources de pollu­tion les plus visibles, mis à part celles causées par l’automobile, proprié­té de quelques multinationales
  • prix revus à la hausse du fait de coûts de revient plus élevé

Tout cela n’est pas sans rappe­ler la démarche adop­tée par de nombreux pays occi­den­taux lors du début des années 70.

Cela signifie-t-il pour autant qu’il ne faut rien faire pour lutter contre la pollu­tion ? Bien évidem­ment pas, au contraire. Par contre, mettre en place une poli­tique de lutte ne concer­nant qu’une mino­ri­té de la popu­la­tion risque d’avoir des retom­bées sociales bien plus dange­reuses que celles occa­sion­nées par les micro­par­ti­cules péki­noises. Il y avait déjà la Chine à deux vitesses en ce qui concerne l’enrichissement, la quali­té de l’enseignement et les soins médi­caux. Une Chine en appa­rence propre et une autre exploi­tée jusque dans ses moindres ressources risquent d’être la goutte d’une eau très polluée faisant débor­der un vase déjà bien rempli.