La China Rail­way en état de faillite suicide son président

Bai-ZhongrenLe suicide du président de la China Rail­way ne fait que noir­cir la situa­tion de cette entre­prise à l’avenir très incer­tain. Née de l’éclatement en plusieurs enti­tés du minis­tère des Chemins de fer, la China Rail­way fait face à d’importantes diffi­cul­tés finan­cières dont l’ampleur a été révé­lée par l’audit natio­nal. À elles seules, les diverses entre­prises touchant au réseau ferro­viaire chinois repré­sentent plus de 10 % du total de la dette. Pour une bonne part, la respon­sa­bi­li­té de ce gouffre finan­cier revient à Liu Zhijun, ex-ministre de ce secteur. Celui-ci ne pour­ra répondre aux ques­tions qui se posent puisque il a été condam­né à mort et rapi­de­ment exécu­té pour des faits de corrup­tion dont l’envergure commence à apparaître.

La mort du président Bai Zhon­gren faisant suite à la récente chute présen­tée comme acci­den­telle et toute aussi mortelle d’un haut diri­geant d’une autre socié­té ferro­viaire, la version offi­cielle « dépres­sion » a le plus grand mal à convaincre. Cette entre­prise contrô­lée par la SASAC, orga­nisme d’Etat dont plusieurs membres ont été limo­gés pour des actes de détour­ne­ment de fonds, voit s’ajouter à un héri­tage déjà peu glorieux des négo­cia­tions douteuses ampli­fiant des résul­tats désas­treux. Il en est ainsi des contrats signés avec la Pologne qui se révèlent être un gouffre finan­cier avec des pertes de plusieurs centaines de millions d’euros. Il en est de même pour un projet en Arabie Saou­dite où le défi­cit se compte en centaines de millions de dollars.

Le « train chinois » vit-il au-dessus de ses moyens comme certains de ses diri­geants ? La ques­tion ne semble pas se poser pour de nombreux Chinois inter­ve­nant sur les articles rela­tifs à la mort de Bai Zhon­gren. À ce jour, la situa­tion finan­cière de la China Rail­way fait qu’elle se retrouve dans l’incapacité de payer les salaires de certains employés. À quelques jours du Nouvel An, le président par inté­rim a tenu à assu­rer aux milliers de migrants travaillant pour cette entre­prise que leurs salaires seraient payés en temps voulu.

Si la China Rail­way est de manière logique la loco­mo­tive d’un mode de gestion catas­tro­phique, d’autres secteurs de l’économie chinoise devraient sous peu révé­ler des réali­tés long­temps dissi­mu­lées. Avec des diri­geants plus doués pour l’enrichissement person­nel que pour la gestion d’entreprises présen­tées comme ruti­lantes à des fins de paix sociale, le passé des trois dernières décen­nies risque d’être plus lourd à suppor­ter que celui asso­cié aux années Mao.

En comman­dant cet audit, la nouvelle équipe diri­geante a voulu tirer un trait sur le passé en l’associant avec un « plus jamais ça » renom­mé « rêve chinois ». L’état de faillite de la China Rail­way inquiète-t-il la popu­la­tion ? Non pour deux raisons. La première est qu’en Chine comme ailleurs, ce sont des infor­ma­tions aussi partielles que partiales qui tombent prémâ­chée dans le bec de l’opinion publique. La deuxième tient au fait que la rupture entre le pouvoir et la popu­la­tion est consom­mée depuis des décen­nies. Xi Jinping a beau tenter d’apparaitre plus proche du peuple, il n’en est pas moins un « produit » issu d’un système unique. Sa marge de manœuvre étant étroite, Il ne peut dès lors que compo­ser avec des éléments souvent contra­dic­toires lui impo­sant de parler d’avenir en assu­mant le passé.

D’autres « suicides » ne sont pas à écar­ter, ces fins préma­tu­rées évitant un procès tant pour les inté­res­sés que pour le système ayant permis de tels agis­se­ments. La bonne nouvelle est pour les construc­teurs du domaine ferro­viaire qui se sont long­temps trou­vés face à un concur­rent chinois prêt à accor­der d’importants rabais pour arra­cher un marché. Un masque est tombé en même temps que Bai Zhon­gren, ce qui devrait commen­cer à donner à la Chine un visage plus réaliste tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur.