La biodi­ver­si­té végé­ta­le chinoi­se au XIXe siècle

Préc.1 de 4Suiv.

La biodi­ver­si­té végé­ta­le chinoi­se : un patri­moi­ne convoi­té par l’Europe au XIXe siècle.

Léon d’Hervey- Saint Denys, (1823–1892) est un sino­lo­gue fran­çais de la premiè­re moitié du XIXe siècle célè­bre pour ses remar­qua­bles connais­san­ces en linguis­ti­que chinoi­se. Profes­seur de chinois au Collè­ge de Fran­ce, membre de l’Institut et de la Socié­té asia­ti­que de Paris, il béné­fi­cie dès lors d’une large confian­ce de l’Etat chinois qui lui octroie la char­ge de commis­sai­re pour l’Empire chinois à l’Exposition univer­sel­le de 1867. Sa curio­si­té le pous­se vers des disci­pli­nes en géné­ral évitées. Ainsi, son ouvra­ge Recher­ches sur l’Agriculture et l’Horticulture des Chinois, et sur les végé­taux, les animaux et les procé­dés agri­co­les que l’on pour­rait intro­dui­re avec avan­ta­ge dans l’Europe occi­den­ta­le et le nord de l’Afrique, publié en 1850, nous présen­te les spéci­fi­ci­tés de l’agronomie chinoi­se de maniè­re scien­ti­fi­que et non à travers de récits de voya­ges. Il expli­que sa démar­che : « A mesu­re que j’avançais dans l’étude du chinois, […], je recon­nais­sais, à mon grand éton­ne­ment, que, de tous les filons de cette mine inépui­sa­ble, le plus riche peut-être était celui que l’on avait le plus négli­gé. La scien­ce que la Chine hono­re le plus, celle que toutes les dynas­ties ne cessè­rent d’encourager, qui, de toute anti­qui­té, fut consi­dé­rée dans le Céleste-Empire comme la plus utile et la plus respec­ta­ble, et que, par goût autant que par néces­si­té, on y a perfec­tion­né davan­ta­ge, l’agriculture en un mot, de toutes les connais­san­ces, celle dont on a le moins cher­ché à tirer parti. » [p.9]

Ayant préci­sé le contex­te géné­ral de cette attrac­ti­vi­té de la Chine en Euro­pe, grâce à une lectu­re atten­ti­ve de ces écrits d’Hervey- Saint Denys, notre regard se porte­ra sur ce patri­moi­ne tant convoi­té par les puis­san­ces euro­péen­nes du XIXe siècle.

  1. - La Chine dans la poli­ti­que de supré­ma­tie euro­péen­ne.

  1. Mise en place d’une véri­ta­ble stra­té­gie d’Etat,

biod3Après la longue phase des contacts repo­sant sur l’intense acti­vi­té des missions reli­gieu­ses déve­lop­pées par les Jésui­tes jusqu’à la suppres­sion de leur ordre en 1775, l’Europe amor­ce une dyna­mi­que nette­ment plus centrée sur ses propres inté­rêts écono­mi­ques. Les récits des voya­geurs, tel le Père Huc, stimu­lent toute­fois l’intérêt pour la Chine rura­le et agri­co­le : « Tous les voya­geurs et tous les mission­nai­res sont unani­mes à nous pein­dre les Chinois comme spécia­le­ment adon­nés à l’art de tirer de la terre tout ce qu’elle peut produi­re. Le goût de l’agriculture et surtout de l’horticulture est profon­dé­ment entré dans leurs mœurs. » [p.18]

Les contacts à travers la Route de la Soie ont permis d’apprécier les savoirs tech­ni­ques de la Chine en matiè­re de fabri­ca­tion texti­le et de maîtri­se des tein­tu­res fixes. Pour confor­ter son déve­lop­pe­ment indus­triel, l’Europe perçoit alors tous les avan­ta­ges à reti­rer des trans­ferts de procé­dés, d’où l’envoi de missions explo­ra­toi­res : « Enfin dans ces derniè­res années, alors que régnait une véri­ta­ble fièvre d’industrie ; la mission de 1844 reçut parti­cu­liè­re­ment pour instruc­tions de deman­der à la Chine de nouveaux procé­dés de fabri­ca­tion et de tein­tu­re. La ques­tion agri­co­le fut consi­dé­rée comme tout à fait acces­soi­re. » [p.18] Mais, dans le monde occi­den­tal, un pays défi­nit clai­re­ment ses objec­tifs et sa stra­té­gie en Asie, l’Angleterre : « Main­te­nant, si l’on nous deman­de comment on doit marcher au but que nous voudrions attein­dre, l’Angleterre, cette nation d’un si intel­li­gent égoïs­me, se char­ge­ra de répon­dre pour nous. Il suffi­ra d’examiner ce qu’elle a fait et ce qu’elle fait enco­re. » [p.33]

Préc.1 de 4Suiv.
Navi­ga­tionAmitav Ghosh : Regards sur l’Inde et la Chine au temps du commer­ce de l’opium. »