L’Europe, les États-Unis, la Chine, la guerre de succes­sion a commen­cé

chinePendant des siècles, les êtres humains se sont battus entre eux au nom d’une nation, d’une reli­gion, ou de tous autres prétextes ; le but de toutes ces barba­ries humaines n’a toujours eu qu’un but unique : assu­rer sa supré­ma­tie sur les autres peuples ou pays. Même les alliés du gagnant se sont parfois retrou­vés sous sa coupe, obli­gés au même titre que le perdant d’assimiler un mini­mum de culture ou d’idéologie, souvent accom­pa­gné de contraintes écono­miques visant à rendre tant ses amis du moment, que les enne­mis du passé, dépen­dants de son bon vouloir.

Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, la métho­do­lo­gie mili­taire était la même que celle ensei­gnée des siècles aupa­ra­vant, c’est-à-dire la confron­ta­tion directe basée sur le nombre de soldats dispo­nibles de part et d’autre et que l’on mani­pu­lait tels des pions sur un échi­quier. C’est ainsi que notre histoire locale s’est enor­gueillie de victoires, lais­sant les défaites pour les seuls géné­raux n’ayant pas su correc­te­ment manœu­vrer ses troupes. Ce système était simple, pratique et avait de plus l’avantage de « nettoyer » un pays de son surplus de popu­la­tion tout en resser­rant la fibre patrio­tique, ce qui avait pour effet de faire des héros de personnes dont la seule valeur avait été de savoir se mettre à l’abri des coups.

Les guerres d’Indochine et d’Algérie pour les Fran­çais, du Viet­nam et suivantes pour les U.S et alliés ont été des chan­ge­ments aussi radi­caux que si l’on nous disait tout à coup que 1+1 n’est pas égal à deux. Depuis cette époque en effet, plus d’affrontement en rangs bien serrés, mais l’utilisation par le pays enva­hi de ce qu’il connaît le mieux, c’est-à-dire son terrain, alors que cet avan­tage indé­niable était bizar­re­ment mis de côté autre­fois au nom d’un savoir mili­taire appris à l’école et donc incon­tes­table. Basées sur cet appren­tis­sage d’un autre temps, les décon­ve­nues ont été natu­rel­le­ment cruelles face à un enne­mi souvent invi­sible, et ne respec­tant pas les règles de « bien­séance mili­taire ». L’être humain ayant la facul­té de s’adapter, surtout quand il s’agit de faire la guerre, l’enseignement mili­taire s’est recen­tré sur ce que l’on appelle la guérilla, allant même jusqu’à former les services de sécu­ri­té inté­rieurs à un mode de réponse plus adap­té que les esca­drons de CRS ou gardes mobiles là égale­ment impec­ca­ble­ment alignés pour faire face à des mani­fes­tants orga­ni­sés sur la base du même ordre.

L’usure de vieux systèmes de gestion, la croyance en une supé­rio­ri­té natu­relle de la part de certains pays s’étant parta­gés le monde au fil du temps ont fait que certaines nations ont été négli­gées, d’autres exploi­tées, ne repré­sen­tant aucun danger ou peu d’intérêt, quand ces deux points n’étaient pas réunis dans le cas de certaines. La Chine, l’Inde, le Brésil étaient parmi ces pays dont seuls quelques « intel­lec­tuels » se souciaient, d’ailleurs bien plus pour exis­ter que par réel inté­rêt pour ces nations consi­dé­rées comme sous-développées, avant de deve­nir émer­gentes. Ils étaient maoïstes, trots­kistes ou autres, bien plus en effet pour ne pas ressem­bler au voisin que par réelle idéo­lo­gie, et donnaient de plus un aspect plus démo­cra­tique à une classe sociale se tour­nant réso­lu­ment vers le capi­ta­lisme et la consom­ma­tion.

Lorsque dans les années 80 ces pays discrets par force ont commen­cé à émer­ger, le vieil occi­dent s’est tout d’abord féli­ci­té d’avoir parti­ci­pé à cet essor, ayant disait il, contri­bué à les sortir de leur misère chro­nique. Dans les faits, ces pays commen­çaient déjà à ne plus suivre la ligne tracée, mais à construire la leur ; impos­sible toute­fois de recon­naître cette véri­té, ce qui aurait été un constat d’échec nuisible au système que certains avaient mis des années à instau­rer. En commet­tant la même erreur que pour les conflits mili­taires, autre­fois réglés comme du papier à musique et rempla­cés par un harcè­le­ment des troupes enva­his­santes, les pays qui s’étaient impo­sé des règles visant à se parta­ger équi­ta­ble­ment le gâteau écono­mique et l’influence, trans­por­tant à l’occasion les discordes vers des lieux éloi­gnés des centres de consom­ma­tion afin de ne pas entra­ver celle-ci, se sont subi­te­ment retrou­vés en concur­rence directe face à des pays dont l’opinion publique igno­rait parfois jusqu’à leur exis­tence, du moins écono­mique.

Le choc a par consé­quent été rude pour une popu­la­tion persua­dée que son système, en éloi­gnant les guerres et en instau­rant des règles de « bonne conduite écono­mique », la mettait à l’abri d’un risque quel­conque. Il a alors bien fallu se mettre devant le fait accom­pli, chose diffi­cile pour des diri­geants poli­tiques sûrs de leur supé­rio­ri­té héri­tée d’un système inven­té 50 ans aupa­ra­vant, mais que rien ne semblait pouvoir ébran­ler. Les pays émer­gents frap­pant de plus en plus fort à la porte pour obte­nir leur part du gâteau, il fallait d’urgence dési­gner un coupable, comme par le passé l’on dési­gnait l’ennemi à combattre.

Se révé­lant déli­cat de repro­cher à de nouveaux pays d’arriver sur le devant de la scène, alors que pour des raisons faus­se­ment « huma­nistes » il avait été répé­té que cela était une bonne chose que de sortir ces pays de leurs diffi­cul­tés, il fallait en choi­sir un, de préfé­rence diffé­rent des autres afin de pouvoir justi­fier de la lutte qui allait s’engager. Comme il était impos­sible d’annoncer ouver­te­ment que l’objectif premier était d’empêcher la montée en puis­sance de ce pays du point de vue écono­mique, il fallait trou­ver un terrain idéo­lo­gique bien plus propice, et adap­té à une opinion publique forgée depuis des décen­nies à de flous discours sur des règles là aussi édic­tées par les pays régis­sant jusqu’alors la planète.

Avec son régime poli­tique diffé­rent, son histoire contem­po­raine tumul­tueuse, quelques épines gênantes comme le Tibet ou encore Taïwan, la Chine était la candi­date rêvée, d’autant plus qu’il s’avérait au fil du temps qu’elle était la plus dange­reuse. En expli­quant de plus à son voisin Indien que la monté en puis­sance Chinoise s’accompagnerait obli­ga­toi­re­ment de risques pour son propre pays, certains avaient rêvé sinon d’un conflit d’importance, du moins de quelques affron­te­ments qui permet­traient de renfor­cer l’image néga­tive de l’éventuel agres­seur, tout en alimen­tant en armes et autres aides un pays qui serait par consé­quent entré dans le rang. La mécon­nais­sance des parti­cu­la­rismes cultu­rels asia­tiques, un certain empres­se­ment à trop vouloir en faire, et un désir de paix de la part des deux popu­la­tions ont fait que ce conflit n’a pas eu lieu, et que les deux pays émer­gents conti­nuent de nos jours leur crois­sance bien plus côte à côte qu’opposés.

Ne reste donc plus aux « vieux pays » que les quelques règles édic­tées au sein de l’OMC à l’époque de la gran­deur occi­den­tale, plus les épines que l’on remue régu­liè­re­ment afin d’entretenir une certaine douleur propice à créer des malaises exploi­tés tant pour déran­ger, que pour rassu­rer une opinion publique doutant de plus en plus des certi­tudes auxquelles les diri­geants poli­tiques les ont habi­tués.

Tout ceci est avant tout dû à ces certi­tudes qui ont fait penser à une supé­rio­ri­té innée, alors que celle-ci n’était que provi­soire et liée à un déséqui­libre des forces en présence. Il faut à présent accep­ter de réap­prendre ce qui a fait les bases des civi­li­sa­tions passées, mais égale­ment leurs chutes, sans quoi nos enfants seront au centre d’un effon­dre­ment, qui ne fera que précé­der celui des pays émer­gents d’aujourd’hui si à leur tour ils deviennent aussi certains de leur supé­rio­ri­té.