L’armée Chinoise à Paris, est-ce pour demain ?

puissance économiqueUne armée forte de ses 500 millions de mobi­li­sables venant épau­ler une armée profes­sion­nelle tant super-équipée, qu’hyper-entrainée, telle est l’image que nous présentent parfois les spécia­listes de la Chine mili­taire, vision surréa­liste d’une armée rouge enva­his­sant le monde comme l’avait prédit Jean Yanne dans son film « Les Chinois à Paris », en 1975.

Dans la réali­té, les choses sont sensi­ble­ment diffé­rentes, les 500 millions en ques­tion n’ayant reçu que quelques semaines de forma­tion mili­taire super­fi­cielle dans un pays où le service du même nom n’existe pas. Aujourd’hui, alors que la Chine réduit le nombre de ses mili­taires au béné­fice d’une tech­ni­ci­té certaine, mais géné­rale dans tous les pays, il est de mise de mettre en avant la montée en puis­sance de cette armée qui, bien qu’étant le pays le plus peuplé de la terre, reste la 4e puis­sance mili­taire, loin derrière des pays comme les U.S, ou même la France. Une armée qui de plus, et contrai­re­ment à celles des pays la devan­çant, n’a jamais été confron­tée à un conflit d’envergure, faisant dire à une partie de la popu­la­tion Chinoise que si elle défile bien, il n’est pas sûr qu’elle soit effi­cace, surtout suite aux déboires surve­nus lors de la guerre éclair contre son voisin Viet­na­mien en 1986.

S’il est souvent fait état de l’augmentation de ce budget, il est rare qu’une compa­rai­son soit faite entre la Chine et les autres pays, voici donc ces chiffres :

Pays Dépenses (en milliards USD) Part mondiale (%) Chan­ge­ment 1999–2008
Etats-Unis 607 41,5 66,50%
Chine 84,9 5,8 194,00%
France 65,7 4,5 3,50%
Royaume-Uni 65,3 4,5 20,70%
Russie 58,6 4 173,00%
Alle­magne 46,8 3,2 -11,00%
Japon 46,3 3,2 -1,70%
Italie 40,6 2,8 0,40%
Arabie Saou­dite 38,2 2,6 81,50%
Inde 30 2,1 44,10%
Corée du Sud 24,2 1,7 51,50%
Brésil 23,3 1,6 29,90%
Cana­da 19,3 1,3 37,40%
Espagne 19,2 1,3 37,70%
Austra­lie 18,4 1,3 38,60%

La Chine ne repré­sen­te­rait donc d’après ce clas­se­ment que 5.8 % des dépenses mondiales en matière d’armement, se situant très loin des U.S et juste avant la France et le Royaume-Uni. Pour ce qui concerne les forces mili­taires propre­ment dites, le très sérieux site Jane’s Defense Week­ly, situe en 2009, la chine au 4e rang mondial, derrière les États-Unis, la France et la Russie, le premier à lui seul déte­nant large­ment plus de la moitié des forces armées.
Ces deux éléments de clas­se­ment relèguent donc les discours mettant en avant le surar­me­ment chinois au rang de contor­sions poli­ti­ciennes ayant pour seul but de détour­ner l’attention vers ce pays, tout en oubliant de citer la surpuis­sance de la France, même si celle-ci reste rela­tive vis-à-vis du géant mili­taire améri­cain. Ce géant, qui semble s’inquiéter pour sa supré­ma­tie a donc non seule­ment à lui seul, et de loin, la plus forte force de frappe au monde, mais égale­ment la plus forte implan­ta­tion au travers de plus de 1000 bases et instal­la­tions mili­taires dans le monde, le mettant ainsi en sa posi­tion dévo­lue de gendarme du monde.

Face à cette arma­da, la Chine se contente appa­rem­ment de proté­ger ses fron­tières, même si certains « experts » mettent en avant la fameuse idée du « collier de perles », prenant en exemple la pous­sée Chinoise dans des pays voisins tels que le Pakis­tan, la Birma­nie ou autres voisins, écha­fau­dant ainsi l’idée d’une certaine volon­té d’étendre sa zone d’influence mili­taire.

Pour­quoi donc faire régu­liè­re­ment part de ces inquié­tudes sur la montée en puis­sance de l’armée Chinoise, alors que celle-ci est encore bien en dessous de ce qu’elle devrait être, et ce, tant en rapport de sa démo­gra­phie, que de sa puis­sance écono­mique montante ?
Il n’est pas ques­tion de faire ici de l’anti-américanisme primaire, les U.S n’utilisant que la force qu’elle s’est donnée et que nous lui avons lais­sé prendre après la Seconde Guerre mondiale, et dont elle se sert pour asseoir sa supré­ma­tie écono­mique, mais de regar­der les raisons qui font cibler un pays plus qu’un autre dans le cas présent.
La réponse se situe sans doute juste­ment dans le fait que les U.S ne sont pas sûrs de conser­ver encore long­temps cette supé­rio­ri­té écono­mique, du moins dans le clas­se­ment des puis­sances, mettant ainsi en avant un éven­tuel danger mili­taire chinois, où là, les Améri­cains sont certains de leur avance. L’évolution de la puis­sance écono­mique étant en effet souvent allié à une certaine hégé­mo­nie terri­to­riale, souvent dictée par des besoins supplé­men­taires en matière première, ce qui est le cas actuel de la Chine, il s’avère donc impor­tant pour la super­puis­sance d’amplifier l’aspect mili­taire de son concur­rent.

Diffi­cile en effet de rallier l’avis favo­rable de pays alliés sur la simple perte de quelques places au clas­se­ment des puis­sances écono­miques, mais bien plus aisé si l’opinion publique inter­na­tio­nale est rendue inquiète par la vision d’une Chine surpuis­sante mili­tai­re­ment. Il est donc impor­tant de mettre en avant ce risque, au besoin suréva­lué, mais qui lais­se­ra toujours des traces dans les esprits de certaines personnes, dont un grand nombre ont encore en mémoire la dernière guerre mondiale et son lot de destruc­tions tant humaines que maté­rielles.

Si les U.S et quelques alliés jouent de cette corde sensible, ils ne font qu’utiliser un outil média­tique déjà employé lors des conflits Viet­na­miens et Coréens, dans ces cas à des fins offi­ciel­le­ment idéo­lo­giques, ou en Irak et en Afgha­nis­tan où là les objec­tifs restent plus flous. Il demeure de plus impor­tant pour les gouver­nants de ces pays de faire tour­ner au maxi­mum les usines d’armement, tant à des fins d’emplois que de lobbying plus ou moins élec­to­ral, et là égale­ment, c’est la montée en puis­sance toute rela­tive de la Chine qui permet de faire passer auprès de l’opinion publique la pilule des budgets mili­taires.

Rien de bien criti­quable à cela, tant le monde tourne ainsi depuis qu’il a été déci­dé de le parta­ger à Yalta, renfor­cé par la chute du bloc d’influence sovié­tique entraî­nant de fait l’entrée d’un certain nombre de ces pays dans le giron améri­cain ou euro­péen. Ce vide d’opposition réelle est aussi une des raisons du ciblage sur la Chine de certaines atten­tions, car là égale­ment, il s’avère diffi­cile d’entretenir de coûteuses armées sans la présence d’un enne­mi poten­tiel.

La réali­té de cette épiso­dique agita­tion large­ment média­ti­sée se situe donc bien plus au niveau d’une mise en scène parfai­te­ment réglée que d’un réel danger qui vien­drait d’un pays deve­nu gênant écono­mi­que­ment, et qui de ce fait est sous les feux des projec­teurs, présence idéale qui permet de lui donner le rôle du prin­ci­pal méchant, alors qu’il ne s’agit que d’un « second couteau », toute­fois bien utile.