Jésus crie, et les lamas passent

refletsdechineEn Chine, mais égale­ment dans le reste du monde, les catas­trophes natu­relles d’envergure touchent majo­ri­tai­re­ment les plus pauvres, ce qui a pour effet de plon­ger ces popu­la­tions dans une misère encore plus profonde. Paral­lè­le­ment à cette pauvre­té chro­nique, c’est parmi ces peuples que l’on va trou­ver les plus fervents adeptes des reli­gions ou croyances diverses, remet­tant ainsi en ques­tion l’existence d’une colère divine réglant un certain nombre de comptes face aux dérives de l’être humain. Pour­quoi en effet faire suppor­ter ce fardeau supplé­men­taire des catas­trophes à des personnes dont la seule vie est déjà bien souvent un calvaire, même si certaines personnes m’opposeront qu’il s’agit d’un chemin de croix béné­fique à une exis­tence dans un au-delà incer­tain ?

Si ce précepte d’une vie héris­sée d’épines ne tient pas, il demeure toute­fois éton­nant de consta­ter que c’est dans ces régions diffi­ciles que naissent et s’autoalimentent les plus denses commu­nau­tés reli­gieuses, souvent dans un cercle très fermé, l’ouverture vers l’extérieur se révé­lant être souvent compa­rable à un ballon crevé qui se dégonfle en sifflant ses derniers souffles. Un pays comme la France, après avoir été dénom­mée la fille aînée de l’église n’en est deve­nue qu’une cousine éloi­gnée, tant la quan­ti­té de fidèles a chuté, trou­vant dans la consom­ma­tion et le loisir une autre idéo­lo­gie que celle de l’agenouillement devant quelques symboles gadgé­ti­sés. S’il est encore de bon ton de se dire croyant, c’est unique­ment à des fins de stan­ding person­nel, asso­ciant cette appar­te­nance à la surface habi­table de son pavillon et à la marque de sa voiture, ce qui donne : « croyant, mais pas pratiquent, 400 m², Mercédes », en lieu et place de « Notre Père qui êtes aux cieux, … »

Les églises et autres temples, autre­fois lieux de grands rassem­ble­ments popu­laires, ont lais­sé leur place aux enseignes commer­ciales des super­mar­chés, drai­nant à eux la même clien­tèle de fidèles, mais dans ce cas, bien plus atti­rée par la vie pratique sur cette terre que par une idéo­lo­gie reli­gieuse quel­conque, même si le fait de choi­sir Carre­four au lieu de Lerclerc relève parfois d’un choix proche celle-ci.

L’être humain fonc­tion­nant par un système de vases commu­ni­cants, les reli­gions dites tradi­tion­nelles ont donc vu leurs anciens adeptes se parta­ger entre ces divers lieux de consom­ma­tion, mais égale­ment vers un certain nombre de reli­gions pour eux nouvelles que sont le boud­dhisme, l’islam, ou un certain nombre de sectes plus ou moins troubles, histoire d’une part de s’aménager une porte de sortie spiri­tuelle, et d’autre part de trou­ver une raison de vivre dans une socié­té basée sur l’artifice, créant par là même de petits groupes d’initiés fiers d’une pratique reli­gieuse les diffé­ren­ciant d’une masse à leurs yeux arrié­rés, car unique­ment inté­res­sée par le lucre.

C’est donc ainsi que l’on trouve aux deux extrêmes de la vie sociale les plus ardents prati­quants des reli­gions ou idéo­lo­gies, les plus pauvres prati­quant par espé­rance d’une vie meilleure, et les plus aisés, bien souvent par ennui et par l’effet d’un gavage en biens maté­riels leur assu­rant une aisance certaine dans ce monde. C’est d’ailleurs ce phéno­mène des extrêmes qui va pous­ser les seconds à compa­tir lors des malheurs touchants les premiers, trou­vant ainsi au travers d’un certain nombre de pratiques communes comment se prou­ver la compas­sion apprise dans les livres, qu’ils expri­me­ront à desti­na­tion des seconds souvent de manière forte­ment média­ti­sée, afin d’être certain d’être enten­dus.

Si la croyance venant de la couche sociale la plus déshé­ri­tée est compré­hen­sible, ne trou­vant autour d’eux la moindre lueur d’espoir d’une vie meilleure, celle-ci devient dans bien des cas la cible d’une hiérar­chie reli­gieuse qui a la fâcheuse tendance à privi­lé­gier les avan­tages maté­riels de ce bas monde, vivant dans l’or des palais et autres luxueux monas­tères finan­cés par le travail de personnes pour qui les repré­sen­tants de leurs divi­ni­tés ne sont que de modestes inter­mé­diaires, alors que dans les faits ils s’agit des desti­na­taires finaux.

Seuls liens entre la vie sur terre et leur dieu ou divi­ni­té, ces inter­mé­diaires, que sont les divers prêtres et autres repré­sen­tants de commerce reli­gieux, ont de tout temps usé et abusé de leur suppo­sée liai­son pour s’assurer une vie sinon aisée, du moins oisive, étant recon­nu qu’il est plus diffi­cile de culti­ver un hectare terre aride sur le plateau du Tibet, que de passer sa jour­née à psal­mo­dier sous le toit doré d’un temple rayon­nant par ses reflets dorés. En supplé­ment de cette aisance de vie, même parfois rela­tive, la confis­ca­tion de tout savoir a été long­temps, et est encore dans certains cas, le fonds de commerce nombreuses castes reli­gieuses, ce qui leur garan­tit une supé­rio­ri­té et une influence certaine sur des popu­la­tions dont le seul rôle est réduit à celui de subve­nir aux besoins de ces nantis.

Il y a peu, une personne m’accusait d’être contre toute forme de reli­gion, ce qui est faux dans la mesure où celle-ci peut appor­ter un peu d’espérance auprès de popu­la­tions dont l’habitat fait qu’elles sont expo­sées à diverses catas­trophes natu­relles ou humaines, là où par contre je suis farou­che­ment hostile, c’est quand les précep­teurs de ces mêmes doctrines tentent de les faire passer pour des envoyés spéciaux aux pouvoirs surhu­mains, les dispen­sant ainsi des efforts quoti­diens pour survivre et de la vie souvent modeste de leurs adeptes.

Si le capi­ta­lisme est l’exploitation de l’homme par l’homme et le commu­niste l’inverse, il s’avère aisé de consta­ter que le fait d’être consi­dé­ré comme étant un envoyé ou élu de certaines reli­gions n’est guère diffé­rent du dicton précé­dem­ment cité.