Je suis moi, et vous ?

Après le « Nous sommes tous japo­nais » qui avait suivi le tsuna­mi au Japon, est appa­rue une version plus « perso » du mal-vivre des socié­tés avec « Je suis Char­lie ». Si ce slogan est exploi­té commer­cia­le­ment, poli­ti­que­ment et conne­ment, il met égale­ment en lumière le besoin de s’assimiler à une cause, faute de possé­der une iden­ti­té propre. On est de droite, de gauche, catho­lique, protes­tant, musul­man, ce qui limite d’autant le besoin d’être soi-même.

Le massacre des dessi­na­teurs de Char­lie Hebdo n’est en effet pas autre chose que le besoin d’exister de la part de deux « désœu­vrés » de nais­sance utili­sant une reli­gion pour en héri­ter un semblant d’existence. Ce ne sont pas les premiers et hélas sans doute pas les derniers à exploi­ter ainsi l’intolérance méca­ni­que­ment asso­ciée à une reli­gion, quelle qu’elle soit :

  • Les catho­liques ont maintes fois démon­tré leur pouvoir de nuisance lors des nombreuses guerres de reli­gions et croi­sades.
  • Les bonnets jaunes tibé­tains, aujourd’hui présen­tés comme des paci­fistes pour des raisons très poli­tiques, ont suppri­mé de manière violente toute « concur­rence » pour annexer des terri­toires.
  • Des musul­mans massacrent des chré­tiens sur les terres où ils sont majo­ri­taires.
  • Passé volon­tai­re­ment sous silence par les médias libres d’informer sur les sujets qu’ils choi­sissent et surtout pas ceux qui dérangent, ce qui se passe en Inde est une autre marque de l’intolérance des reli­gions. Alors que le gouver­ne­ment « démo­crate » Indien s’apprête à conver­tir de force plus de 5000 familles musul­manes à l’hindouisme, voilà ce qu’écrit un lecteur du Times of India : « Alors que ces porcs sèment la terreur dans le monde entier, nous avons en Inde un Premier ministre qui les expul­se­ra défi­ni­ti­ve­ment du pays. ». Un autre adepte de cette reli­gion souvent présen­tée comme un modèle de paci­fisme n’hésite pas à décla­rer : « Nous [les hindous], sommes régu­liè­re­ment stig­ma­ti­sés pour des inci­dents isolés ; mais compa­rez donc ceci à cet acte barbare perpé­tré en France par les isla­mistes ; nous devons tous nous unir dans le monde contre ce mouve­ment dange­reux (…). Les musul­mans et les chré­tiens doivent être décla­rés non-citoyens de l’Inde (…) ; ce sont de grandes menaces pour l’hindouisme et pour notre pays. » (source : http://eglasie.mepasie.org/divers-horizons/2015–01-08-attentat-contre-charlie-hebdo-les-reactions-en-asie).

Diffi­cile dès lors de ne pas faire d’amalgame entre des reli­gions aussi diffé­rentes que les marques de lessive en terme de marke­ting, mais iden­tiques dans leur mode de fonc­tion­ne­ment. S’ajoutent leur variante poli­tique que sont les dicta­tures telles celles de Mao, de Pino­chet et autres amis afri­cains des occi­den­taux dont certains étaient présents à la kermesse pari­sienne du 11 janvier.

Ces dérives trouvent leur source dans l’annihilation de l’individu qui peut être impo­sée ou choi­sie par faiblesse. En France, cet effa­ce­ment person­nel donne nais­sance à de pseudo-héros, dignes repré­sen­tants de la médio­cri­té ambiante. Zemmour ou Dieu­don­né en sont les « dieux » média­tiques élevés alter­na­ti­ve­ment au rang de guide et de martyr. Ils repré­sentent une partie de la popu­la­tion, majo­ri­té silen­cieuse d’une socié­té fière d’avoir héri­té de la liber­té d’expression, mais n’ayant toute­fois pas le courage de s’exprimer en confiant cette tâche à quelques commer­ciaux spécia­li­sés en marke­ting popu­liste.

Les frères Koua­chi et Couli­ba­ly ne sont pas autre chose que la version extrême de cette médio­cri­té. Se voulant les soldats d’une cause dont ils ne connaissent que ce qui leur a été appris, ils ont voulu exis­ter une fois dans leur vie en s’en prenant à des symboles. Ces trois malades mentaux irré­cu­pé­rables se sont ainsi attri­bué une mission, ce non pas pour défendre un prophète aussi virtuel que les autres modèles du genre, mais se lais­ser croire un instant qu’ils étaient moins minables que la moyenne de leurs fréquen­ta­tions.

Ces massacres ont égale­ment donné une raison d’exister à d’autres, dont la classe poli­tique. De quelle manière ? En se présen­tant comme de farouches défen­seurs de la liber­té d’expression, ce même si cet aspect n’a stric­te­ment rien à avoir avec les évène­ments. En réali­té, cette forme civile de prêtres que sont les poli­tiques tient comme les repré­sen­tants reli­gieux à défendre leur terrain et leurs inté­rêts. Cette liber­té d’expression dont on nous rebat les oreilles faute de propo­ser mieux n’est en effet rien d’autre qu’un produit 100 % poli­tique. De manière assez hypo­crite, cette facul­té à pouvoir dire ou écrire ce que l’on pense est stric­te­ment enca­drée par la loi, domaine réser­vé des poli­tiques. À partir du moment où la liber­té est limi­tée par ceux qui disent la défendre, on ne peut qu’avoir de sérieux doutes sur sa réali­té. S’agissant de lois édic­tées par les poli­tiques d’un pays parti­cu­lier, la liber­té d’expression en France est sensi­ble­ment diffé­rente de celle appli­quée aux USA, en Alle­magne ou en Austra­lie. Diffi­cile dès lors pour un Fran­çais de criti­quer par exemple la manière de conce­voir la liber­té d’expression en Chine, la sienne ayant égale­ment de nombreux aspects liti­gieux. Si vous en doutez, il vous suffit de survo­ler  et de lire le texte de loi enca­drant la liber­té d’expression. Diffi­cile de ne pas consta­ter un costume taillé sur mesure pour les besoins de certains.

Pour que la liber­té d’expression ait un sens, encore faut-il que les indi­vi­dus pensent pour ensuite s’exprimer. Or, nos systèmes reposent sur un forma­tage en profon­deur impo­sé par quelques lobbies indus­triels et finan­ciers. Du choix des futurs repré­sen­tants du peuple à la manière de s’habiller ou de se diver­tir, tout est déci­dé par un sommet où l’individu en tant que tel n’a aucune place. Ceux s’écartant de cette ligne unique ne peuvent passer que pour des empê­cheurs de tour­ner en rond ou être récu­pé­rés par quelques grou­pus­cules extré­mistes leur promet­tant d’en faire des héros. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas fini et il faudra attendre très long­temps avant de voir des mani­fes­tants arbo­rant un panon­ceau où sera inscrit « Je suis moi ».

Loi du 29 juillet 1881

Cette loi a été modi­fiée pour la dernière fois en 2013 avec l’abrogation de l’article 26 (offense au Président de la Répu­blique ou à la personne qui exerce tout ou partie des préro­ga­tives du Président de la Répu­blique).
Sont indi­quées, article par article, les infrac­tions suivantes :

– provo­ca­tion à commettre des atteintes volon­taires à la vie, atteintes volon­taires à l’intégrité de la personne, agres­sions sexuelles (art. 24, ainsi que les suivants)
– provo­ca­tion à commettre des vols, extor­sions et destruc­tions, dégra­da­tions et dété­rio­ra­tions volon­taires dange­reuses pour les personnes
– provo­ca­tion à commettre des crimes et délits portant atteinte aux inté­rêts fonda­men­taux de la nation
– apolo­gie des crimes mention­nés précé­dem­ment, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou des crimes et délits de colla­bo­ra­tion avec l’ennemi
– provo­ca­tion directe à des actes de terro­risme, apolo­gie des actes de terro­risme
– cris ou chants sédi­tieux profé­rés dans les lieux ou réunions publics
– provo­ca­tion à la discri­mi­na­tion, à la haine raciale ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appar­te­nance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une reli­gion déter­mi­née
– provo­ca­tion à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orien­ta­tion sexuelle ou de leur handi­cap
– contes­ta­tion de l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont défi­nis par l’article 6 du statut du tribu­nal mili­taire inter­na­tio­nal annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une orga­ni­sa­tion décla­rée crimi­nelle en appli­ca­tion de l’article 9 dudit statut, soit par une personne recon­nue coupable de tels crimes par une juri­dic­tion fran­çaise ou inter­na­tio­nale (art. 24 bis)
– publi­ca­tion, diffu­sion ou repro­duc­tion, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabri­quées, falsi­fiées ou menson­gè­re­ment attri­buées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura trou­blé la paix publique, ou aura été suscep­tible de la trou­bler ou sera de nature à ébran­ler la disci­pline ou le moral des armées ou entra­ver l’effort de guerre de la Nation (art. 27)
– atteinte à l’honneur ou à la consi­dé­ra­tion de la personne ou du corps auquel le fait est impu­té, même si elle est faite de façon dubi­ta­tive (art. 29)
– diffa­ma­tion des cours, des tribu­naux, des armées de terre, de mer ou de l’air, des corps consti­tués, des admi­nis­tra­tions publiques (art. 30), d’un ou plusieurs membres du minis­tère, un ou plusieurs membres de l’une ou de l’autre Chambre, un fonc­tion­naire public, un dépo­si­taire ou agent de l’autorité publique, un ministre de l’un des cultes sala­riés par l’Etat, un citoyen char­gé d’un service ou d’un mandat public tempo­raire ou perma­nent, un juré ou un témoin, à raison de sa dépo­si­tion (art. 31), des parti­cu­liers ou de groupes de parti­cu­liers (art. 32)
* Les « forma­tions supplé­tives » (= les harkis) sont consi­dé­rées comme faisant partie des forces armées (loi 2012-326 du 7 mars 2012).
– injure envers les mêmes personnes physiques ou morales (art. 33)
– diffa­ma­tions ou injures diri­gées contre la mémoire des morts dans le cas où les auteurs de ces diffa­ma­tions ou injures auraient eu l’intention de porter atteinte à l’honneur ou à la consi­dé­ra­tion des héri­tiers, époux ou léga­taires univer­sels vivants (art. 34)
– diffu­sion sans son accord de l’image d’une personne iden­ti­fiée ou iden­ti­fiable mise en cause à l’occasion d’une procé­dure pénale mais n’ayant pas fait l’objet d’un juge­ment de condam­na­tion et faisant appa­raître, soit que cette personne porte des menottes ou entraves, soit qu’elle est placée en déten­tion provi­soire (art. 35 ter, ainsi que les deux suivants)
– diffu­sion, réali­sa­tion ou commen­taire d’un sondage d’opinion, ou toute autre consul­ta­tion, portant sur la culpa­bi­li­té d’une personne mise en cause à l’occasion d’une procé­dure pénale ou sur la peine suscep­tible d’être pronon­cée à son encontre
– publi­ca­tion d’indications permet­tant d’avoir accès à des sondages ou consul­ta­tions sus-mentionnés
– diffu­sion de la repro­duc­tion des circons­tances d’un crime ou d’un délit, lorsque cette repro­duc­tion porte grave­ment atteinte à la digni­té d’une victime et qu’elle est réali­sée sans l’accord de cette dernière (art. 35 quater)
– outrage commis publi­que­ment envers les ambas­sa­deurs et ministres pléni­po­ten­tiaires, envoyés, char­gés d’affaires ou autres agents diplo­ma­tiques accré­di­tés près du gouver­ne­ment de la Répu­blique (art. 37)
– publi­ca­tion les actes d’accusation et tous autres actes de procé­dure crimi­nelle ou correc­tion­nelle avant qu’ils aient été lus en audience publique et des
– publi­ca­tion d’informations non rendues publiques ayant trait aux travaux et déli­bé­ra­tions du conseil supé­rieur de la magis­tra­ture (art. 38)
– enre­gis­tre­ment, fixa­tion et trans­mis­sion des audiences des juri­dic­tions admi­nis­tra­tives ou judi­ciaires (38 ter)
– compte-rendu des procès en diffa­ma­tion dans certains cas ; compte-rendu des débats concer­nant les ques­tions de filia­tion, actions à fins de subsides, procès en divorce, sépa­ra­tion de corps et nulli­tés de mariage, procès en matière d’avortement (art. 39)
– diffu­sion d’informations rela­tives à l’identité ou permet­tant l’identification de mineurs fugueurs, aban­don­nés, suici­dés ou victimes (art. 39 bis)
– publi­ca­tion d’informations sur la filia­tion de personnes adop­tées, moins de trente ans après leur mort (art. 39 quater)
– diffu­sion de rensei­gne­ments concer­nant l’identité d’une victime d’une agres­sion ou d’une atteinte sexuelles ou l’image de cette victime (art. 39 quin­quies)
– révé­la­tion de l’identité de diffé­rentes caté­go­ries de dépo­si­taires de la force publique (art. 39 sexies)