Ils sont nés quelque part, mais pas au bon endroit

Quelques jours après l’accident ayant coûté la vie à 11 enfants entas­sés dans un véhi­cule, la police du Guangxi a arrê­té un mini­van du même genre avec à son bord bien plus d’enfants que les 7 auto­ri­sés. S’agit-il pour le proprié­taire du véhi­cule d’augmenter ses béné­fices au détri­ment de la sécu­ri­té ? La réponse ne peut être aussi simple, ce même si ce raison­ne­ment est celui de certains. Le conduc­teur a expli­qué qu’en ne prenant en charge que 7 enfants il lui était impos­sible de couvrir les frais d’entretien, l’usure préma­tu­rée et la casse de certaines pièces étant dus au mauvais état des routes de campagne. Cette réali­té aisé­ment consta­table sur le terrain n’était pas un élément majeur lorsque les enfants nés au fin fond des zones rurales ne dépas­saient que rare­ment les limites des champs de leurs parents.

vieille écoleDurant des décen­nies, cette scola­ri­sa­tion deve­nue obli­ga­toire en même temps que gratuite était assu­rée par des moyens plus que limi­tés, ce tant en ce qui concerne les ensei­gnants que les bâti­ments dédiés. La pièce d’une habi­ta­tion aména­gée en salle de classe, parfois une ancienne grange ou un vieux hangar, servait de cadre à un unique ensei­gnant n’en ayant pas toujours le titre offi­ciel. La fina­li­té était alors de seule­ment alpha­bé­ti­ser ces enfants, culture et connais­sances appro­fon­dies étant encore trop éloi­gnée pour ceux ayant eu le malheur de naître dans un lieu que seuls les riches touristes trouvent superbe.

Regrou­per les enfants vivant sur un péri­mètre limi­té en leur ensei­gnant le mini­mum leur a toute­fois permis de savoir lire et écrire, ce qui en soi était déjà un énorme progrès. La Chine dont il est ques­tion ici n’est pas celle du début du XXème siècle, mais de la situa­tion telle qu’elle était de manière géné­rale dans les années 50–60 et qui un demi-siècle plus tard tend à n’être plus qu’un mauvais souve­nir. Comme pour d’autres aspects de la moder­ni­sa­tion de ce pays, les régions histo­ri­que­ment les plus pauvres ont encore un retard certain pour des raisons géogra­phiques, cultu­relles et financières.

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Ne pouvant répondre aux besoins actuels, de nombreuses écoles rurales ont été fermées au béné­fice d’autres offrant un meilleur cadre tant aux élèves qu’aux ensei­gnants. Les classes uniques dissé­mi­nées dans ces zones rurales qui regrou­paient des enfants d’âges diffé­rents, mais géogra­phi­que­ment proches, sous la direc­tion d’une seule personne ont ainsi quasi­ment dispa­ru pour lais­ser leurs places à des struc­tures plus modernes. Celles-ci ayant un coût élevé, ce sont des centaines d’élèves qui y sont scola­ri­sés, certains d’entre eux se retrou­vant à plusieurs dizaines de kilo­mètres de leurs habi­ta­tions. Mettre en place un système de ramas­sage scolaire tourne dès lors au casse-tête tant pour les parents que pour les auto­ri­tés, avec dans les deux cas des moyens finan­ciers des plus limités.

Les distances s’échelonnant de quelques centaines de mètres pour les plus chan­ceux à une cinquan­taine de kilo­mètres pour ceux vivant près des pics rocheux tant photo­gra­phiés par les touristes, ces enfants « mal nés » doivent apprendre les diffi­cul­tés de la vie dès le plus jeune âge. Pour ceux trop éloi­gnés de leurs habi­ta­tions, c’est le pension­nat qui leur est impo­sé dès 6 ou 7 ans. Si ce nouvel envi­ron­ne­ment se révèle souvent plus confor­table que la vieille ferme où ils sont nés, ils ne verront leurs parents que lors des congés assez longs pour « renta­bi­li­ser » cet aller-retour, les frais de pension même rela­ti­ve­ment faibles étant une lourde charge pour des couples parve­nant tout juste à survivre. Cet effort tant finan­cier que moral, ces paysans le font en espé­rant que leurs enfants auront une meilleure vie que celle qu’ils ont.

vieille écoleSi le Guangxi a consi­dé­ra­ble­ment réduit le nombre de ses pauvres lors des dernières années, subsistent encore des poches de résis­tance majo­ri­tai­re­ment situées au nord-ouest de la région. Loin des grands centres commer­ciaux et indus­triels, les habi­tants de ces districts n’ont été que faible­ment concer­nés par la crois­sance ambiante. En février 2012, le gouver­ne­ment central et celui régio­nal ont déci­dé d’allouer 150 milliards yuans (18 milliards d’euros) au déve­lop­pe­ment de ces districts pauvres. La construc­tion de nouvelles routes, d’écoles, d’hôpitaux, l’implantation de commerces de proxi­mi­tés finan­ciè­re­ment aidés et un reve­nu mini­mum garan­ti aux habi­tants ont pour but d’ici 4 ans d’éradiquer ce qui reste de la grande pauvre­té de ces districts. Après un an de mise en place de ces mesures les progrès sont visibles par endroits, ce même s’il reste encore beau­coup à faire. Pour les enfants vivant dans les lieux les plus recu­lés, l’espoir d’une amélio­ra­tion les fait patien­ter en même que leurs parents. La vie de ces enfants n’a rien de commun avec celle des petits Chinois vivant dans des agglo­mé­ra­tions mêmes modestes. Obli­gés d’être adultes bien avant l’âge ils apprennent à vivre dans un monde plus ouvert que celui où ils sont nés, sans pour autant toujours profi­ter de leur jeunesse. C’est de la vie quoti­dienne de ces enfants qui ne sont pas malheu­reux faute d’avoir la moindre notion de bonheur qu’il sera ques­tion dans le prochain article.