Hu Jia libé­ré pour subver­sion de la bêtise

Chinois« Le plus célèbre dissi­dent chinois libé­ré », ce qui devrait faire plai­sir au dernier prix Nobel reclas­sé au rang de second couteau et « après Ai Weiwei, le dissi­dent Hu Jia a été libé­ré », tels sont les titres de la presse fran­çaise. Pour ma part, je ne mélan­ge­rai pas les torchons et les serviettes et lais­se­rait l’artiste au rang qui est le sien soit celui d’un frau­deur du fisc. Déso­lé de faire ainsi une diffé­rence entre un Mande­la et un Madoff, mais je trouve cela plus honnête surtout pour Hu Jia.

Hu Jia a donc été libé­ré après trois ans de déten­tion, soit cinq mois avant la fin de la peine fixée par le tribu­nal. Si certains voient là un geste de la part des auto­ri­tés chinoises à desti­na­tion de la commu­nau­té inter­na­tio­nale avant le dépla­ce­ment du premier ministre en Angle­terre et en Alle­magne, cela démontre surtout que le gouver­ne­ment chinois fait ce qu’il veut et quand il le veut en ce qui concerne ses affaires inté­rieures.

Trois ans de prison c’est beau­coup et peu si l’on compare avec les onze ans infli­gés à Liu Xiao­bo pour des chefs d’inculpation simi­laires. Dans les deux cas, il s’agit en effet de tenta­tive de subver­sion de l’État, espèce de couteau suisse des tribu­naux chinois. Contrai­re­ment à son homo­logue Nobe­li­sé, Hu Jia n’a lui que dénon­cé les mauvaises condi­tions de trai­te­ment concer­nant les porteurs du virus VIH ainsi que de nombreuses dérives nuisant à l’environnement.

On peut donc logi­que­ment se deman­der en quoi dénon­cer de telles pratiques connues par tous peut avoir un rapport avec une subver­sion quel­conque d’un État par ailleurs très conscient de ces dérives. Ce n’est sans doute pas pour rien, puisque sans éton­ne­ment de la part des auto­ri­tés chinoises, qu’ont été suspen­dues les aides finan­cières inter­na­tio­nales dans ce domaine, ce qui ne fait que confir­mer les allé­ga­tions de Hu Jia. Il faut donc en déduire qu’il est inter­dit en Chine de mettre en lumière ce qui est pour­tant recon­nu par les auto­ri­tés elles-mêmes, ce qui reste pour le moins para­doxal.

Reste que ce genre de condam­na­tion est aussi inef­fi­cace que la censure de l’Internet, celle-ci ne donnant que l’envie d’aller voir de l’autre côté de la barrière ce qui s’y trouve de si inté­res­sant pour être inter­dit et ensuite de gober tout ce qui s’y trouve. Condam­ner en effet Hu Jia à trois ans de prison ne résout aucun des problèmes auxquels est confron­tée la Chine, mais donne par contre du grain à moudre à certains médias et autres cercles anti­chi­nois primates.

On peut logi­que­ment se deman­der comment un système poli­tique qui est loin de n’avoir à son bilan que des points néga­tifs peut se lais­ser aller à ce genre de pratiques où est sanc­tion­née une personne dénon­çant des faits, et ce sans aucune violence. Hu Jia n’est pas un indé­pen­dan­tiste Corse ou Basque, n’a pas posé de bombes si ce ne sont celles de la parole qui peu à l’inverse des explo­sifs sauver des vies et non en détruire.

Se moder­ni­ser sans lais­ser échap­per le surplus de vapeur devien­dra de plus en plus risqué pour des auto­ri­tés ne voulant montrer d’elles que la seule image d’Épinal d’un système sans failles où aucun chinois n’est dupe de la réali­té d’un quoti­dien où réus­site sociale est dans bien des cas liés à la corrup­tion plus ou moins passive. Lancer de belles campagnes média­ti­sées, faire payer quelques milliers de lampistes ne pour­ra à terme faire taire plus d’un milliard d’habitants. À moins de tous les arrê­ter pour les mêmes motifs que ceux qui ont amené Hu Jia en prison, il faudra aux auto­ri­tés chinoises procé­der à un profond nettoyage interne et en parti­cu­lier chez ceux qui se sentent assez mal pour ordon­ner ce genre d’arrestations.