https : le suicide assis­té de Google en Chine

À ses débuts, la censure de l’Internet se limi­tait à certains sites consi­dé­rés comme sensibles par les auto­ri­tés chinoises auxquels se sont ajou­tés les réseaux sociaux autres que chinois. De manière épiso­dique, d’autres sites ou services ont fait les frais du filtrage opéré par le système centra­li­sé dans la capi­tale. Suspen­dus a prio­ri provi­soi­re­ment à l’approche de certaines dates comme les évène­ments de Tianan­men ou l’anniversaire de l’exil du Dalaï-lama, rares sont les lieux virtuels qui par la suite ont été réta­blis.

Aussi­tôt après avoir quit­té la Chine, Google a vu une bonne part de ses services bloqués, ce tant pour des raisons poli­tiques que commer­ciales. Google.com a ainsi dispa­ru de l’Internet Chinois, ce qui pour nous fran­çais n’était pas réel­le­ment gênant. Espoir déçu puisque depuis quelque temps Google.fr est deve­nu à son tour inac­ces­sible pour lais­ser le champ libre au plus docile moteur de recherche Bing de Micro­soft. Docile et même zélé puisque ce service va jusqu’à anti­ci­per les direc­tives des auto­ri­tés chinoises en matière de censure. Pour en reve­nir à Google.fr, on aurait pu espé­rer un geste de la part des censeurs à l’occasion des 50 ans de la recon­nais­sance de la « Nouvelle Chine » par la France. Dans la lancée ont été touchés tous les services du moteur de recherche améri­cain, mais égale­ment des fonc­tions moins publiques. Une grande quan­ti­té de sites sans rapport direct avec Google sont soit inac­ces­sibles ou voient leur temps d’affichage nette­ment allon­gé.

Pour­quoi cette haine soudaine de la part de la censure chinoise ? En réali­té elle n’est pas direc­te­ment en cause. Depuis quelques mois, Google a déci­dé de sécu­ri­ser l’ensemble de ses services en passant par le proto­cole « https » au lieu du simple « http » long­temps utili­sé. C’est ce simple « s » qui est à l’origine de l’inaccessibilité de nombreux services touchant la plupart des sites. Une plate­forme comme Word­Press ou autres fait en effet fréquem­ment appel aux serveurs de Google, qu’il s’agisse de char­ger les polices de carac­tères ou certaines fonc­tions en JavaS­cript. L’appel d’un script sur un serveur de Google dont l’adresse est « http://xxx.google.com/truc.js » n’aboutit donc plus en ayant été rempla­cée par « https://xxx.google.com/truc.js ». Une solu­tion logique est d’éditer le code source et de chan­ger l’adresse pour accé­der à la version « https » lorsque le program­meur n’a pas prévu une bascule auto­ma­tique.

Dans les faits, il est inutile de perdre son temps à ces modi­fi­ca­tions, car le résul­tat est nul. Si après les chan­ge­ments l’appel se fait sur la bonne adresse, c’est en effet le système de censure qui bloque les requêtes en « https » de Google du fait que les données y sont cryp­tées et donc plus diffi­ci­le­ment déchif­frables. Toutes les requêtes en « https » n’étant pas pour autant bloquées en Chine, c’est bien Google qui est visé en payant une fois de plus au prix fort son bruyant départ.

La consé­quence commer­ciale prévi­sible, parce que voulue par les auto­ri­tés, est la dispa­ri­tion pure et simple de Google en Chine. De son côté, le géant améri­cain cherche des solu­tions pour conser­ver ses déjà faibles parts de marché dans le secteur de la publi­ci­té. Un réseau de sous-traitants locaux tente bien de se mettre en place, mais les annonces estam­pillées Google sont étroi­te­ment surveillées tant par les concur­rents locaux que par les services offi­ciels dédiés.

Ce mode de fonc­tion­ne­ment est-il compa­tible avec la posi­tion de deuxième puis­sance écono­mique mondiale membre de l’OMC ? Non en regard des textes enca­drant le commerce inter­na­tio­nal, mais la Chine joue sur du velours face à des nations pour qui elle est un parte­naire incon­tour­nable quel que soit le sens des échanges. La censure du Web existe depuis les débuts de l’Internet en Chine et aucune gesti­cu­la­tion de circons­tance n’a chan­gé quoi que ce soit. Pour­quoi ? Parce que la liber­té d’expression est à l’image de la défense de la culture tibé­taine, soit un argu­ment commer­cial tein­té de poli­tique pour être plus présen­table.