Histoire d’un faus­saire faus­se­ment soup­çon­né par de faux policiers

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militaireHabi­tant le Hubei, Jie est un géné­ral de l’armée de terre en retraite. Comme beau­coup d’autres, l’amour de ses compa­triotes le pousse à rendre quelques services moyen­nant une récom­pense méri­tée. Une carrière dans l’armée donne l’occasion de tisser de solides rela­tions dans divers domaines, et ce sont celles-ci que Jie fait jouer. Admis­sion dans une école répu­tée ou coup de pouce pour obte­nir un emploi fait partie des attri­bu­tions du géné­ral retraité.

Pour prou­ver son impor­tance aux deman­deurs venus à sa rencontre dans le bureau qu’il loue, Jie sort de sa poche sa carte offi­cielle de mili­taire qu’il appuie avec quelques docu­ments minis­té­riels souli­gnant ses quali­tés. Malgré la quan­ti­té de demandes accom­pa­gnées des incon­tour­nables enve­loppes, Jie n’est pas riche. Contrai­re­ment à ce qu’il explique aux visi­teurs, ses seules rela­tions sont payantes, ce qui ampute d’autant les sommes versées en fonc­tion d’un tarif prééta­bli. Il y a quelques années, Jie n’était pas un mili­taire en retraite, mais un cadre du PCC d’échelon « presque natio­nal ». Dans la réali­té, il ne l’était pas plus qu’il n’est aujourd’hui géné­ral, mais la fina­li­té était la même. L’arrivée de la nouvelle équipe diri­geante lui a impo­sé une recon­ver­sion profes­sion­nelle, les géné­reux dona­teurs se faisant bien plus rares que par le passé.

Un matin, Jie voit entrer dans son bureau deux poli­ciers en tenue. La raison de cette visite n’a rien d’amicale puisque les deux agents de police sont venus arrê­ter Jie pour usur­pa­tion d’identité mili­taire, escro­que­rie et l’incontournable trouble à l’ordre public. Comme toujours dans ces situa­tions la mauvaise foi est à l’honneur, Jie promet­tant les pires ennuis aux deux poli­ciers. Faux coups de télé­phone à une hiérar­chie tout aussi virtuelle, cris et insultes ne font pas pour autant céder les deux fonc­tion­naires. Jie est menot­té et forcé de s’asseoir sur ce cana­pé où prenaient habi­tuel­le­ment place ceux venus lui deman­der un service.

Après deux ou trois appels, les deux poli­ciers informent Jie qu’il va être trans­fé­ré au commis­sa­riat pour ensuite rejoindre la prison locale. Un des poli­ciers en « rajoute une couche » en expli­quant à Jie qu’il risque jusqu’à 15 ans de déten­tion, une amende de plusieurs centaines de milliers de yuans et la saisie de ses biens. Le second inter­vient pour offrir à Jie une éven­tuelle porte de sortie :

  • Tu n’es pas un crimi­nel, mais nous sommes obli­gés de faire respec­ter la loi. Pour l’instant, peu de personnes sont au courant de tes malver­sa­tions. Une fois en prison, personne ne pour­ra rien pour toi.

Jie a compris le message en profes­sion­nel du secteur du passe-droit.

  • Combien ?
  • 500 000 yuans
  • T’es fou, je n’ai pas le quart de cette somme
  • Ce n’est pas grave, tu as actuel­le­ment 58 ans et en aura 73 quand tu sortiras

Après quelques secondes de silence, Jie demande à télé­pho­ner. Moins de 30 minutes après la fin de la conver­sa­tion, un homme se présente au bureau de Jie avec un sac conte­nant la somme deman­dée. Parmi les rela­tions du faux géné­ral en retraite figure un de ces banquiers de l’ombre et c’est lui qui a four­ni le montant récla­mé. Jie négo­cie­ra plus tard les condi­tions de rembour­se­ments, mais pour l’instant pousse les deux faux poli­ciers vers la porte de sortie. Il est libre, ce même si cette liber­té lui a coûté 500 000 yuans auxquels il faut ajou­ter des inté­rêts toujours très élevés.

Jie reprend ses acti­vi­tés en redou­blant d’ardeur en vue d’éponger sa dette. Consé­quence ou non de la hausse des inter­ven­tions, c’est avec horreur que Jie voit à nouveau deux poli­ciers péné­trer dans son bureau. Cette fois Jie n’a pas l’intention de se lais­ser impres­sion­ner et n’en a de toute manière pas les moyens finan­ciers. C’est par consé­quent sans ména­ge­ment qu’il met à la porte les deux fonc­tion­naires en leur expli­quant violem­ment « qu’il a déjà donné ». Une chaise tombée sur la tête d’un des poli­ciers étant venue appuyer une fin de non-recevoir, Jie voit s’échapper avec joie les deux policiers.

Ceux-ci reviennent toute­fois quelques minutes plus tard, mais cette fois accom­pa­gnés d’une tren­taine de collègues équi­pés de boucliers et de matraques. Jie comprend alors qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle mise en scène, mais de la dure loi de la réali­té. Après avoir racon­té sa précé­dente mésa­ven­ture aux poli­ciers char­gés de l’interroger, Jie livre les détails de son acti­vi­té passée tant en ce qui concerne ses titres tant mili­taires que civils.

Jie a été jugé quelques mois plus tard et a été condam­né à seule­ment 7 ans de déten­tion, les juges prenant en consi­dé­ra­tion l’âge rela­ti­ve­ment avan­cé du faux mili­taire. Concer­nant l’amende, c’est non sans un certain humour que les magis­trats l’on fixé à 500 000 yuans, soit la même somme que celle versée aux faux poli­ciers. Que sont-ils deve­nus ? Une enquête a bien été ordon­née pour tenter de les retrou­ver, mais sans réelle volon­té en partant du prin­cipe que « bien mal acquis doit fina­le­ment profi­ter à quelqu’un ».