Hengxian : loin des méga­poles, et alors ?

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Voici le premier article d’une longue série sur le Guangxi. Je ne vais pas vous abreu­ver de chiffres, mais il est utile de savoir que cette région a une popu­la­tion de 50 millions d’habitants pour une super­fi­cie de 236 000 km². Pour commen­cer la visite, je vous propose de faire le tour du village où je vis avant de se rendre dans la campagne consti­tuant ce district relié admi­nis­tra­ti­ve­ment à Nanning, qui est égale­ment la capi­tale de région.

Si je cite souvent Hengxian, il s’agit là en fait du nom du district, le nom de l’agglomération étant Heng Zhou Zhen, 镇(zhèn) signi­fiant : bourg. Si en France ce terme est attri­bué à quelques habi­ta­tions assez proches, il en est de même en Chine en adap­tant toute­fois cette déno­mi­na­tion à la taille du pays. Avec ses 230 000 habi­tants, ce bourg se classe en termes de popu­la­tion au même niveau que Mulhouse qui n’est pas à propre­ment parler une petite agglo­mé­ra­tion. Pour ce qui est de sa surface, c’est le phéno­mène inverse, car avec ses 17 km², il corres­pond davan­tage à une petite ville de province.

Si je vous disais que ce bourg est le plus bel endroit de Chine, ce serait malhon­nête de ma part, car loin d’être la véri­té, sans pour cela que ce lieu soit une excep­tion en Chine, loin de là. Les quelques maisons restantes à arbo­rer une façade quelque peu origi­nale sont les vestiges de ce qu’étaient les proprié­tés de riches commer­çants ou de proprié­taires terriens au début du siècle dernier. Pour ce qui est des construc­tions plus récentes, les terrains ont été pris sur les rizières envi­ron­nantes, le but de l’époque étant bien plus de loger rapi­de­ment un maxi­mum de personnes que de veiller à l’esthétique. Depuis les années 80, Hengz­houz­hen ne cesse de s’agrandir comme la plupart des agglo­mé­ra­tions chinoises, la popu­la­tion devant passer à 400 000 d’ici à 10 ans. Cette prévi­sion d’une hausse notable de la popu­la­tion est parfai­te­ment visible depuis 3 ans, les chan­tiers de construc­tion se multi­pliant. Ce sont actuel­le­ment plus de 50 000 loge­ments qui sont soit en cours ou seront livrés d’ici quelques semaines.

chineL’immense majo­ri­té des habi­tants ayant des reve­nus modestes, les construc­tions sont à la hauteur de leurs possi­bi­li­tés finan­cières. De plus, l’hiver ne durant au pire qu’un mois, les locaux préfèrent se bala­der le soir le long de la rivière ou aller danser que de regar­der la télé, même assis sur un confor­table cana­pé. C’est d’ailleurs là que réside un aspect très diffé­rent de la vie occi­den­tale, les rues étant animées prati­que­ment 24h/24. Dès 18 heures les commer­çants de rues prennent le relais de ceux plus tradi­tion­nels, ce qui donne l’impression d’une vie où jamais rien ne s’arrête. Leurs clients proviennent en grande partie des KTV’s dissé­mi­nés dans toute la ville, mais aussi de simples passants, les Chinois ayant cette propen­sion à manger dès qu’ils ne travaillent pas ou ne dorment pas.

Depuis deux ans s’est instal­lée une immense surface commer­ciale compre­nant un super­mar­ché ainsi que des dizaines de maga­sins répar­tis sur les 5 étages du bâti­ment. Juste en face de cet ensemble, d’autres échoppes ont vu le jour, coif­fées de centaines de loge­ments. Si un KTV avait bien évidem­ment été aména­gé au sous-sol, il a été fermé au bout de trois mois, les rési­dents se plai­gnant du bruit. Il faut dire que le proprié­taire de l’établissement n’était pas origi­naire du bourg, ce qui impose des normes bien plus dras­tiques que lorsque l’on possède un bon guan­xi local.

L’économie locale tourne autour des petits commerces dont les clients sont des personnes travaillant dans d’autres maga­sins ainsi que les très nombreux fonc­tion­naires répar­tis dans les diverses admi­nis­tra­tions. Si Hengz­houz­hen ne possède pas d’industries, celles-ci étant plus éloi­gnées du bourg, l’activité prin­ci­pale reste le thé et surtout le jasmin. Cette fleur est récol­tée manuel­le­ment de mai à octobre, ce qui donne lieu à un marché où elles sont vendues quoti­dien­ne­ment avant à d’être mélan­gées aux thés prove­nant de tout le pays. Ce sont ainsi pour plusieurs dizaines de milliards de Yuan de thés qui sont stockées dès le mois d’avril avant de repar­tir vers leurs régions d’origine une fois que les fleurs de jasmin ont donné leur parfum. 70 000 tonnes sont ainsi récol­tées annuel­le­ment et finissent leur vie non pas à la décharge, mais en tant que complé­ment de nour­ri­ture pour les pois­sons élevés tout le long de la rivière. Il a en effet été démon­tré que le fait de mélan­ger les pétales de jasmin à la nour­ri­ture alimen­tant ces élevages empê­chait certaines mala­dies de se décla­rer. C’est en partie pour cette raison que ce bourg est répu­té pour ses pois­sons, 250 espèces comes­tibles étant commer­cia­li­sées sur les divers marchés locaux, auxquels il faut ajou­ter ceux prove­nant de la mer distante de seule­ment une centaine de kilo­mètres.

chineEn ce qui concerne les loisirs, tout ce dont on peut rêver est présent, mis à part sans doute une pati­noire bien glacée, les tempé­ra­tures ne permet­tant pas d’entretenir une telle instal­la­tion. Je vous ai déjà cité les nombreux KTV’s, auxquel il faut ajou­ter deux boîtes de nuit, les centaines de restau­rants, les quatre gymnases, les terrains de foot, de tennis ainsi que tout ce que l’on peut trou­ver ailleurs dans des villes plus impor­tantes. Pour ce qui est du golf, si cher à certains expa­triés, le premier terrain est à une heure d’autobus, ce qui ne repré­sente pas une grande diffé­rence avec le temps passé dans les embou­teillages de Shan­ghai ou d’autres villes aux noms plus valo­ri­sants pour certains expa­triés. Un des nombreux avan­tages d’habiter ici, est que, sans avoir la possi­bi­li­té d’impressionner la famille ou les copains restés en France en expli­quant rési­der dans une des méga­poles dont beau­coup ne connaissent que quelques rues, je peux faire de magni­fiques prome­nades loin de la pollu­tion, ce dont rêvent la plupart des immi­grés évoqués plus haut. Un autre élément posi­tif est que j’ai moi-même fixé mon lieu de rési­dence, sans y être forcé par des contraintes profes­sion­nelles. En Chine comme dans bien d’autres pays, il existe de plus d’excellents moyens de trans­port me permet­tant de me rendre rapi­de­ment où je le désire, sans pour autant être obli­gé d’y rester.

Si j’avais en effet le désir de vivre près d’une commu­nau­té occi­den­tale, ou plus est de Fran­çais, je serai resté en France, pays où ils sont le plus nombreux quoique l’on en dise. Je ne suis donc que dans la même situa­tion que 75 % des Chinois qui comme moi n’habitent pas dans les 100 plus grandes villes du pays, ce qui est loin de faire de moi une excep­tion quel­conque, ce que je ne cherche d’ailleurs pas. Je n’ai pas non plus ma domes­tique payée au rabais pour me repas­ser mes panta­lons et ainsi rempla­cer une mère restée en France, fière de dire mon fils est en Chine, même si de ce pays il en connaît bien plus les bars à expa­triés que la réali­té quoti­dienne dont il ne parle que sur certains forums dédiés aux kidnap­pés subis­sant une horrible torture. Cela ne l’empêchera toute­fois pas à son retour de parler de LA CHINE, comme un savant explo­ra­teur, rajou­tant cette expé­rience inou­bliable à son CV, ce qui est toujours utile et parfois même le but ultime du séjour. Mais, je dérive du sujet initial, quoi qu’il serait bien diffi­cile à de nombreux déco­rés de l’ordre virtuel du « J’habite XXXX » de décrire en détail le lieu où ils disent vivre puisqu’ils ne font qui avoir été dépo­sés.

chineRetour donc à Hengz­houz­hen, et pour faire le lien avec le para­graphe précé­dent, je tiens à vous préci­ser que je ne suis pas le seul Occi­den­tal à vivre ici. Eh oui, nous sommes en effet… Deux, puisqu’un Hollan­dais est venu me rejoindre il y a 3 ans. Bien que la ville soit petite, nous devons nous voir deux fois par an, non pas pour des raisons d’antipathie réci­proque, mais d’une part parce que comme moi, il a d’autres choses à faire et d’autre part parce qu’il n’est pas en Chine non plus pour fréquen­ter ses compa­triotes ou des Euro­péens.

Pour termi­ner sur ce village, l’ambiance y est celle de ceux que j’ai connus lorsque j’étais jeune, fait de rela­tions sociales, même sans Face­book, d’engueulades, de choses très agréables, d’autres moins, soit tout ce qui fait la vie. La prochaine fois, je vous amène­rai dans des lieux qui sont mes préfé­rés, c’est-à-dire cette campagne qui m’attire bien plus par leur chaleur que certaines « tours réfri­gé­rées » des grandes villes que certains assi­milent à un immense super­mar­ché de l’emploi ou acces­soi­re­ment des achats.

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