Guilin et ses champs de puits : Ling­chuan sur Arnaque

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Il est régu­liè­re­ment ques­tion dans les médias de désin­for­ma­tion de l’expropriation des paysans. Dans l’absolu, cette action qui vise à priver contre son gré un proprié­taire foncier de son bien est impos­sible en Chine puisque les terres agri­coles appar­tiennent à l’État en étant gérées par les collec­ti­vi­tés locales. Ce système étant inchan­gé depuis plus de 60 ans, les paysans sont parfai­te­ment au courant, ce qui ne les empêche pas à juste raison de tenter par tous les moyens de tirer le maxi­mum des terres qu’ils louent. À l’opposé, les respon­sables locaux tentent de mini­mi­ser le montant des indem­ni­sa­tions fixées par plusieurs lois.

La prin­ci­pale origine des conflits vient de cette oppo­si­tion d’intérêts, les respon­sables locaux fixant le prix en fonc­tion de la valeur des récoltes alors que les paysans consi­dèrent que les indem­ni­sa­tions doivent être propor­tion­nelles à la valeur des terrains cédés aux promo­teurs. Une bonne partie de la diffé­rence allant dans les poches des « repré­sen­tants du peuple », cela ne peut qu’être à l’origine d’affrontements souvent sanglants.

Il arrive qu’un terrain agri­cole autre­fois sans grand inté­rêt prenne soudai­ne­ment une valeur supplé­men­taire comme il est expli­qué dans cet article. Dans ce cas, il s’agissait du projet d’un ensemble immo­bi­lier joux­tant des habi­ta­tions, ce qui rendait les aisés les détour­ne­ments. Le problème est autre lorsqu’il s’agit de terres éloi­gnées d’une agglo­mé­ra­tion et qui n’a dès lors que sa valeur agricole.

Il y a quelque temps, une rumeur a parcou­ru le district de Ling­chuan près de Guilin. Ce bruit concer­nait la construc­tion prochaine d’une ligne de chemin de fer devant traver­ser les rizières voisines. La valeur d’une récolte de riz étant loin d’atteindre les sommets, les paysans a prio­ri concer­nés ne pouvaient s’attendre à d’importantes indemnisations.

S’il est souvent repro­ché aux Chinois de ne pas être créa­tifs, ce juge­ment est tota­le­ment inap­pro­prié en ce qui concerne les paysans. C’est en étudiant de près les textes enca­drant les indem­ni­sa­tions que quelques paysans de Ling­chuan ont pensé avoir trou­vé la solu­tion pour sensi­ble­ment majo­rer le montant des indem­ni­sa­tions. Une dispo­si­tion prévoit en effet que la terre sur laquelle est présent un puits doit être indem­ni­sée à un prix nette­ment supé­rieur. N’est toute­fois concer­né par cette dispo­si­tion qu’un péri­mètre limi­té autour du puits.

Le légis­la­teur qui a rédi­gé ce texte devait sans doute être une personne de la ville, car il a oublié de préci­ser que le puits devait remplir sa fonc­tion première qui est de distri­buer de l’eau. Cet oubli n’a par contre pas échap­pé aux paysans de Ling­chuan qui ont exploi­té le texte à la lettre. Ce sont en effet des centaines de puits qui ont été posés en quelques jours. Le résul­tat est le paysage que vous pouvez consta­ter sur la photo, soit des champs plan­tés de bouches d’eau rouges du plus bel effet.

Chaque puits est posé à égale distance et surtout assez proche de son voisin pour couvrir ainsi toute la surface du champ en matière d’indemnisation majo­rée, mais bien enten­du sans four­nir la moindre goutte d’eau. Ce travail a toute­fois quelques risques de s’avérer inutile, un respon­sable local ayant indi­qué que le tracé de la ligne de chemin de fer n’avait pas encore été défi­ni. Il a égale­ment préci­sé que si elle est appe­lée à passer sur les champs de puits, il sera hors de ques­tion d’indemniser les paysans en prenant en compte cette arnaque, ce même si un geste pour­rait être fait au nom de la paix sociale.