Gu Kailai : une condam­na­tion des plus ordi­naires

chemin

Gu Kailai, l’épouse de Bo Xilai, a été condam­née hier à la peine capi­tale assor­tie de deux ans de sursis pour le meurtre prémé­di­té de Neil Heywood, ancien ami et conseiller. Même si les médias occi­den­taux, et en parti­cu­lier fran­çais, ont pris la défense de l’empoisonneuse sous le couvert d’un suppo­sé complot visant son mari, Gu Kailai a été condam­né de la même manière que le sont des milliers d’autres crimi­nels. N’en déplaise aux bien-pensants et autres vautours de la presse se nour­ris­sant des déchets tombés « maladroi­te­ment » des poubelles de l’instruction, en Chine cette procé­dure est géné­ra­le­ment rapide parce que se limite aux faits sans avoir besoin de nour­rir une arma­da d’avocats qui en France se seraient autant délec­tés qu’enrichis d’une telle affaire.

Malgré ce qu’écrivait sur ce sujet un inter­ve­nant dans le Figa­ro, le béné­fice du sursis n’a rien d’exceptionnel en étant une dispo­si­tion couram­ment liée à une lourde condam­na­tion. J’ai bien tenté d’ouvrir les yeux à cette personne, mais après avoir été d’abord publié, mon commen­taire a été suppri­mé sans doute au nom de la liber­té d’expression, cheval de bataille de la presse libre et indé­pen­dante d’écrire ce qui lui est impo­sé.

Si Gu Kailai a béné­fi­cié de ce sursis de deux ans, c’est en raison de son état dépres­sif recon­nu par les méde­cins ayant exami­né l’épouse de l’ancien secré­taire géné­ral, ce même si la rela­tive noto­rié­té passée de son mari a peut-être joué pour une petite part. Certains pour­raient se deman­der à quoi peuvent servir ces deux ans, la peine capi­tale en étant la fina­li­té. Pour comprendre, il suffit de ne pas limi­ter la lecture du verdict aux seuls mots de peine de mort et consta­ter qu’a été ajou­tée la priva­tion à vie des droits civiques. Là encore, on peut logi­que­ment se deman­der quel est l’intérêt d’un tel ajout concer­nant une personne qui est appa­rem­ment appe­lée à passer deux ans derrière les barreaux avant de se voir admi­nis­trée une piqure fatale.

Contrai­re­ment à d’autres pays bien plus démo­cra­tiques où certains déte­nus pour­rissent des années dans les « couloirs de la mort » avant d’être exécu­tés de manière très média­tique, en Chine un condam­né à la peine capi­tale sait aussi­tôt après le verdict de quoi il retourne. En dehors de certains crimes parti­cu­liè­re­ment horribles, les assas­sins d’enfants, ceux commis par des réci­di­vistes ou qui touchent d’une manière ou d’une autre à la sécu­ri­té de l’État, les crimes de sang sont souvent assor­tis de ce sursis utili­sé par le condam­né pour se repen­tir. Recon­naître simple­ment les faits er s’en excu­ser d’une manière pouvant être inter­pré­tée comme sincère peuvent suffire à trans­for­mer une condam­na­tion à mort à la prison à vie. C’est ce qu’a fait Gu Kailai lors de son procès en indi­quant de plus aux juges qu’elle ne ferait pas appel de la déci­sion. L’avocate sachant fort bien qu’un deuxième procès ne peut rien lui appor­ter, mais risque par contre d’être plus sévère que le premier, elle a accep­té cette condam­na­tion qui devraient lui permettre de sortir de prison après 25 ans d’emprisonnement (peine de sureté) ou peut-être plus tôt si son état de santé était par exemple consi­dé­ré comme incom­pa­tible avec sa déten­tion ou si son compor­te­ment est jugé comme « exem­plaire ».

Si la peine capi­tale est souvent appe­lée à être commuée en prison à vie, cette sanc­tion « se limite » ensuite dans la réali­té à une déten­tion n’excédant que rare­ment vingt ans. Il en est ainsi pour la plupart des condam­nés à mort, et c’est sans trop de doute ce qui attend Gu Kailai. Cette sortie préma­tu­rée, mais prévue dans les textes juri­diques, explique par consé­quent la priva­tion à vie des droits civiques, même cette dispo­si­tion peut être égaleemnt révi­sée si certaines condi­tions sont réunies.

Une partie de la déten­tion étant en Chine tradi­tion­nel­le­ment occu­pée par le travail censé remettre les délin­quants dans le droit chemin tout en n’étant pas un poids pour la socié­té, il va se poser une ques­tion loin d’être facile à résoudre. Les respon­sables de l’établissement péni­ten­tiaire où va « rési­der » celle qui était habi­tuée à un confort de vie bien supé­rieur à la moyenne vont devoir lui trou­ver une occu­pa­tion. N’étant à la base que peu doué pour le travail manuel, si ce n’est le mélange de cyanure avec d’autres produits, il y a peu de chances que Gu Kailai soit affec­tée à une chaîne de fabri­ca­tion quel­conque en compa­gnie de ses codé­te­nues. Gu kalai va-t-elle à l’image d’un crime des plus ordi­naires deve­nir une de ses anonymes habillées de l’uniforme péni­ten­tiaire ? Si l’avenir le dira, il y a fort peu de chances que le public s’y inté­resse, pas plus qu’il ne s’est majo­ri­tai­re­ment passion­né pour une histoire des plus communes que seuls quelques médias ont montée en épingle pour d’autres raisons.

««Les gros bonnets reçoivent une peine avec sursis pour un meurtre tandis que pour les gens ordi­naires c’est l’exécution immé­diate. Où est la justice?»»

Tel est le seul commen­taire extir­pé à grand mal de la part de la presse fran­co­phone qui copie à l’infini ce message émanant d’un incon­nu. Pas plus que bon nombre de fran­çais, Belges ou Cana­diens ne connaissent le droit de leur propre pays et son appli­ca­tion, cet inter­naute présen­té comme Chinois ne semble avoir connais­sance que grand nombre de verdicts sont ensuite modi­fiés, Gu Kailai n’ayant à prio­ri béné­fi­cié d’aucune faveur parti­cu­lière si ce n’est éviter une mort qui comme pour tout le monde vien­dra tôt ou tard. Il demeure que dans cette affaire je n’ai jamais compris la posi­tion de certains médias défen­dant l’indéfendable soit la corrup­tion, les magouilles et pour finir un meurtre au nom du seul argent facile. Dommage que le retour­ne­ment de veste ne soit pas assi­mi­lé à un délit, en Chine comme ailleurs .…