Groupes finan­ciers chinois : à vos marques, prêts ? Inves­tis­sez !

Les clichés sont d’autant plus tenaces lorsqu’ils sont entre­te­nus par des médias parfai­te­ment ordon­nés pour ne pas dire aux ordres. Actuel­le­ment, il devient de plus en plus diffi­cile de savoir si la voix enten­due dans les médias est celle de l’opinion publique ou si cette dernière ne fait que servir de chambre d’écho aux premiers. Ce qui est certain est que la ligne déli­mi­tant le bon du méchant tracée à la fin de la Deuxième Guerre mondiale reste iden­tique malgré un monde ayant sensi­ble­ment évolué.

La Chine paye cher son passé collec­ti­viste alors qu’étrangement la Russie à l’histoire aussi noire pour­rait sans peine passer du côté « des bons » si elle n’était pas diri­gée par un Poutine loin d’être malléable à souhait. Dans le cas de la Chine, la virgule dans les propos est rempla­cée par le terme jugé aussi terri­fiant qu’insultant de « Chine commu­niste » par ceux se posi­tion­nant à droite et de « Chine capi­ta­liste » par ceux situés à gauche, même si ces deux étique­tages de gauche et de droite n’ont plus aucune valeur sur le terrain. Ces quali­fi­ca­tifs à première vue oppo­sés n’aident pas en tous cas à expli­quer ce qui gêne dans la présence de la Chine aux premiers rangs des écono­mies mondiales.

Lorsqu’en 2006, le groupe Indien Mittal fait main basse sur un fleu­ron de la sidé­rur­gie fran­çaise, l’opinion publique voit cela d’un bon œil. Pas ques­tion ici de trans­fert de tech­no­lo­gie, de pillage ou autres critiques, ce même si les années suivantes ont sensi­ble­ment été moins rayon­nantes. Idem pour les 107 entre­prises fran­çaises rache­tées par les Améri­cains en 2013, les 72 deve­nues Anglaises ou les 28 doré­na­vant alle­mandes (source JDN). Par contre, les 6 rache­tées la même année par des Chinois ont fait couler beau­coup d’encre et de salive. Je laisse croire aux naïfs que les achats de la part d’entreprises origi­naires de « pays amis » sont sans risques.

Deux derniers exemples en date sont l’aéroport de Toulouse et le Club ‘Med avec un tinta­marre média­tique proche de l’hystérie. Dans les deux cas, il s’agit en effet d’une bonne affaire puisque le groupe sino-canadien a mis 300 millions d’euros sur la table (20% de plus que les autres candidats)et que la valeur des actions du Club ‘Med s’est envo­lée durant « l’affrontement » entre Fosun et Andrea Bono­mi. Dans le cas du Club ‘Med, il faut égale­ment rappe­ler qu’il n’est plus fran­çais depuis long­temps. Fosun n’en est ensuite deve­nu que l’actionnaire prin­ci­pal (majo­ri­té de blocage) avec 25 % d’un capi­tal où il est entré en 2010.

PSA qui semble sortir la tête de l’eau après la reca­pi­ta­li­sa­tion Etat-Dongfeng asso­ciée à un chan­ge­ment de direc­tion, Volvo rache­té par Geely en 2010 et qui renoue avec les béné­fices sont deux signes pouvant lais­ser espé­rer que les inves­tis­se­ments chinois peuvent être une chance pour la vieille Europe. Dans tous les cas, les employés de l’aéroport de Toulouse ne vont pas travailler 70 heures par semaine et les « Gentils Orga­ni­sa­teurs » ne vont pas devoir faire un stage de forma­tion en camp de travail.

Ces deux dernières expé­riences soulignent les diffi­cul­tés que vont rencon­trer les inves­tis­seurs chinois avec une oppo­si­tion systé­ma­tique plus ou moins orches­trée par des ombres aux objec­tifs parfois flous. Pour lutter contre cette image néga­tive, les auto­ri­tés chinoises et les groupes d’investissements privés tentent de la remo­de­ler. Sans qu’il soit ques­tion de vendre une nouvelle fois son âme au diable qui en 1945 avait pris les traits du « Beau libé­ra­teur », les inves­tis­se­ments chinois en Europe sont appe­lés à être de plus en plus nombreux et impor­tants. La France en aura sa part pour peu que certaines menta­li­tés évoluent, ce qui est le cas en dehors de médias se présen­tant comme d’information et qui tout rela­tant la Chine sous Mao laissent croire à un repor­tage d’actualités.

Pour­quoi les holdings chinoises ciblent-elles à présent l’Europe après avoir fait leur place en Afrique ? La réponse devrait faire plai­sir aux plus anti­chi­nois puisqu’il s’agit d’un senti­ment posi­tif accor­dé au vieux conti­nent. Ces groupes ont en effet une réelle confiance dans l’économie euro­péenne et profitent d’un instant de déprime des inves­tis­seurs locaux pour ache­ter à rela­ti­ve­ment bas prix ce qui vaudra bien plus cher dans quelques années. En grande majo­ri­té, les acti­vi­tés visées sont celles des services, secteur sur lequel la Chine est encore très en retard. Il y a par exemple de fortes proba­bi­li­tés que des inves­tis­seurs chinois s’intéressent à la construc­tion et à la gestion de parcs de maisons de retraite, la moyenne d’âge de la popu­la­tion fran­çaise comme chinoise étant appe­lée à augmen­ter sensi­ble­ment lors des années à venir.

D’autres pistes seront sans aucun doute explo­rées par les inves­tis­seurs chinois et rien n’empêche de prendre les devants avec des idées nova­trices. Dans les années 70 « On n’avait pas de pétrole, mais des idées », ce sera demain « On a toujours les idées et les Chinois pour les finan­cer ».

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.