Garde­ries d’enfants : « Maman, je te renvoie le gosse »

maternelleDès l’âge de trois ans, la plupart des très jeunes Chinois goûtent aux joies de la vie en commu­nau­té au sein d’une école mater­nel­le. Si le cycle primai­re et celui secon­dai­re sont gratuits, il en est tout autre­ment de l’inscription dans les établis­se­ments accueillant des enfants âgés de 3 à 6 ans. Pour ceux gérés au niveau muni­ci­pal, les prix prati­qués demeu­rent toute­fois abor­da­bles. Il faut dire que les servi­ces offerts sont proches du mini­mum avec un person­nel et des bâti­ments loin d’être au sommet dans leur domai­ne.

Le fait que cette scola­ri­sa­tion ne soit pas obli­ga­toi­re a long­temps limi­té le nombre d’enfants dans les écoles mater­nel­les, les grands-parents prenant tradi­tion­nel­le­ment en char­ge les premiè­res années. Dans de nombreux cas, l’inscription n’était faite qu’à l’occasion de la sixiè­me année afin de prépa­rer l’enfant à son entrée dans le cycle primai­re.

Depuis quel­ques années, le fossé géné­ra­tion­nel et la moder­ni­té ambian­te ont profon­dé­ment chan­gé les menta­li­tés des jeunes parents. Consi­dé­rant que les leurs étaient dépas­sés par l’époque actuel­le, nombreux sont les jeunes couples qui ont déci­dé de placer leur enfant en école mater­nel­le dès l’âge de trois ans. À cette volon­té s’ajoute le fait que de plus en plus de jeunes femmes accè­dent à des emplois quali­fiés qu’elles n’ont nulle­ment l’intention de quit­ter après des années de dures études.

Le résul­tat a été un afflux d’inscriptions dans des écoles mater­nel­les rapi­de­ment inca­pa­bles de l’absorber. La deman­de étant large­ment supé­rieu­re à l’offre, la situa­tion ne pouvait que déra­per. Passe-droits dictés par les rela­tions, enve­lop­pes copieu­se­ment garnies, tout était bon pour trou­ver une place à son enfant.

garderiePour faire face à cette deman­de accrue, et surtout pour l’exploiter finan­ciè­re­ment, les villes et villa­ges de Chine ont vu la créa­tion de milliers de garde­ries d’enfants. La renta­bi­li­té étant au centre de ces entre­pri­ses commer­cia­les, la concur­ren­ce a donné lieu à de nombreu­ses déri­ves telles que des enfants entas­sés dans un véhi­cu­le et un person­nel manquant souvent de quali­fi­ca­tion et de la patien­ce indis­pen­sa­ble face à de très jeunes enfants. Acci­dents de la circu­la­tion entraî­nant la mort de dizai­nes d’enfants, gifles, actes proches de la tortu­re se sont multi­pliés sans pour cela qu’un texte juri­di­que précis vien­ne enca­drer cette acti­vi­té.

Dans ce secteur comme dans la plupart des autres, c’est l’argent qui prime tout le reste. La deman­de étant là, les prix ont rapi­de­ment augmen­té pour attein­dre des niveaux proches de la pure folie. Dans ce villa­ge, le tarif de la garde­rie la moins chère atteint les 600 yuans par mois, soit près de la moitié du salai­re mini­mum (1300 à 1500 yuans). À Nanning, les prix débu­tent à 2500 yuans, soit près d’un mois de salai­re, et peuvent atten­dre les 5000 yuans dans les établis­se­ments plus luxueux. Inuti­le de préci­ser que pour de nombreux parents cette char­ge finan­ciè­re est lour­de en venant s’ajouter au rembour­se­ment des crédits de l’appartement et de la voitu­re.

Heures supplé­men­tai­res non décla­rées, emploi dans un restau­rant ou autre après les heures offi­ciel­les de travail, aide finan­ciè­re des parents sont les passa­ges obli­gés pour de nombreux jeunes couples. Une autre solu­tion est de reve­nir en arriè­re en confiant son enfant à ceux un temps jugés trop déca­lés en rapport de la vie actuel­le.

Si ce retour aux sour­ces peut paraî­tre amusant vu de l’extérieur, il l’est souvent moins pour les parents. Pour certains d’entre eux et contrai­re­ment au juge­ment de leurs enfants, le mode de vie actuel est parfai­te­ment assi­mi­lé. Voya­ges, réunions entre amis sont ainsi remis en ques­tion par un retour à des tradi­tions un temps écar­tées. Les consé­quen­ces sont de multi­ples tensions entre des enfants « moder­nes », mais dési­reux d’exploiter ce qui les arran­ge, et des parents à qui l’on a fait sentir un temps leur inuti­li­té, ce dont ils se sont fort bien accom­dés.

Comme quoi les tradi­tions n’ont pas que du mauvais, ce qui expli­que leur traver­sé du temps contrai­re­ment aux modes bien plus éphé­mè­res par défi­ni­tion.