Formal­dé­hyde : quand la maison du bonheur devient celle du malheur

formolA l’occasion de la Fête des morts, il était ques­tion du prix exor­bi­tant d’une place dans les cime­tières chinois. Il arrive de plus en plus souvent que l’appartement lui-aussi chère­ment payé se trans­forme en tombeau. En cause, le formal­dé­hyde qui n’est autre que du formol à l’état gazeux. En paral­lèle de l’explosion des ventes d’appartements, les usines de meubles se sont multi­pliées sans toujours respec­ter les normes. Il en est de même pour les fabri­cants de panneaux agglo­mé­rés utili­sés pour la déco­ra­tion.

Une étude menée par le minis­tère de la Préven­tion et du contrôle des mala­dies a révé­lé que l’air de 92 % des appar­te­ments récem­ment meublés conte­nait du formal­dé­hyde et que pour 76 % d’entre eux, la teneur était supé­rieure à 5 fois le maxi­mum auto­ri­sé. D’une durée d’incubation variant de 5 à 15 ans en fonc­tion de la tempé­ra­ture et du taux d’humidité, le formal­dé­hyde se libère dès 19°. Les effets nocifs de ce produit sont aussi nombreux que connus en allant de simples maux de tête au cancer en passant par les problèmes respi­ra­toires et diverses aller­gies.

Ce jeune cadre des envi­rons de Nanjing était heureux de démé­na­ger avec sa mère dans leur nouvel appar­te­ment. Trois mois après avoir aména­gé, le jeune homme et sa mère souffrent de fréquentes nausées et de maux de têtes. Dès leur instal­la­tion ils avaient été incom­mo­dés par l’odeur piquante qui régnait dans l’appartement, mais s’étaient dit qu’elle dispa­raî­trait au bout de quelques semaines. En réali­té l’odeur ne s’est que peu atté­nuée, mais ils se sont habi­tués.

Fin avril, le jeune homme et sa mère ont été hospi­ta­li­sés après de nombreux malaises. Les tests ont révé­lés que les deux personnes souf­fraient d’une anémie apla­sique. L’analyse des échan­tillons d’air préle­vés dans l’appartement a révé­lé une dose anor­ma­le­ment élevée de formal­dé­hyde prove­nant des éléments déco­ra­tifs en contre­pla­qué, mais aussi de benzène prove­nant des pein­tures des murs. Une fois les causes déter­mi­nées, le jeune homme et sa mère ont été placé sous un trai­te­ment adap­té qui devrait les remettre sur pied d’ici peu.

Cette habi­tante de Shan­ghai a eu moins de chance puisque quelques mois après avoir aména­gé dans son nouvel appar­te­ment, elle a dû être hospi­ta­li­sée d’urgence. Les méde­cins ont diag­nos­ti­qué une forme de cancer à évolu­tion extrê­me­ment rapide. Elle est décé­dée quelques jours après son admis­sion à l’hôpital, ce qui a inci­té sa fille à faire analy­ser l’air de l’appartement. Là encore, une forte présence de formal­dé­hyde et de benzène sont sans trop de doutes à l’origine de la mala­die, ou du moins de sa rapide accé­lé­ra­tion.

En dehors des cas extrêmes, les effets néfastes du formal­dé­hyde sur la santé se comptent par milliers en concer­nant tant les adultes que les enfants. Les grandes villes étant déjà polluées du fait des rejets dans l’atmosphère, les habi­tants ne sont pas davan­tage à l’abri dans leurs loge­ments. Depuis quelques mois, les plaintes se sont multi­pliées après l’apparition en grand nombre de mala­dies ou d’allergies causées par la présence en quan­ti­té de formal­dé­hyde. Ce problème étant connu depuis plusieurs années ainsi que ses causes, les auto­ri­tés tentent d’accélérer la mise aux normes des entre­prises, mais sans réel­le­ment peser de manière effi­cace. Pour­quoi cette frilo­si­té ? Pour des raisons bien évidem­ment écono­miques et d’emploi. Une bonne partie de ces usines n’étant que tout juste rentables, leur impo­ser des normes signe­rait leur ferme­ture et la mise au chômage de milliers d’ouvriers.

Le message actuel de la part des services concer­nés se limite donc à une mise en garde non pas à desti­na­tion des indus­triels, mais des consom­ma­teurs. Réduire la surface occu­pée par ces agglo­mé­rés, privi­lé­gier les meubles en bois massifs et les pein­tures de quali­té. Bon nombre des nouveaux proprié­taires s’étant forte­ment endet­tés pour finan­cer l’achat de leur appar­te­ment, le supplé­ment finan­cier deman­dé pour simple­ment vivre dans un loge­ment confor­table est souvent hors de portée. Ne reste plus pour eux qu’à vivre dans un appar­te­ment vide en atten­dant d’avoir fini de payer le prêt, ce après quoi ils pour­ront envi­sa­ger de le meubler. La durée de vie d’un loge­ment en Chine étant d’une quin­zaine d’années soit la durée du prêt, la seule solu­tion est de se réunir pour chan­ter en chœur cette chan­son de Fran­cis Lalanne datant de 1979, année où les Chinois s’apprêtaient enfin à mieux vivre …

La maison du bonheur