Flexi­bi­li­té du Yuan : une claque aux poli­tiques occi­den­taux

hausse du yuanAlors que le président fran­çais se présente comme grand vain­queur du G20, ce malgré l’échec de l’introduction des euro-bons dont le report a été confir­mé par son premier ministre, c’est la Chine qui se voit féli­ci­tée par les autres membres du G20 dans ces termes :

« Nous saluons l’engagement de la Chine de lais­ser les forces de marché jouer un rôle plus impor­tant dans la déter­mi­na­tion du niveau de change du RMB de conti­nuer à réfor­mer son régime de change et d’accroître la trans­pa­rence de sa poli­tique moné­taire ». »

Derrière cette décla­ra­tion des plus offi­cielles, puisqu’apparaissant dans l’article 16 du commu­ni­qué, se cache un échec total des poli­tiques semblant vivre dura­ble­ment dans une bulle tota­le­ment déca­lée avec la réali­té. Si les remon­trances améri­caines, et donc fran­çaises, sur la sous-évaluation du yuan devraient être bien moins fréquentes une fois les élec­tions US passées, les diri­geants chinois peuvent être satis­faits de la situa­tion actuelle puisque leur profite et leur doit en supplé­ment d’être féli­ci­tés.

La Chine ayant élar­gi la marge de fluc­tua­tion de sa monnaie dans le même temps qu’elle a multi­plié les swaps moné­taires, dont le dernier avec le Japon, le RMB a connu une hausse corres­pon­dant au plus haut de la nouvelle marge pour faire ensuite le chemin inverse en attei­gnant le plan­cher mini­mal. Si rien n’est à repro­cher à la Chine sur ce coup de yoyo puisqu’accédant enfin aux demandes des pays pour­tant dits riches, il indique clai­re­ment aux diri­geants poli­tiques qu’ils ne maîtrisent pas les marchés finan­ciers, ce qu’ils étaient d’ailleurs les seuls à croire en tentant de réper­cu­ter cette fausse idée auprès de leurs élec­teurs.

Les très nombreux indus­triels et inves­tis­seurs étran­gers ayant misé sur la Chine n’ont en effet aucun inté­rêt à ce que la monnaie chinoise voie sa valeur augmen­tée et ont eux les moyens d’agir dans ce sens, ce contrai­re­ment aux spécia­listes des courants d’air que sont les poli­tiques. Un yuan à la hausse signi­fie méca­ni­que­ment des impor­ta­tions vers la Chine rendues plus diffi­ciles parce que plus chères ainsi que des expor­ta­tions moins concur­ren­tielles en prove­nance de ce même pays. Bien des inves­tis­seurs jouant sur ces deux tableaux, un yuan au plus bas est donc syno­nyme de béné­fices supplé­men­taires et explique qu’ils aient ainsi réduit rapi­de­ment à néant les espoirs de quelques spécu­la­teurs d’un yuan au plus haut.

La consom­ma­tion dans les pays occi­den­taux étant en baisse sans grand espoir de voir cette courbe s’inverser, c’est vers la Chine que se portent tous les espoirs avec une prévi­sion de crois­sance d’un peu plus de 8 % malgré la moro­si­té ambiante. Les entre­prises expor­ta­trices ou celles implan­tées en Chine n’ont donc aucun plai­sir à voir la monnaie chinoise attei­gnant des sommets et feront tout pour la main­te­nir dans les limites accep­tables pour eux. Quelle peut être la réponse des gouver­ne­ments ? Pas grand-chose si ce ne sont quelques gesti­cu­la­tions de circons­tance à desti­na­tion de leurs opinions publiques respec­tives. Repro­cher à la Chine de mettre en appli­ca­tion ce qui lui a été deman­dé serait en effet dépla­cé, à moins d’imposer une marge de fluc­tua­tion unique­ment haus­sière, ce qui serait une aber­ra­tion inac­cep­table.

C’est donc avec sa monnaie bon marché que la Chine conti­nue­ra de finan­cer le défi­cit améri­cain, les dérives de gestion de la zone euro, sa présence en Afrique, ce qui donne­ra aux poli­tiques des raisons d’exister faute d’être réel­le­ment utiles. Face à ce pays commu­niste, et donc rempli de pauvres, où une partie de la popu­la­tion se voit frei­née lorsqu’elle désire ache­ter son troi­sième loge­ment, sa deuxième voiture et son 20ème télé­phone portable de l’année, l’occident reste toute­fois le plus fort en termes d’idéologie et de propa­gande avec comme slogan le vieux sketch de Dany Boon : « Je vais bien, tout va bien » auquel il faut ajou­ter « Pour ceux qui ont su prendre le bon train ». Pour les autres, il leur reste le bonheur de voter tous les cinq ans et de mani­fes­ter leur mécon­ten­te­ment le reste du temps.