Fêtes du Nouvel An : ces étranges absences

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slip-rougeLe Nouvel An chinois 2014 est asso­cié à deux événe­ments. Le premier est que le signe de cette année est le cheval, ce qui m’impose de porter un sous-vêtement rouge. Le deuxième est que ces festi­vi­tés sont les premières à se dérou­ler sous la prési­dence de Xi Jinping. Chantre affi­ché de la lutte contre la corrup­tion, les consignes données depuis plusieurs mois, et souli­gnées il y a encore quelques jours, ont-elles été respec­tées ? Pour le savoir, je vous amène faire un petit tour dans ce village.

IMGP7762Arri­vé sur l’esplanade où se déroule habi­tuel­le­ment l’essentiel des festi­vi­tés, une remarque s’impose. Malgré la tempé­ra­ture plus proche d’un mois de juin (26°) que de celle d’une fin janvier, il y a nette­ment moins de monde que les autres années. Une première surprise a été l’absence des poli­ciers de la route habi­tuel­le­ment déployés à cette occa­sion. Il faut préci­ser que ces « forces de l’ordre » étaient surtout présentes pour assu­rer le passage du cortège des voitures offi­cielles. Les cadres locaux ayant déci­dé cette année de rester chez eux, cette présence est donc inutile et permet déjà une première écono­mie puisque la prime habi­tuel­le­ment versée à ces fonc­tion­naires reste dans les caisses.

IMGP7775Même si les offi­ciels et leur nombreuse suite repré­sen­taient une part non négli­geable des personnes présentes, il en manque d’autres. Qui sont ces absents ? Des fonc­tion­naires. Habi­tuel­le­ment, agents du Minis­tère du Commerce et autres tenaient divers stands de jeux. Si les produits à gagner étaient finan­cés par les recettes publiques, il en était tout autre­ment des béné­fices. Les stands sont présents, mais cette fois en étant tenus par des commer­çants qui payent des taxes et non par ceux qui les encaissent.

Les offi­ciels, leurs parents et amis n’ayant pas fait le dépla­ce­ment, cela laisse plus de place pour les habi­tants « normaux ». Cela est d’autant plus vrai que la scène utili­sée pour le spec­tacle a été réduite de moitié. Le nombre de plantes autre­fois factu­rées à prix d’or se limi­tant cette année à une dizaine d’arbustes défrai­chis, il est logique que la scène soit limi­tée aux besoins réels. Idem pour les décors, l’éclairage et la sono­ri­sa­tion réduits à leur plus simple expres­sion. Là encore, la socié­té privée char­gée de ces aspects four­nis­sait une facture sensi­ble­ment suréva­luée, la diffé­rence allant dans ses poches et quelques autres.

IMGP7768En ce qui concerne le spec­tacle, les écono­mies sont égale­ment de rigueur. Jusqu’à présent, c’est la troupe atta­chée aux services cultu­rels qui en assu­raient l’essentiel. Gratui­te­ment donc ? Pas du tout, car au nom de l’autonomie budgé­taire de chaque service, une facture était acquit­tée par le gouver­ne­ment local. Il semble qu’il y ait eu là aussi un souci puisque cette année les danses et chants étaient produits par des béné­voles venus de l’ensemble du district.

IMGP7790En cette fin de mati­née du Nouvel An, la plupart des commerces sont fermés, ce qui explique que les rues sont quasi­ment désertes. Les pétards ayant explo­sé quelques heures plus tôt finissent de se consu­mer en brûlant au passage les vapeurs de l’alcool consom­mé la veille.

Le soir a lieu le grand feu d’artifice atti­rant plusieurs milliers de personnes. Débu­tant habi­tuel­le­ment à 20 heures, j’arrive pour une fois quelques minutes avant. Là encore, nette­ment moins de monde que les années précé­dentes. La raison est des plus simples en se limi­tant au fait que cette année il n’y a pas de feu d’artifice.

feu

S’il est vrai que les 100 000 yuans (12 000 €) semblaient déme­su­rés par rapport à la taille de ce village, ce superbe spec­tacle ne coûtait rien au gouver­ne­ment local, puisque spon­so­ri­sé par la plus impor­tante cimen­te­rie. Dans les faits, l’entreprise était élégam­ment forcée de payer cette somme dont une bonne partie allait ailleurs que dans l’air.

La réac­tion de la popu­la­tion locale après ces festi­vi­tés pour le moins tron­quées ? Miti­gée. Si certains habi­tants esquissent un sourire en expli­quant que ces dépenses n’étaient pas justi­fiées, d’autres se montrent bien moins aimables : « Les direc­tives du pouvoir central sont de ne pas utili­ser l’argent public à des fins person­nelles et en aucun cas de suppri­mer les mani­fes­ta­tions desti­nées au public. Ce qui est certain est que s’ils ne s’en mettent pas plein les poches, la vie du village ne les inté­resse pas. »

En étant moins extré­miste, on peut se dire que les consignes ont été mal inter­pré­tées. Consi­dé­rant depuis long­temps que l’argent public était le leur, les respon­sables locaux n’ont peut-être pas eu le temps d’assimiler la diffé­rence. Là est sans doute la vraie raison, ce qui n’enlève rien à l’explication précédente.