Faut pas toucher à mon buffle !

MainsSi vous êtes un lecteur assi­du de ce site, vous savez que les buffles ont une grande impor­tance pour les paysans. Sur une échelle virtuelle de valeurs, on peut placer le bovin au niveau de l’épouse, et ce, sans nulle­ment exagé­rer. De ce fait, toute atteinte à l’intégrité de l’animal expose son ou ses auteurs à de graves risques de repré­sailles. C’est ce dont se sont rendu compte deux jeunes gens origi­naires d’une agglo­mé­ra­tion du Guangxi et venus dans la campagne envi­ron­nante pour des raisons autres que touris­tiques.

L’histoire commence un matin par une paysanne se rendant dans une rizière proche de son domi­cile. Alors que le jour se lève à peine, elle distingue deux masses humaines inertes au fond d’un fossé alimen­tant en eau les champs envi­ron­nants. Elle s’approche avec prudence et se rend à l’évidence que dans l’état où sont les deux personnes, elle ne court aucun risque. Ne sachant à cet instant s’ils sont morts ou vifs, elle utilise le manche de sa bêche pour tenter de faire réagir un des jeunes hommes. Enten­dant un léger gémis­se­ment, elle regagne alors sa maison et télé­phone à la police qui aver­tit pour sa part le service d’urgence. Vingt minutes plus tard, les secours arrivent sur les lieux et confirment que bien qu’en mauvais état, les deux personnes sont vivantes. L’ambulance les amène vers l’hôpital le plus proche où en supplé­ment des très nombreuses ecchy­moses, sont diag­nos­ti­quées pour les deux des frac­tures aux mains et aux genoux.

Si l’enquête de police sur les lieux de la décou­verte ne donne rien dans un premier temps, ce qui n’est guère surpre­nant dans le milieu paysan, la version des deux jeunes que donnent les deux jeunes une fois rafis­to­lés laisse sur leur faim les enquê­teurs. Les jeunes gens expliquent en effet qu’ils ont été tabas­sés par une bande qui tentait de les racket­ter, ce qui semble bizarre vu les frac­tures aux mêmes endroits du corps. Lorsque ce genre d’incident survient, les agres­seurs ne prennent que rare­ment la peine de cibler leurs coups, ce qui vient s’ajouter au fait que les deux victimes ont été inca­pables de dire ce qu’elles faisaient dans un lieu si éloi­gné de leur domi­cile.

C’est en fait une personne rési­dant près de la scène qui va donner une piste aux poli­ciers sous le couvert de l’anonymat, ne dési­rant pas qui lui arrive la même chose. Le témoin a en effet vu les deux jeunes se faire prendre à partie par une ving­taine de paysans, mais qui habitent à plusieurs kilo­mètres de là. C’est le fait que l’un des agres­sés ait sorti un couteau qui a déclen­ché le tabas­sage en règle, ce qui ne donne toute­fois pas la raison de la raclée reçue. Si les poli­ciers vont rendre une nouvelle visite aux agres­sés, ceux-ci étant pris d’amnésie soudaine n’en diront pas plus sur ce qui leur est arri­vé.

Fina­le­ment, les poli­ciers vont réus­sir à tirer un des fils de cette affaire en consul­tant la vidéo issue d’une camé­ra placée à un carre­four proche de la scène. Envi­ron deux heures avant que ne se produise l’incident, deux mini­vans sont passés sur cette route avant d’emprunter le chemin inverse quelques minutes après la fin « des hosti­li­tés ». Il a ensuite été aisé d’identifier les deux véhi­cules et de remon­ter jusqu’à leurs proprié­taires, soit des paysans habi­tant à cinq kilo­mètres. Après quelques minutes d’interrogatoire, les chauf­feurs ont expli­qué ce qui s’était passé en expli­quant toute­fois pour se couvrir qu’ils n’avaient fait que conduire certaines personnes à cet endroit, sans pour cela parti­ci­per à l’expédition puni­tive puisque c’est de cela dont il s’agissait.

Sans donner l’identité d’un seul des autres parti­ci­pants, ils ont expli­qué que les deux jeunes avaient kidnap­pé le buffle d’un paysan et deman­daient 4000 yuans pour resti­tuer la bête. Une fois le prison­nier mis à l’abri dans un bâti­ment désaf­fec­té, ils avaient alors fixé un rendez-vous au paysan sans se douter que celui-ci rameu­te­rait ses amis. Arri­vés bien avant l’heure dite, ceux-ci se sont cachés pour ne sortir que lorsque les deux jeunes sont arri­vés pour récu­pé­rer la rançon. Au lieu de cela, c’est une monu­men­tale raclée qu’ils ont reçue, les endroits où les coups ont été portés vissant à ce qu’ils ne recom­mencent pas. Avant de s’évanouir, les deux jeunes ont livré le lieu de déten­tion du buffle qui a ainsi été récu­pé­ré.

Le magis­trat en charge de l’affaire a ordon­né aux poli­ciers de lais­ser tomber l’enquête en expli­quant que les deux jeunes avaient suffi­sam­ment payé pour leur acte, et que trou­ver l’identité des agres­seurs deman­de­rait trop de temps pour une affaire qui à ses yeux ne donnait pas lieu à pour­suites du fait qu’aucune plainte n’avait été dépo­sée par les victimes. Celles-ci s’en tirent donc rela­ti­ve­ment bien puisque ne seront pas condam­nés pour vol, seuls les frais d’hospitalisation à payer pouvant leur donner l’envie future de tenter un futur larcin, mais sans doute pas dans le monde paysan.