Expor­ta­tions ou impor­ta­tions, qui est le vrai gagnant ?

pays émergentEn 2010 la Chine a expor­té pour 1506 milliards de dollars de marchan­dises et s’est ainsi posi­tion­née comme premier four­nis­seur mondial devant l’Allemagne (1337), les USA (1270), le Japon(765) et la France (509). Cette montée sur la première place du podium a bien enten­du été l’occasion pour certains de démon­trer l’hégémonie écono­mique de ce pays. Pour être équi­table, il aurait fallu donner égale­ment le montant des impor­ta­tions réali­sées par la Chine qui a été de 1307 milliards de dollars. En seconde posi­tion derrière les États-Unis (1903), la Chine devance l’Allemagne (1120), le Japon (637) et la France (578).

Si l’on prend en compte le statut de pays émergent de ce pays et sa fonc­tion d’atelier mondial en grande partie créée et finan­cée par les Occi­den­taux, il n’y a guère de quoi crier au scan­dale. Le chiffre des expor­ta­tions chinoises ne repré­sen­tant de plus qu’environ 10 % du total des produits expor­tés, 90 % étant donc répar­tis sur d’autre pays. Un autre élément à prendre en compte si l’on est honnête est qu’une bonne partie des produits de haute tech­no­lo­gie estam­pillés « Made in China » ne sont en fait qu’assemblés dans ce pays. C’est dans bien des cas cette acti­vi­té visant à réunir diverses pièces d’origines diffé­rentes qui permet aux socié­tés étran­gères implan­tées en Chine de réali­ser une plus-value qui dans le même temps alour­dit consi­dé­ra­ble­ment l’excédent commer­cial chinois. Par contre lorsque la France vend une centrale élec­trique à la Chine, les béné­fices de l’opération repré­sen­tant bien plus que ceux engran­gés sur les ventes de textile chinois.

Les chiffres donnés en intro­duc­tion sont en effet des valeurs brutes où les marges béné­fi­ciaires sont souvent très faibles, ce que savent très bien les ache­teurs ou spécia­listes en sour­cing. En raison­nant un tant soit peu il est aisé de comprendre que si les plus-values étaient aussi élevées que celles réali­sées sur de simples cosmé­tiques fran­çais, le PIB par habi­tant se trou­ve­rait dans le haut du tableau et non au niveau d’un pays tel que la Tuni­sie. Si la Chine a donc à quelque chose près le même taux d’exportation que l’Allemagne, les béné­fices se révèlent nette­ment diffé­rents.

Les produits chinois ont ensuite beau être nombreux, l’impression de prove­nance unique est gran­de­ment faus­sée par les acti­vi­tés d’assemblage évoqué plus haut à quoi il faut ajou­ter des parts de marché perdues par d’autres pays de la région. Comme dit précé­dem­ment, si les marges réali­sées sur les expor­ta­tions sont faibles elles se doivent d’être nombreuses pour être un tant soit peu rentable. Il en est par contre tout autre­ment pour les impor­ta­tions vers la Chine qui souvent sans grande concur­rence peuvent procu­rer de confor­tables béné­fices. Il en est de même pour le produit chinois que vous trou­vez dans un maga­sin et qui vous paraît souvent cher en rapport de sa quali­té. Il faut bien se dire que si la plus-value ne se réalise pas au niveau du fabri­cant, elle se promène quelque part entre les divers inter­mé­diaires et les commer­çants finaux qui n’ont que rare­ment un but philan­thro­pique.

Si la Chine est encore légè­re­ment en excé­dent commer­cial, il appa­raît que ses entre­prises sont loin de déga­ger les mêmes marges que leurs homo­logues occi­den­tales. Si la situa­tion venait à s’équilibrer lors des prochaines années, cela signi­fie­rait que tant les salaires que les charges sociales on atteint un niveau proche des pays dits riches, ce tout en restant en rapport avec le coût de la vie. Même dans cette hypo­thèse la Chine reste­rait large­ment concur­ren­tielle tant les diffé­rences de coût sont impor­tantes. Si certains prédisent régu­liè­re­ment des vagues de délo­ca­li­sa­tions vers des pays voisins, ce raison­ne­ment est celui tenu depuis des années, mais qui à ce jour n’a vu que quelques rares cas. Il faut donc consi­dé­rer la Chine pour ce qu’elle est, soit un four­nis­seur parmi tant d’autres, mais surtout un impor­tant client poten­tiel pour peu d’avoir quelque chose à lui vendre.

Alors que la mode engen­drée par les futures élec­tions dans divers pays tend au protec­tion­nisme, c’est au contraire vers une plus grande ouver­ture qu’il faut aller en prenant le train avant qu’il ne quitte le quai. Il sera en effet diffi­cile de lui repro­cher d’être parti sans des passa­gers acca­pa­rés par les beaux discours et les lamen­ta­tions de circons­tance.