Expa­triés fran­çais = mauvais fran­çais ?

meetingC’est en tout cas ce que peut le lais­ser penser le résul­tat des élec­tions des conseillers consu­laires. Sur le site La voix de la France, Romain Brunet écrit : « La parti­ci­pa­tion aux élec­tions consu­laires et euro­péennes montre une nouvelle fois le peu d’intérêt de la grande majo­ri­té des Fran­çais de l’étranger pour la vie citoyenne ». Il serait facile de répondre que si un Falcon ou tout autre vol gratuit avait été mis à dispo­si­tion des expa­triés, ils auraient été sans doute plus nombreux à voter. Passé ce trait d’humour dépla­cé, il est vrai que la mobi­li­sa­tion des expa­triés fran­çais pour ces élec­tions est pour le moins faible.

Au niveau mondial, seuls 16 % des inscrits ont utili­sé leur droit de vote en ce qui concerne les conseillers consu­laires. Si le chiffre descend à 11 % pour les dépu­tés euro­péens, la raison est majo­ri­tai­re­ment l’impossibilité de voter par Inter­net, ce contrai­re­ment à l’élection des conseillers consu­laires. Concer­nant le maigre score de cette élec­tion, quelques points sont sans aucun doute dus aux dysfonc­tion­ne­ments du système censé permettre le vote à distance. Iden­ti­fiants non reçus ou perdus, inter­face java récal­ci­trante ont ainsi inter­dit à certains expa­triés de s’exprimer.

Et en Chine ? Avec près de 17 % (16,89), les expa­triés fran­çais en Chine se situent dans la moyenne. Ce chiffre déjà moyen doit toute­fois être large­ment rela­ti­vi­sé puisque sur les 31 000 Fran­çais inscrits dans les divers consu­lats, moins de 12 000 le sont sur les listes élec­to­rales. Rien que ce chiffre suffit à souli­gner le désin­té­rêt de la majo­ri­té des expa­triés pour ce qui est souvent consi­dé­ré comme ne concer­nant que le terri­toire fran­çais. En quit­tant la France même tempo­rai­re­ment, de nombreux expa­triés semblent tour­ner le dos à leur pays d’origine ou du moins tournent une page. Si une des raisons est l’éloignement, il faut égale­ment noter qu’en dehors des périodes élec­to­rales le sort des Fran­çais à l’étranger n’intéresse que très peu les poli­tiques. L’élection des conseillers consu­laires ayant été acca­pa­rée par les usines poli­tiques, le désin­té­rêt des Fran­çais de l’étranger n’est qu’une image ampli­fiée de la situa­tion hexa­go­nale.

Après nous avoir abreu­vés de cour­riers, les malheu­reux battus oublient logi­que­ment leur soudaine passion pour les Fran­çais de l’étranger et les heureux élus s’installent dans ce fromage dont la consom­ma­tion exces­sive rend sourd. Plutôt que de repro­cher aux expa­triés leur manque de civisme, les acteurs de ce vieux système feraient mieux de s’interroger sur la réelle repré­sen­ta­ti­vi­té des candi­dats. Quelle que soit l’élection, ceux-ci semblent depuis long­temps avoir perdu de vue qu’ils sont élus pour repré­sen­ter les citoyens et non pas seule­ment eux-mêmes en se servant des élec­teurs comme d’un trem­plin pour des ambi­tions très person­nelles. Pour une part, c’est parce que ceux qui orga­nisent des meetings à coups de millions justi­fiés par de fausses factures ou trans­forment le pouvoir poli­tique en pouvoir de séduc­tion n’ont pas rempli leurs obli­ga­tions que ces Fran­çais ont quit­té leur pays.

Il appa­raît donc un peu dépla­cé de leur repro­cher un rela­tif désin­té­rêt pour un système poli­tique très éloi­gné des préoc­cu­pa­tions des Fran­çais en règle géné­rale et de ceux de l’étranger en parti­cu­lier. L’autocritique n’étant pas la prin­ci­pale quali­té des repré­sen­tants poli­tiques, cette désaf­fec­tion ne peut que durer avec un fossé gran­dis­sant entre les Fran­çais et ceux qui ont le plus grand mal à seule­ment assu­mer leurs respon­sa­bi­li­tés d’individu.