Ethnies mino­ri­taires : un habi­tat moins folklorique

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En dehors de quelques frau­deurs, habi­ter dans une HLM est impo­sé par des ressources finan­cières insuf­fi­santes pour espé­rer autre chose. Bien qu’issu de la même culture, l’habitant d’un pays quel qu’il soit préfé­re­ra dans l’immense majo­ri­té des cas vivre dans le confort offert par un loge­ment moderne plutôt que dans une vieille masure. Même ceux s’étant écar­tés des construc­tions béton­nées ont aména­gé leur envi­ron­ne­ment pour le rendre le plus fonc­tion­nel possible en employant des maté­riaux issus des derniers progrès technologiques.

Ne restent souvent plus que les appa­rences données par l’authenticité de pierres trai­tées pour ne pas être à l’origine de pous­sières et autres désa­gré­ments. Il ne s’agit plus dès lors d’un aspect cultu­rel, mais d’un confort esthé­tique rendu possible par des moyens finan­ciers élevés. Venant confir­mer le désir de s’extraire de « cette culture », en réali­té impo­sée par la pauvre­té même rela­tive, est que lorsque la situa­tion finan­cière vient à s’améliorer, le loge­ment est le premier élément visible du changement.

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Cette situa­tion est en Chine celle de nombreux peuples ethniques vivant en commu­nau­té compacte. Si une même origine a contri­bué à la nais­sance de villages essen­tiel­le­ment compo­sés de personnes issues d’une même ethnie, c’est la pauvre­té qui impo­sé pour une grande part le style d’habitat. Bien que pour le touriste la vision d’une maison faite de murs en terre battue et recou­verte de chaume soit une splen­deur, il en est tout autre­ment pour la famille forcée d’y habi­ter. Il en est ainsi de nombreux villages de campagne où les habi­ta­tions doivent leurs styles à la confor­ma­tion du terrain et au coût réduit des maté­riaux utili­sés. Les raisons cultu­relles sont donc peu présentes, si ce ne sont celles l’étant deve­nues en vivant depuis des siècles dans la pauvre­té. Assi­mi­ler une culture ethnique à un costume et un habi­tat se révèle de plus une pure héré­sie avec pour origine les discours « d’idéologues voya­geurs » heureux que ces diffé­rences cultu­relles ne soient plus de mise dans leur propre environnement.

Déjà défa­vo­ri­sés par le lieu où ils sont nés, les peuples ethniques n’ont aucune raison de devoir suppor­ter le poids supplé­men­taire de ce que certains assi­milent faus­se­ment à une culture. Pour un enfant des montagnes du Guangxi, être scola­ri­sé dans un établis­se­ment déla­bré n’a rien d’une excep­tion cultu­relle et n’a donc aucune raison d’être. Reste à allier vraie culture et moder­ni­sa­tion ambiante, ce qui est très loin d’être aisé. Éviter au maxi­mum le nivel­le­ment des diffé­rences cultu­relles devient en effet une condi­tion incon­tour­nable de l’existence même de ces peuples, trou­ver le juste milieu se révé­lant une tâche des plus ardues.

Après s’être long­temps désin­té­res­sées du sort des ethnies mino­ri­taires en privi­lé­giant les seules appa­rences, les auto­ri­tés chinoises prennent progres­si­ve­ment en compte leurs besoins. En partie dictées par le désir de paix sociale, les condi­tions de vie d’une partie des peuples ethniques se sont amélio­rées, ce même s’il reste encore beau­coup à faire. Un des problèmes majeurs auquel les respon­sables locaux et natio­naux doivent faire face est de moder­ni­ser l’environnement de vie de ces peuples sans pour autant déna­tu­rer une culture porteuse de la majo­ri­té des reve­nus pour ses membres. Le tourisme étant cette source, il appa­raît diffi­cile de pous­ser la moder­ni­sa­tion de ces lieux pour les faire ressem­bler aux villes d’où proviennent juste­ment les touristes.

village4Quit­ter le béton de son quar­tier pour le retrou­ver dans de lieux répu­tés pour leur authen­ti­ci­té n’a rien d’attrayant et faire de ces villages de gigan­tesques zoos humains n’a rien de valo­ri­sant pour les habi­tants. C’est à cette diffi­cile équa­tion que sont confron­tés les respon­sables de ces lieux et donne des résul­tats très variables. C’est ainsi que dans certains villages « authen­tiques », les habi­tants ne sont plus que des figu­rants embau­chant dès le premier bus de touristes en vue et rega­gnant son loge­ment des plus modernes dès le dernier parti. Une partie du village est « livrée » aux touristes deve­nus le public d’une immense pièce de théâtre. Fausse Miao photo­gé­nique, arti­sa­nat local « made in Shan­ghai » consti­tuent une partie du décor, le reste étant fait de maisons de bois n’ayant d’anciennes que la concep­tion initiale.

Seule une infime partie des villages ethniques étant recon­ver­tis en « Disney Land cultu­rels » tels les Yang­shuo et autres célèbres places, la moder­ni­sa­tion de l’habitat se révèle plus aisé dans les lieux où vit la majo­ri­té de ces mino­ri­tés. Essen­tiel­le­ment agri­cul­teurs, les vieilles fermes font progres­si­ve­ment place à des habi­ta­tions n’ayant rien à envier à celles de nos paysans tout aussi subven­tion­nés. Bien que vivant dans des condi­tions plus confor­tables, ces villa­geois n’en restent pas moins les héri­tiers d’une culture qu’ils entre­tiennent et tentent de retrans­mettre aux jeunes géné­ra­tions. Inutile de préci­ser que la tache est rendue diffi­cile par un envi­ron­ne­ment semblant parfois déca­lé de leur mode de vie ances­tral. S’il reste là encore beau­coup à faire avec des habi­ta­tions perdues à flanc de colline et donc diffi­ciles d’accès, l’évolution est nette­ment visible. Cette moder­ni­té impo­sée a-t-elle pour autant sapé les spéci­fi­ci­tés cultu­relles ? Ni plus ou moins en Chine qu’ailleurs. Ce qui est par contre certain est que ceux qui béné­fi­cient de ces progrès ne regrettent que rare­ment « l’ancien temps » pour la simple raison qu’ils l’on vécu et non pas lu dans un récit de voyage.