Et si les copieurs deve­naient des créa­teurs ?

chine pays de copieurLa Chine ne fait que copier notre savoir-faire, elle n’invente rien, nous sommes les cerveaux du monde, tel est à quelque chose près le discours tradi­tion­nel tenu par les derniers irré­duc­tibles de la thèse sur la supé­rio­ri­té occi­den­tale. Si l’on regarde les choses de manière plus équi­table, il appa­raît évident que si la Chine a encore besoin d’acquérir quelques tech­no­lo­gies de pointe, elle est loin d’être le « papier carbone » que certains se plaisent à décrire.

1500 milliards de dollars U.S, ce sont les sommes qui vont être enga­gés dans les années à venir afin de déve­lop­per 7 secteurs précis tour­nant autour de l’environnement, de l’agriculture et de la haute tech­no­lo­gie. Même si ce chiffre est à rela­ti­vi­ser du fait qu’il est toujours diffi­cile de savoir dans un budget chinois ou autres quelle est la partie des sommes déjà enga­gées, mais comp­ta­bi­li­sées dans le total, il reste que la Chine fait bien plus ce qu’il faut qu’elle ne dit ce qu’il faudrait faire. Véhi­cules élec­triques ou hybrides, nouvelles sources d’énergie économes en pétrole, nouvelles semences agri­coles et élec­tro­niques seront donc les axes autour duquel vont venir se gref­fer les diverses évolu­tions qui une fois fina­li­sées vien­dront en prin­cipe donner tant un meilleur confort de vie aux habi­tants que de plus impor­tants reve­nus à certaines indus­tries, commerces et autres.

Il est peu probable que ces progrès à venir ne se limitent qu’à la seule Chine, et il est évident que les pays occi­den­taux devraient voir arri­ver d’ici à quelques années des produits haute­ment évolués estam­pillés « pensés et fabri­qués en Chine ». En privi­lé­giant ainsi la recherche et le déve­lop­pe­ment (R&D), les respon­sables chinois veulent visi­ble­ment se débar­ras­ser de ce boulet fait d’une image de copieur et de falsi­fi­ca­teur. Ce que dési­rent de plus les Chinois, c’est deve­nir non seule­ment indé­pen­dants dans ces domaines, mais aussi à terme expor­ter un certain nombre de tech­no­lo­gies de pointe, gage d’une plus-value impor­tante.

Si le désir de deve­nir un pays nova­teur est à prendre en compte, un autre aspect est de passer d’un pays qui assemble des éléments venus de divers pays à celui qui construit ses propres produits. La Chine forme en effet de plus en plus d’ingénieurs, mais ceux-ci se retrouvent souvent sans emploi, les entre­prises ayant encore bien plus besoin de bras que de cerveaux. Il s’agit donc, tout en déve­lop­pant un certain nombre de secteurs, de donner du travail à ces milliers de diplô­més, évitant ainsi qu’ils se retrouvent à occu­per des emplois sous-qualifiés. Pour rému­né­rer cette vague de « têtes pensantes », il va falloir toute­fois que le pouvoir d’achat d’une partie impor­tante de la popu­la­tion augmente nota­ble­ment afin de pouvoir se payer ces produits 100% made in China.

C’est sans doute là que réside le nœud du problème, car depuis quelques années, si une part de la popu­la­tion est sortie de la pauvre­té, il reste encore quelques dizaines de millions de Chinois pour l’instant écar­tés de cette évolu­tion. Des indus­tries moder­ni­sées, un domaine agri­cole rentable épuré de ces surplus de paysans devraient à court terme contri­buer à cette évolu­tion. Encore faudra-t-il que ces quelques millions de Chinois acceptent de patien­ter encore une dizaine d’années, 2020 semblant être la date à laquelle les mesures prises commen­ce­ront à donner leurs premiers effets. Le gouver­ne­ment semble donc obli­gé d’assurer une certaine stabi­li­té sociale, gage tant de son main­tien au pouvoir que du déve­lop­pe­ment du pays. Cette paix inté­rieure se fera sans comme par le passé en calmant les plus reven­di­ca­tions par quelques avan­tages voyants faute d’être toujours effi­caces.

Si certains croient encore en une Chine plus ou moins colo­ni­sée, car obli­gée de passer sous les fourches du savoir occi­den­tal, il semble que ce senti­ment s’amenuise que le prouve cette enquête d’opinion mettant en avant que d’après les sondés, la Chine supplan­te­ra les autres nations dans le domaine de l’innovation dès 2020. Fin de la supé­rio­ri­té occi­den­tale ? Non, juste un souhai­table rééqui­li­brage.

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