Et si demain les Chinois appré­ciaient réel­le­ment le vin ?

Emploi« (Produits de luxe) Derrière la légende du Château Lafite en Chine » tel est le titre d’un article paru sur Xinhua news. Première consta­ta­tion, l’agence de presse natio­nale est un mauvais élève si elle suit la traduc­tion très approxi­ma­tive du commu­ni­qué ayant trait aux mentions luxe, etc . Mais il est vrai que seules les personnes se croyant obli­gées de salir ce pays, malgré le fait qu’il les accueille et les fait vivre, en ont fait une telle trans­crip­tion.

En dehors de cet élément qui ne gran­dit pas plus que d’autres leurs auteurs, cet article de Xinhua met le doigt sur un point tout à fait réel qui est que la déjà infime mino­ri­té de Chinois buvant du vin n’y connaissent rien ou pas grand chose, ce qui permet d’ailleurs de leur vendre n’importe quoi.

« Comme d’autres produits de luxe, le vin Château Lafite a perdu de sa valeur gusta­tive origi­nelle pour revê­tir une valeur plus sociale. Il est possible, par exemple, d’évaluer rapi­de­ment la situa­tion finan­cière d’une personne au cours d’un banquet. D’où cette frap­pante décla­ra­tion : Ce soir, laissez-nous boire du Lafite comme on boit de la bière. »

Comme il est dit dans cet article, d’ailleurs bien supé­rieur à ce que l’on trouve sur certains blogs, qui s’ils ne sont pas « prochi­nois » sont par contre très fran­chouillards, les Améri­cains et Japo­nais sont passés égale­ment par ce stade avant qu’une partie de la clien­tèle n’acquière une éduca­tion dans ce domaine. Sans faire en effet d’un amateur de vin un œnologue, savoir appré­cier un vin s’apprend. Il ne suffit donc pas de naître fran­çais pour être un spécia­liste dans ce domaine, ce qui risque à terme de poser des problèmes à ceux qui ne tentent de vendre leurs pinards qu’à coups de marke­ting plus ou moins adap­té à l’environnement.

Le domaine du vin demande en effet des compé­tences qui si elles s’apprennent vont de pair avec un amour du produit. Sortir à un client la liste des cépages qui a été révi­sée en buvant une bière chinoise devant la télé sera à plus ou moins long terme insuf­fi­sant pour convaincre des clients de plus en plus connais­seurs et se trou­vant face à un choix de plus en plus large. Si l’argument du prix, qu’il soit dans un sens ou dans l’autre, lié à la simple vision d’une appel­la­tion fran­çaise suffit à déci­der actuel­le­ment le client, les futurs vendeurs devront faire preuve dans l’avenir d’une argu­men­ta­tion bien plus élabo­rée que celle apprise à l’école du commerce du coin (et non de Commerce) et bon nombre de valeu­reux diplô­més pour­raient se voir renvoyés à leurs chères (aux deux sens du terme) études.

Par qui seront-ils alors rempla­cés ? Par des profes­sion­nels du domaine ayant suivi une réelle forma­tion tant théo­rique que pratique. Suivre le proces­sus de la vendange, celui de la vini­fi­ca­tion, du vieillis­se­ment, tels sont quelques éléments qui font la diffé­rence entre un brico­leur et un vrai profes­sion­nel, faisant de lui qu’il sait de quoi il parle, cela pouvant s’appliquer d’ailleurs à bien d’autres domaines que celui du vin.

À l’image de ces entre­prises chinoises commen­çant à comprendre qu’il vaut mieux bien rému­né­rer des gens effi­caces qu’une armée de dilet­tantes, le secteur du vin va devoir former des person­nels capables d’expliquer pour­quoi un vin est meilleur qu’un autre, mettant en avant les quali­tés spéci­fiques d’un terroir ou les condi­tions clima­tiques a été effec­tuée la récolte.

Ce métier ne s’apprenant pas plus que les autres dans une école, il va donc falloir soit que les costards cravates chaussent les bottes en caou­tchouc pour parcou­rir cette campagne que certains d’entre eux exècrent tant, soit se recyclent dans le secteur du maquillage où ils auront moins de mal à trou­ver un emploi.

Il reste toute­fois quelques années avant que les Chinois sachent appré­cier le vin autre­ment que comme un signe de réus­site sociale, ce qui laisse le temps aux négo­ciants et produc­teurs de prépa­rer le terrain. Une autre possi­bi­li­té serait que ce marché qui paraît si porteur ne s’effondre tel un château de cartes s’il se révé­lait loin d’être aussi rentable qu’il le semble aux inter­mé­diaires locaux. Cela, c’est l’avenir qui le dira, mais ce n’est sûre­ment pas sur les blogs des « fran­çais parlent de la France aux fran­çais » que vous l’apprendrez.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.