Espèce de cocon

Un des nombreux avan­tages de ne pas habi­ter dans une méga­pole chinoise est sans conteste de connaître un peu plus ce pays en profon­deur, pour peu bien enten­du que l’on s’y inté­resse. Alors que certaines personnes s’imaginent la Chine comme étant une espèce d’immense zone indus­trielle, ce pays est avant tout un pays de tradi­tions ; parmi ces tradi­tions, il y a bien enten­du le thé, mais égale­ment la soie dont ce pays est un des plus impor­tants produc­teurs.
Vous allez suivre ici ce long et diffi­cile proces­sus qu’est la fabri­ca­tion de ce fil qui est tissé depuis des siècles et est, encore de nos jours, recon­nu comme étant une des plus nobles matières.

bambouComme souvent dans le règne de la vie animale, tout commence par un œuf et celui qui va donner nais­sance au ver à soie mesure à peine un milli­mètre. Pondus par un papillon élevé dans ce but et qui a pour nom le Bombyx, les œufs sont récol­tés sur des supports légè­re­ment encol­lés sur lequel l’insecte à dépo­sé ses progé­ni­tures. Ces œufs vont tout d’abord être incu­bés dans des pièces à la tempé­ra­ture mais aussi à l’hygrométrie constante, car la moindre baisse de tempé­ra­ture entrai­ne­rait la mort des œufs. Le cycle dure 40 jours pendant lequel le ver va muer à plusieurs reprises, et voir son poids multi­plié par 10 000. Il faut dire que le ver à soie est très vorace et ce sont des kilos de feuilles de muriers qu’il va dévo­rer durant sa crois­sance. Depuis quelques années, les feuilles de mûrier sont bamboumélan­gées avec celles du manioc, ce qui permet de dispo­ser d’un stock de nour­ri­ture plus impor­tant, mais rend égale­ment le fil plus résis­tant.
Arri­vée à sa taille adulte, la larve va se diri­ger natu­rel­le­ment vers les supports mis à sa dispo­si­tion afin qu’il tisse son cocon et achève ainsi sa trans­for­ma­tion avant de deve­nir un papillon. Hélas pour lui, c’est là que l’être humain inter­vient pour mettre fin à sa vie et donner ce fil tant convoi­té depuis des siècles. Les supports sur lesquels se fixaient les larves étaient autre­fois faits d’une branche de bambou, mais afin de gagner du temps lors du ramas­sage des cocons, ceux-ci sont progres­si­ve­ment rempla­cés par un système d’alvéoles en carton qui permet égale­ment une meilleure vision de l’état d’avancement du cocon.
C’est d’environ 1.5 kms de fil de soie que la larve va s’entourer, et le signal de la fin de ce proces­sus sera donné à l’éleveur par le silence à l’intérieur du cocon, indi­quant que celui-ci a termi­né son travail.
Les cocons sont ensuite mis en sacs pour être amenés à l’usine de trai­te­ment, proche du lieu de produc­tion. Cette produc­tion assure aux paysans un reve­nu consé­quent puisqu’un kilo de cocon se traite aux alen­tours de 3 € et n’occupe qu’une partie de l’année, permet­tant aux éleveurs d’avoir d’autres acti­vi­tés, les feuilles de murier étant récol­tées le matin de bonne heure ou le soir.
Nous verrons lors de la prochaine étape, comment les cocons vont deve­nir un fil à tisbambouser…
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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.