Entre­prise côtière cherche main d’œuvre à tout prix

migrantsDes dizaines de rabat­teurs traquant les voya­geurs à leur descente du train à la gare de Wuhan (Hubei). Pros­ti­tu­tion, drogue ? Non, ces personnes proposent un emploi en ne lési­nant pas sur les « acquis sociaux ». Prime d’embauche de 800 euros, assu­rance mala­die, retraite et salaire attrac­tif sont les argu­ments mis en avant pour tenter de convaincre ces migrants venus des régions de l’intérieur du pays.

Cette scène est iden­tique dans plusieurs gares du pays voyant reve­nir ceux partis quelques jours en vacances. Reve­nue elle aussi de congés, cette secré­taire d’une entre­prise du Guang­dong passe ses jour­nées au télé­phone. Sa mission consiste à convaincre les employés partis lors des vacances du Nouvel an de reve­nir. Elle cible en prio­ri­té ceux ayant travaillé durant des années dans l’entreprise et qui en ayant accu­mu­lé quelques écono­mies décident d’ouvrir un commerce dans leur village natal. En supplé­ment des argu­ments communs, une propo­si­tion supplé­men­taire tente de faire pencher la balance. Cette offre est celle d’une aide finan­cière venant aider au finan­ce­ment du projet d’ouverture du maga­sin ainsi que des prix préfé­ren­tiels sur les produits sortant de l’usine. S’il accepte, son épouse reste­ra au village pour gérer le maga­sin et le mari retrou­ve­ra son emploi sur une chaine.

Malgré ces propo­si­tions allé­chantes, nombreux sont les migrants à les décli­ner en préfé­rant rester dans leur lieu d’origine. Les salaires ayant de plus nette­ment augmen­té dans ces régions, la diffé­rence de rému­né­ra­tion s’est réduite en supplé­ment des avan­tages de vivre là où l’on est né. Un coût de la vie moins élevé, la possi­bi­li­té d’accéder à un loge­ment à prix abor­dable (HLM) en loca­tion ou en pleine proprié­té, une scola­ri­sa­tion moins onéreuse pour son enfant sont des aspects pous­sant les ex-migrants à repen­ser la suite de leur vie.

En 2013, le nombre de migrants offi­ciels dans le Guang­dong a bais­sé de 2,73 %, une première. Pour cette même région, le défi­cit de main d’œuvre est esti­mé à 12 millions alors qu’il se situe entre 9 et 11 millions sur la ville de Wuhan.

En supplé­ments des raisons évoquées plus haut, deux autres viennent ampli­fier ce phéno­mène de pénu­rie. La première est que nombreux sont les employeurs ne propo­sant que des contrats à durée déter­mi­née. Variant en fonc­tion du remplis­sage des carnets de commandes, la main-d’œuvre se voit obli­gée de pros­pec­ter de nouvelles entre­prises afin d’assurer les besoins quoti­diens. S’agissant dans de nombreux cas d’entreprises expor­ta­trices, le montant des salaires est faible malgré des cadences élevées et des horaires à rallonge.

La deuxième raison est liée au vieillis­se­ment de la popu­la­tion. Les migrants n’ayant que peu de droits à l’endroit où ils travaillent pour­tant depuis des années, y rester devient diffi­cile une fois atteint l’âge de la retraite. En reve­nant vers leurs lieux d’origine, ils amènent avec eux femme et enfants et privent ainsi les entre­prises de cette main d’œuvre aujourd’hui si recherchée.

Les méthodes plus ou moins clas­siques de recru­te­ment ayant un impact limi­té, certaines entre­prises optent pour un trans­fert d’une partie de leur acti­vi­té vers les bassins histo­riques de main-d’œuvre. Les travailleurs migrants rechi­gnant à parcou­rir des milliers de kilo­mètres pour trou­ver un emploi en usine, c’est cette dernière qui vient à eux. Les entre­prises étant finan­ciè­re­ment aidées par les régions et districts, les supplé­ments de logis­tique impo­sés par l’éloignement des ports se trouvent en partie compen­sés. La contre­par­tie est que deve­nues plus atti­rantes en termes d’emploi, ces régions alimentent de moins en moins celles des côtes. Pris entre le besoin de main-d’œuvre et la compé­ti­ti­vi­té, les employeurs ne peuvent que rogner sur les marges béné­fi­ciaires, ce qui n’incite pas aux investissements.

À l’heure actuelle, les experts se penchent sur des solu­tions visant à rendre attrac­tifs les emplois propo­sés aux migrants au travers de textes enca­drant le droit du travail. Une autre est la refonte du système de rési­dence (hukou) faisant qu’un migrant est consi­dé­ré comme tel durant toute sa période d’activité. Depuis long­temps évoquée, car récla­mée, cette recti­fi­ca­tion est régu­liè­re­ment retar­dée, ce en grande partie pour des raisons économiques.