En Chine, plus de 600 poli­ciers meurent tous les ans

Guerre Civile

Plus de 7000 morts, 130 000 bles­sés, tel est le bilan de la période 1990–2010 concer­nant la police. Même si dans bien des pays dont la Chine, ce secteur d’activité n’est pas le plus popu­laire, il s’agit d’une part d’êtres humains, et d’autre part d’un métier indis­pen­sable au fonc­tion­ne­ment d’un pays.

Parmi les décès, plus de la moitié faisaient partie de la police de la route, suivis des fonc­tion­naires morts de surme­nage et pour finir ceux ayant perdu la vie lors d’interventions dans le domaine de la crimi­na­li­té ou de la délin­quance. On est bien loin des années 50 où seule une tren­taine de poli­ciers ont trou­vé la mort, et ce, en grande partie en raison de la recru­des­cence des mafias locales. La période de la révo­lu­tion cultu­relle a elle aussi été une dure période diffi­cile pour la police, confron­tée aux gardes rouges appli­quant leurs propres lois et s’en prenant couram­ment aux personnes char­gées offi­ciel­le­ment du main­tien de l’ordre.

Si un calme rela­tif a suivi cette période noire à bien des niveaux, le début des années 80 a été un sommet dont les poli­ciers se seraient bien passés. Passer d’un système tenu avec la plus grande ferme­té à un autre où « on ne regarde plus la couleur du chat » a sans doute des avan­tages, mais apporte aussi son lot de déra­pages. Durant cette décen­nie, ce sont plus de 8000 poli­ciers qui sont morts, avant que ce chiffre amorce une baisse lors des années 90.

Depuis le début de cette décen­nie, la tendance semble toute­fois s’inverser avec une hausse notable des décès, qui si elle se confirme, fera passer ce chiffre au niveau des années 80. Si les raisons de cette augmen­ta­tion sont nombreuses, elles sont prin­ci­pa­le­ment liées à la moder­ni­sa­tion de la vie. Le trafic auto­mo­bile en forte évolu­tion requiert bien plus d’interventions et par consé­quent bien plus de risques pour la police de la route. Vient ensuite le déve­lop­pe­ment de bandes plus ou moins orga­ni­sées dont les membres n’hésitent pas à faire usage d’armes parfois supé­rieures en quan­ti­té, mais aussi en quali­té. L’embargo déci­dé par la commu­nau­té inter­na­tio­nale après les évène­ments de Tianan­men touche en effet ce secteur de l’équipement, ce qui vaut à la police chinoise d’être parti­cu­liè­re­ment en retard en rapport d’autres pays. Les trafics de stupé­fiants et autres sont égale­ment liés à cette hausse, le nombre d’affaires étant bien plus impor­tantes qu’il y a quelques années.

Si la police de la route (casquettes blanches) paye un si lourd tribut, c’est aussi parce qu’elle n’est pas consi­dé­rée par la popu­la­tion comme étant une réelle force de l’ordre, ce qui est d’ailleurs vrai. Ces fonc­tion­naires sont en effet souvent pris à partie de manière violente par des conduc­teurs du fait qu’ils n’ont aucun pouvoir de police judi­ciaire et sont dans l’obligation de faire appel à leurs collègues (casquettes noires) en cas de problèmes sérieux ou pour procé­der à une arres­ta­tion. Cela laisse donc tout le temps au contre­ve­nant de se rebel­ler, ce qui entraîne parfois des bles­sures ou la mort.

Dans les campagnes, ce sont les paysans en colère qui sont la plus grande cause des décès de poli­ciers. Les histoires d’expropriation, les conflits de voisi­nage se révèlent souvent être des expé­di­tions à risques pour la police, les agri­cul­teurs n’étant que fort peu respec­tueux des uniformes. Si la peine de mort est appli­quée presque systé­ma­ti­que­ment lors d’un décès surve­nu suite à des violences, cela ne suffit visi­ble­ment pas à effrayer les futurs condam­nés, ce qui ne fait que confir­mer que cette sentence n’a jamais rien eu de dissua­sif, en Chine comme ailleurs.

Il n’existe bien évidem­ment aucune solu­tion miracle pour faire bais­ser ce chiffre. Toute­fois, une police mieux équi­pée pouvant ainsi riva­li­ser avec ses oppo­sants, un chan­ge­ment de statut pour la partie de cette admi­nis­tra­tion char­gée de la circu­la­tion pour­rait contri­buer à réduire le nombre de morts et de bles­sés. La levée de plus en plus envi­sa­geable de la levée de l’embargo pour­rait en partie être utili­sée à moder­ni­ser une police parfois équi­pée de maté­riel datant de la guerre civile. Quand aux casquettes blanches, un chan­ge­ment de statut n’est pas à l’ordre du jour, celui-ci devant passer par une forma­tion juri­dique afin d’acquérir un mini­mum de notions sur le fonc­tion­ne­ment des insti­tu­tions de leur pays. Aujourd’hui, cela paraît diffi­cile en raison du mode de recru­te­ment faisant qu’une partie de ces fonc­tion­naires sont sous la direc­tion directe des régions, et non de l’état.

(Chiffres : Bureau natio­nal des statis­tiques)