En Chine l’obésité concerne aussi la fiscalité

fiscalEn matière de recettes fiscales, la Chine se place deuxième derrière les États-Unis. Cette posi­tion semble logique en étant le reflet de celle occu­pée dans le clas­se­ment des puis­sances écono­miques. Derrière cette appa­rente cohé­rence se dissi­mulent toute­fois plusieurs anoma­lies à l’origine d’un mécon­ten­te­ment grandissant.

Il faut en effet souli­gner que si la fisca­li­té est en phase avec la puis­sance écono­mique, la Chine ne se classe que cinquième en termes de PIB. Dès lors, le ratio n’est plus respec­té du fait d’une pres­sion fiscale bien supé­rieure à ce qu’elle devrait être. Ce déséqui­libre ne cesse d’augmenter avec en 2013 une crois­sance du PIB de 7,5 %, mais des recettes fiscales en hausse de plus de 10 %.

Prendre propor­tion­nel­le­ment « aux plus riches » peut appa­raître comme un signe de bonne gestion pour peu que soit procé­dé à une intel­li­gente distri­bu­tion des sommes récol­tées. Le problème est qu’en Chine l’essentiel des recettes fiscales est géré par les gouver­ne­ments locaux qui les emploient à leur guise. Dépenses super­flues, inves­tis­se­ments réali­sés à l’extérieur du district ou de la région et corrup­tion font que la part des recettes fiscales attri­buée aux besoins locaux a la fâcheuse tendance à s’amenuiser. Pour faire face aux attentes mini­males de la popu­la­tion, les gouver­ne­ments locaux ne peuvent qu’augmenter les taxes locales en créant ainsi un cercle des plus vicieux.

De son côté, le pouvoir central joue les équi­li­bristes avec une vitrine moderne à desti­na­tion de l’opinion publique, mais derrière laquelle se cachent de très nombreuses inéga­li­tés. Alors que le reve­nu moyen dans les 72 premiers pays est de 9300 yuans, la Chine se posi­tionne dans la moitié infé­rieure avec seule­ment 4100 yuans. Cette faiblesse des reve­nus pour­rait être amélio­rée grâce à des aides sociales, mais les budgets dispo­nibles parviennent tout juste à attri­buer une misé­rable pension de retraite aux Chinois les moins aisés. Il en est de même pour les soins médi­caux où derrière le paravent d’une popu­la­tion couverte à 85 %, il est omis de préci­ser qu’une bonne part des béné­fi­ciaires ne peut comp­ter que sur le rembour­se­ment de quelques centaines de yuans.

Le poids de la fisca­li­té est égale­ment pour beau­coup dans l’évasion fiscale chez les plus riches, ceux-ci préfé­rant placer leur argent où cela leur rapporte que dans la poche d’un cadre local. Comme dans de nombreux autres pays c’est la classe moyenne qui est à l’origine de la majeure partie des recettes, ce qui a pour effet de les pous­ser à alimen­ter le shadow banking. L’immobilier est égale­ment une source de détour­ne­ments avec des achats réali­sés sous divers noms afin d’éviter le paie­ment des taxes. Si pour les plus pauvres se sous­traire à l’impôt est une ques­tion ne se posant pas, le poids de la fisca­li­té incite la classe moyenne et haute à utili­ser toutes les formes de subter­fuges pour s’y sous­traire. Les recettes étant dès lors infé­rieures à ce qu’elles devraient être, les hausses succes­sives contre­ba­lancent en partie ce manque à gagner.

Le résul­tat est une pres­sion fiscale élevée en paral­lèle d’une accen­tua­tion des écarts de richesse entre ceux ne tirant leurs reve­nus que du travail et les autres rapa­triant des fonds en fonc­tion des besoins. Un autre effet est la multi­pli­ca­tion des trafics englo­bant les trans­ferts d’argent vers l’étranger, ceux clas­siques couvrant les stupé­fiants et la pros­ti­tu­tion sans oublier la contre­fa­çon elle aussi exempte d’impôt.

Comme dans de nombreux autres domaines, réduire le poids de la fisca­li­té passe pour une part par une refonte du système actuel incluant un contrôle réel des sommes gérées par les gouver­ne­ments locaux. Un autre aspect concerne l’origine des sommes dépen­sées par certains habi­tants, leur train de vie étant incom­pa­tible avec la faiblesse des reve­nus décla­rés. Est-ce que la Chine pend ce chemin ? Malgré certaines appa­rences pas du tout, le mot d’ordre étant « On ne change pas un système qui rapporte », ce même s’il est accom­pa­gné de signes de mécon­ten­te­ment de plus en plus forts.