En Chine la poly­ga­mie est inter­dite, sauf que …

En Chine la polygamie est interdite, sauf que …La poly­ga­mie a été inter­dite dès l’arrivée au pouvoir du régime actuel. C’est en effet en 1949 qu’a été promul­guée la loi qui se résume à « Un époux, une épouse » et qui était censé mettre fin à des pratiques aussi anciennes que la civi­li­sa­tion chinoise. Si les concu­bines ont de manière plus ou moins voyante rempla­cé les multiples épouses, l’acte admi­nis­tra­tif qu’est le mariage stipule clai­re­ment qu’un homme ne peut avoir qu’une seule épouse et vice versa.

Malgré ce texte de loi, il n’empêche toute­fois qu’ils, et plus rare­ment elles, sont nombreux à dispo­ser de plusieurs conjoints léga­le­ment enre­gis­trés. S’il s’avère en effet diffi­cile d’officialiser plusieurs unions dans la même région, une faille du système actuel fait qu’il est rela­ti­ve­ment aisé pour un Chinois d’être très léga­le­ment marié dans l’ensemble du pays. La Chine étant un pays forte­ment régio­na­li­sé, aucun regrou­pe­ment n’est effec­tué au niveau natio­nal, ce qui permet ce genre d’exceptions à une règle pour­tant connue de tous.

Cette absence d’un système centra­li­sé permet donc de contour­ner assez aisé­ment la loi, les faux hukou étant assez faciles à trou­ver pour peu que l’on soit prêt à payer le prix. Dispo­sant dès lors d’un livret de famille vierge, il est dès lors possible de se marier dans une autre région que celle du deman­deur. Une femme dans chaque ville devient dès lors un jeu d’enfant et permet à certaines personnes ne pouvant rester seules lors de leurs dépla­ce­ments de trou­ver un foyer où l’on se sent comme chez soi puisqu’entouré tant de son épouse que son enfant.

Quel inté­rêt me direz-vous puisque les concu­bines font partie inté­grante du paysage ? Dans bien des cas, ces entorses à la loi sont du fait de personnes aisées, ce qui leur permet de finan­cer les diverses opéra­tions liées à la four­ni­ture des docu­ments. Dans bien des cas, ces personnes « oublient » d’informer leur conquête qu’ils sont déjà mariés, ce qui consti­tue un argu­ment de poids aux yeux de la promise. Dans bien des cas, et après une « période d’essai » plus ou moins longue, celle-ci demande à léga­li­ser une union depuis long­temps consom­mée et consi­dère qu’il est temps d’en tirer quelques avan­tages. Pour le mari cette offi­cia­li­sa­tion peut être égale­ment payante puisque peut permettre de mettre son épouse à la tête d’une entre­prise ou d’un maga­sin et dispo­ser ainsi du réseau rela­tion­nel de celle-ci, ce qui est toujours bon pour le commerce.

Sans que personne connaisse offi­ciel­le­ment le nombre de ces mariages multiples, celui-ci doit être assez impor­tant puisque vient de pous­ser les auto­ri­tés chinoises à envi­sa­ger la créa­tion d’un système centra­li­sant les unions à l’échelon natio­nal. Si ce projet n’en est qu’à un stade embryon­naire malgré des obstacles tech­niques a prio­ri aisé­ment surmon­tables, c’est tout simple­ment parce que le cœur n’y est visi­ble­ment pas. Si l’efficacité d’un tel fichier serait à n’en pas douter utile pour l’application de la loi, il appa­raît diffi­cile de ne pas le rendre rétro actif, même si cela deman­de­rait alors quelque temps pour que la mise à jour soit effec­tive. En ressor­ti­rait dès lors certains noms en double ou triple, dont ceux de personnes connues ou bien placées, ce qui pour­rait s’avérer gênant dans certains cas.

Un autre argu­ment mis en avant pour les oppo­sants à ce projet, et donc bien au courant de l’existence du problème, est qu’une telle mesure ne résou­drait qu’en partie de celui-ci. Pour eux le pays devrait alors faire face à une vague de faux papiers où les noms origi­naux seraient alors rempla­cés par d’autres qui lais­se­raient dans le même temps leur empreinte digi­tale obli­ga­toire, le tout en échange de quelques milliers de yuans.

C’est donc dans l’immédiat la solu­tion d’attente qui semble préva­loir, ce domaine n’intéressant de plus que ceux qui sont concer­nés et la conscience d’un État qui a bien d’autres chats à fouet­ter et d’autres textes bien plus impor­tants à faire appli­quer. La poly­ga­mie est donc offi­ciel­le­ment inter­dite, mais comme nous sommes en Chine peut exis­ter dans la mesure où vous n’êtes pas assez stupide pour vous faire prendre.