Embauches et concur­rence : merci Deng Xiao­ping

mainEn Chine, il ne faut que quelques minutes pour créer admi­nis­tra­ti­ve­ment sa propre entre­prise commer­ciale ou arti­sa­nale et guère plus de temps pour y mettre fin. Les coûts d’enregistrement sont de plus négli­geables, ajou­tés au fait que les obli­ga­tions de coti­ser pour une caisse de retraite ou de santé sont nulles. Tout cela incite donc de nombreux ex-ouvriers à s’installer à leur propre compte, ce qui n’est pas sans poser de sérieux problèmes pour les entre­prises ayant le besoin d’embaucher.

Nombreux sont en effet les arti­sans chinois qui auraient la charge de travail néces­saire pour occu­per une ou plusieurs personnes, mais qui s’y refusent en raison du risque de voir son ancien employé s’installer à son tour une fois appris les divers aspects du métier. Certaines entre­prises vont même jusqu’à se multi­plier à travers une même région, chacune d’entre elles ne produi­sant qu’une partie du produit final afin que les sala­riés ne puissent par la suite maîtri­ser l’ensemble de la chaîne de fabri­ca­tion.

Pour les struc­tures les plus modestes, cette manière d’opérer s’avère impos­sible, et leurs respon­sables refusent donc de nombreux travaux se trou­vant pour­tant dans leur domaine de compé­tence. Cette volon­té à vouloir à tout prix sauve­gar­der son savoir-faire est en contre­par­tie la cause de reve­nus souvent limi­tés, de nombreux arti­sans survi­vant bien plus que vivant de leur acti­vi­té. Lorsque c’est un membre de la famille ou un ami qui est employé, c’est le nombre d’heures de travail quoti­dien qui va venir contre­ba­lan­cer cette absence de person­nel, rendant les tâches érein­tantes et par consé­quent sources de problèmes de santé ou d’accidents.

Si ce mode de fonc­tion­ne­ment est encore très répan­du dans les zones rurales et les petites agglo­mé­ra­tions, celui-ci est en passe de dimi­nuer dans les entre­prises dont l’activité demande un inves­tis­se­ment assez consé­quent. Si les prêts bancaires sont en effet assez diffi­ciles à obte­nir pour une personne dési­rant débu­ter une acti­vi­té commer­ciale ou arti­sa­nale, la famille et les amis viennent souvent pallier à ce manque de faci­li­tés. Plutôt donc que d’attendre que son ancien employé coif­feur s’installe à son compte, certains patrons font signer un contrat après avoir testé les quali­tés du sala­rié. Dans ce docu­ment, il est stipu­lé qu’about d’un certain nombre d’années le sala­rié pour­ra travailler à son compte, mais sous réserve que son ancien patron finance cette instal­la­tion. Rien n’étant gratuit dans la vie, et surtout pas en Chine, la contre­par­tie est un rever­se­ment d’une partie des béné­fices pour une durée déter­mi­née, ce qui permet à l’employeur de récu­pé­rer son inves­tis­se­ment tant finan­cier qu’humain.

La concur­rence étant si féroce, et ce, dans bien des secteurs, que souvent l’ex-salarié ne va pas pouvoir tenir le nombre d’années fixées par le contrat, permet­tant ainsi à l’employeur de récu­pé­rer le fonds de commerce dans lequel il lais­se­ra son ancien employé, mais cette fois au titre de sala­rié, où y enver­ra un de ses meilleurs éléments. C’est ainsi que dans une ville de petite ou moyenne impor­tance, un coif­feur est proprié­taire d’une ving­taine de salons, alors qu’il y a seule­ment que peu de temps années, il n’en dispo­sait que d’un seul.

Il existe un autre système pour lutter contre la concur­rence jugée déloyale qui se révèle parti­cu­liè­re­ment effi­cace, et est de plus en plus prati­qué par exemple dans le domaine de la restau­ra­tion. Il s’agit « d’expéditions puni­tives » ayant pour objec­tif de faire comprendre à un concur­rent trop enva­his­sant qu’il doit calmer ses ardeurs commer­ciales. En échange de quelques billets à l’effigie de Mao, il est en effet très facile dans ce pays de recru­ter quelques casseurs qui iront sacca­ger le commerce concur­rent, ce qui dans bien des cas a pour effet de le faire démé­na­ger.

Dans ce cas, la police se contente de consta­ter les faits, le proprié­taire ne se risquant pas à accu­ser qui que ce soit sans preuve flagrante, même si dans bien des situa­tions l’origine ne fait aucun doute. Si les camé­ras de surveillance filment bien la scène, il faudra attendre un flagrant délit ou des aveux de la part des casseurs pour trou­ver les auteurs, mais bien plus rare­ment les comman­di­taires.

Si ces manières de faire plus ou moins ortho­doxes peuvent surprendre, elles ne sont qu’une des nombreuses consé­quences de la couleur d’un chat donnée en exemple par Deng Xiao­ping :

« Peu importe que le chat soit blanc ou noir pour­vu qu’il attrape les souris »

Si le « petit Timo­nier » a égale­ment décla­ré :

« Si la Chine ouvre ses portes, des mouches entre­ront forcé­ment.», sous-entendant une certaine présence étran­gère, il semble qu’il n’ait pas pensé que certaines de ces mouches pouvaient être origi­naires de son propre pays.