Du procès de la bande des quatre à aujourd’hui, seule­ment 30 ans

Tait

Si le gouver­ne­ment chinois est très loin d’avoir tenu toutes ses promesses, il aura toute­fois réus­si un tour de force qui est d’ailleurs aujourd’hui à l’origine de bien des reproches. Je vous laisse déci­der ou choi­sir si pour vous la Chine est ou non encore commu­niste, ne sachant pas pour ma part si elle l’a seule­ment été, ce qui de toute manière n’a aucune impor­tance pour la suite. Ce qui est sûr par contre, c’est qu’elle est une dicta­ture, même si là encore il s’agit bien plus d’une défi­ni­tion toute théo­rique, de plus écrite en toutes lettres dans l’article premier de sa consti­tu­tion.

Voilà en effet un pays qui en 1980 termi­nait de régler la succes­sion de Mao par le célèbre « procès de la bande des quatre » sous les sourires narquois de bien des occi­den­taux, et qui trente ans plus tard se retrouve au centre de toutes les atten­tions que celle-ci soit ou non amicales. Sans parler d’un quel­conque miracle écono­mique, terme unique­ment employé par certains pour mieux criti­quer ce système sur ses défauts, rares sont les pays qui en si peu de temps sont deve­nus incon­tour­nables. Là en effet où il a fallu des siècles aux US et à la vieille Europe pour deve­nir ce qu’ils ont été par le passé, trois décen­nies ont suffi à la Chine pour parve­nir à un niveau où il devient de plus en plus diffi­cile de ne pas passer par elle.

Autre élément marquant, le passage rapide d’un statut de grande zone indus­trielle, ou d’immense super­mar­ché, à celui de premier marché poten­tiel pour bien des entre­prises occi­den­tales. Là encore, si vous regar­dez l’histoire de la majo­ri­té des pays, ils sont restés tels qu’ils ont été conçus il y a bien long­temps, tour­nant toujours autour du même noyau écono­mique ou idéo­lo­gique. La Chine elle peut se permettre de chan­ger de direc­tion à tout moment, et ce, malgré une popu­la­tion de plus d’un milliard d’habitants, ce qui se manœuvre a prio­ri plus diffi­ci­le­ment que les soixante millions conte­nus dans l’hexagone.

Si la volon­té poli­tique y a été, et y est pour beau­coup, les plus grands remer­cie­ments de cette évolu­tion, même rela­tive, sont à adres­ser aux inves­tis­seurs étran­gers qui dans un premier temps ont donné l’élan et surtout les moyens finan­ciers à ce décol­lage. À l’époque, l’objectif était de faire fabri­quer pour moins cher que dans leurs pays d’origine des produits à bas coût tels que le textile ou les chaus­sures. Avec l’aide de plusieurs lobbies finan­ciers, mais aussi écolo­gistes du moment, la Chine a ensuite péné­tré les autres marchés et a fini par les phago­cy­ter avant de se les appro­prier, c’est ce que l’on appelle le commerce inter­na­tio­nal et cette défi­ni­tion n’est pas d’origine Chinoise, car n’a utili­sé que les failles d’un système où la préten­tion et l’orgueil régnaient alors en maître. Les popu­la­tions occi­den­tales ne voulant plus des cadences infer­nales en même temps qu’elles refu­saient la pollu­tion engen­drée par les usines, il était aisé pour le gouver­ne­ment chinois de propo­ser ses services, sa popu­la­tion ne deman­dant elle que du travail.

Afin de se donner un semblant de bonne conscience, l’Occident a même chan­gé certaines déno­mi­na­tions et la Chine est passée du statut de pays sous-développé à celui d’émergent, ce qui ne change rien pour la majeure partie de sa popu­la­tion, mais rend moins vexant le fait d’être en train de se faire dépas­ser par ce pays. Imagi­nez en effet le tableau repré­sen­tant des nations dites riches se faisant doubler par un pays en voie de déve­lop­pe­ment, cela ne fait pas très bien sur sa carte de visite.

Il est égale­ment utile de donner une préci­sion sur la rengaine expli­quant que l’économie de la Chine est basée sur ses expor­ta­tions alors que ce pays s’est situé durant des années derrière l’Allemagne à qui l’on n’a jamais rien repro­ché. Il faut égale­ment noter que dans le chiffre de ces expor­ta­tions figurent les produits assem­blés à partir d’éléments prove­nant de bien d’autres pays, dont certains améri­cains et euro­péens, chez qui ils sont ensuite réex­pé­diés.

On en arrive à une situa­tion où quand les autres pays exportent, c’est une bonne chose, mais lorsqu’il s’agit de la Chine cela devient néga­tif. Quant au défi­cit de la balance commer­ciale si souvent mis en exergue, il suffi­rait en effet de réat­tri­buer l’origine des divers compo­sants à chaque pays d’origine pour que les chiffres se retrouvent soudai­ne­ment bien mieux équi­li­brés.

À l’heure actuelle, que se passe-t-il ? Rien, si ce n’est qu’une partie des Chinois passent de travailleurs forcés à clients convoi­tés. Ce nouveau chan­ge­ment crée de nouvelles envies pour ceux qui croient voir en cette classe sociale moyenne, qui ne l’est d’ailleurs qu’au sein de son propre pays, le moyen d’en tirer quelques béné­fices. Seul souci, vendre aux Chinois passe majo­ri­tai­re­ment par le fait de s’implanter en Chine, ce qui génère autant d’investissements directs. On peut être d’accord ou non avec système, mais cela reste le prin­cipe majo­ri­tai­re­ment impo­sé par les auto­ri­tés chinoises. Si ce pays se permet de fixer de telles condi­tions, c’est parce que d’une part elle fait ce qu’elle veut chez elle et que d’autre part elle n’oblige personne à y venir. Si vous vous dites que c’est malhon­nête de sa part car utilise en partie pour son évolu­tion des capi­taux étran­gers, il vous faut reprendre le dernier point de la phrase précé­dente et y rajou­ter que ces inves­tis­se­ments n’ont jamais été réali­sés au nom d’une œuvre sociale quel­conque, mais pour en tirer quelques avan­tages finan­ciers.

C’est d’ailleurs là que le bât blesse, car contrai­re­ment à un pays comme la France qui a béné­fi­cié du plan Marshall d’après-guerre, la Chine elle ne s’est jamais rien vu offert, si ce n’est d’exploiter quelques centaines de millions d’ouvriers. Que les auto­ri­tés chinoises se soient ensuite mieux débrouillées que d’autres est diffi­ci­le­ment repro­chable, le système actuel ayant été créé par et pour les Occi­den­taux sans jamais se soucier du reste du monde. La Chine ne nous fera donc pas de cadeaux pour la simple raison qu’elle ne nous doit rien, mais qu’à la vitesse où vont les choses on va finir par lui devoir beau­coup comme le fait de soute­nir les écono­mies en perte de vitesse, même si cela est fait par inté­rêt, de la même manière que nous l’avons fait en Afrique à une certaine époque.