Du palais d’été à la bassi­ne en plas­ti­que, 30 ans de nivel­le­ment

chineBien que le nivel­le­ment par le bas soit une constan­te dans la plupart des pays avec l’innovation lais­sant sa place à la consom­ma­tion, ce déclin est suffi­sam­ment progres­sif pour passer inaper­çu. En Chine, cette descen­te a été nette­ment plus marquée, pour ne pas dire verti­gi­neu­se. Le rouleau compres­seur n’est autre que le systè­me collec­ti­vis­te mis en place à partir des années 1949 et ampli­fié par le concas­sa­ge intel­lec­tuel des années de « Révo­lu­tion cultu­rel­le ». Avant cette date la Chine pensait, inno­vait et savait donner nais­san­ce à de super­bes réali­sa­tions concer­nant tant l’architecture, la déco­ra­tion que le mode de vie en géné­ral.

Ce blanc histo­ri­que oppo­sé au noir actuel donne une image des plus contras­tée large­ment exploi­tée par ceux aujourd’hui aussi forma­tés que l’était la majo­ri­té des Chinois lors des années 50–80. Entre ces deux extrê­mes exis­tent en effet de nombreu­ses nuan­ces souvent gommées pour valo­ri­ser un systè­me qui lui n’a guère évolué depuis son instau­ra­tion en étant taillé sur mesu­re par et pour ceux censés repré­sen­ter le peuple.

Comme en Fran­ce, les « grands hommes » en Chine ont toujours été mino­ri­tai­res et rare­ment écou­tés de leur vivant. C’est sans doute ce qui expli­que que cette « élite » a dans bien des cas exer­cé au sein de cercles fermés atti­rant quel­ques oppor­tu­nis­tes prêchant la « bonne paro­le » à des fins très person­nel­les. Il en est de même pour la plupart des artis­tes à qui était impo­sée une vie misé­ra­ble et dont les œuvres valent aujourd’hui des fortu­nes. C’est sur ce socle « élitis­te » que sont bâties de nombreu­ses socié­tés pouvant lais­ser croi­re à une évolu­tion géné­ra­le alors qu’elle ne concer­ne qu’une infi­me partie de la popu­la­tion. Alors que certains pays ont exploi­té au maxi­mum ces fonda­tions sans pour cela y appor­ter la moin­dre pier­re, la Chine y a tour­né le dos à partir de 1949 en faisant table rase d’un passé ni plus, ni moins glorieux que d’autres.

La Chine de Confu­cius et de Lao-Tseu ne concer­nant qu’une clas­se socia­le aussi limi­tée en nombre que celle ayant donné nais­san­ce au « Siècle des Lumiè­res », la majo­ri­té des Chinois a long­temps dû vivre avec sa forme adap­tée de monar­chie. Mafias loca­les et Seigneurs de guer­re ont long­temps été le pendant des barons et comtes hexa­go­naux préle­vant sur les clas­ses socia­les infé­rieu­res les fonds néces­sai­res à leur train de vie. La pensée prédo­mi­nan­te d’une majo­ri­té de Chinois était alors de survi­vre et de proté­ger sa famil­le. Déjà à l’époque, les roite­lets locaux et la riche bour­geoi­sie s’entouraient de super­bes meubles et objets fabri­qués à bas prix par une main d’œuvre peu chère malgré un savoir-faire indé­nia­ble. Pas plus que les sculp­teurs des gargouilles de Notre-Dame n’ont vu leur niveau de vie s’améliorer, les arti­sans chinois donnant vie à une pier­re de jade ou à quel­ques plan­ches de bois n’ont été récom­pen­sés à la mesu­re de leurs talents.

En Chine comme ailleurs, les écarts de riches­se ont exis­té de tout temps en étant le résul­tat de l’exploitation des plus pauvres par les plus aisés, savoir-faire et talent étant souvent inver­se­ment propor­tion­nels au niveau de riches­se. S’il est aujourd’hui souvent repro­ché aux Chinois d’acquérir les éléments contri­buant à leur évolu­tion auprès de person­nes ou socié­tés consen­tant à les vendre, ces trans­ferts de tech­no­lo­gie n’ont rien d’une nouveau­té en étant la métho­de appli­quée depuis des siècles. La seule diffé­ren­ce pour certains peuples est l’inversion du sens du trafic lais­sant croi­re à un boule­ver­se­ment ou à une forme de pilla­ge alors que leur héri­ta­ge vient en gran­de partie de ce mode de fonc­tion­ne­ment, il est vrai action­né en « mode gratuit ou pres­que ».

w8C’est ce systè­me d’exploitation n’ayant rien de commun avec ceux utili­sés en infor­ma­ti­que que l’idéologie commu­nis­te était censée chan­ger. Un État fort et omni­pré­sent centra­li­sant les riches­ses pour ensui­te les répar­tir de maniè­re équi­ta­ble, tel était la forme du « rêve chinois » de l’époque. En gran­de partie parce que géré par des hommes se trans­for­mant en prêtres de la reli­gion commu­nis­te, ce de la même maniè­re que certains se disent socia­lis­tes ou autres, ce systè­me a échoué. En ce qui concer­ne la riches­se de ce pays, elle a tout simple­ment chan­gé de mains durant les années collec­ti­vis­tes avant de reve­nir vers ses anciens proprié­tai­res exilés deve­nus Taïwa­nais ou membres de la diaspo­ra patien­tant en dehors des fron­tiè­res.

Si l’on peut recon­naî­tre un succès à ce travail de terras­se­ment, il concer­ne les talents exis­tants qui ont été nive­lés au nom d’une suppo­sée égali­té. Depuis quel­ques années, la Chine tente à grands coups de campa­gnes poli­ti­ques de faire renaî­tre cette Chine talen­tueu­se. Retour finan­ciè­re­ment aidé des têtes pensan­tes exilées, déve­lop­pe­ment d’une élite intel­lec­tuel­le et scien­ti­fi­que devant toute­fois demeu­rer dans le giron du PCC, créa­tion d’un visa spéci­fi­que pour les étran­gers talen­tueux, tels sont quel­ques aspects de la derniè­re campa­gne marke­ting lancée par les auto­ri­tés chinoi­ses.

Le systè­me actuel repo­sant essen­tiel­le­ment sur l’héritage et l’exploitation des failles d’un systè­me assis entre deux chai­ses, il y a peu de chan­ces que nais­se une clas­se remar­qua­ble par son talent et sa créa­ti­vi­té. Ne dispo­sant plus de ces fonda­tions long­temps exploi­tées et parfois amélio­rées, la Chine paye aujourd’hui au prix fort la démo­li­tion de son passé. Comme pour l’immobilier où l’on préfè­re démo­lir qu’adapter, la construc­tion de fonda­tions soli­des deman­de plus de temps que pour la partie appa­ren­te. Comment et pour­quoi la Chine a-t-elle rasé plus de 2000 ans de son histoi­re ? C’est ce dont il sera ques­tion dans le prochain arti­cle.