Dis maman, c’est quoi la dicta­ture en Chine ? Le paysan

MetsVoici donc le deuxième volet de cet article, qui va cette fois trai­ter de la vie quoti­dienne dans la dicta­ture Chinoise après que le premier article ait, je l’espère du moins, éclair­ci quelque peu vos idées sur le sujet. Comme dit dans le volet précé­dent, on ne va pas compa­rer ce qui n’est pas compa­rable, bien que je pour­rais vous dire qu’il y a moins de pauvres en Chine qu’en Inde, large­ment moins d’analphabètes, mais pour faire court, je me conten­te­rai de cette phrase :

« En Inde on a encore souvent faim, on ne sait pas toujours lire et écrire, mais on meurt jeune démo­cra­ti­que­ment. »

Cela étant dit, ce qui suit concerne la dicta­ture Chinoise, celle-ci n’ayant rien à avoir avec celle prati­quée par certains prési­dents Afri­cains amis de la France, de celle de Corée du Nord ou de Birma­nie, ni même celle qu’exercent certains chefs d’état de pays pétro­li­fères, qui sont d’ailleurs aussi bien souvent nos amis.

Pour vous décrire la vie des Chinois, j’ai pris 5 cas distincts, qui je pense sont assez signi­fi­ca­tifs de la popu­la­tion Chinoise. Il y aura donc un paysan, un fonc­tion­naire, l’employée d’un petit commerce, un migrant travaillant dans une usine de la côte et un commer­çant puisque ceux-ci sont très nombreux en Chine. Je mets volon­tai­re­ment de côté une personne de la classe riche, car quand on a beau­coup d’argent, on vit bien partout, et de plus on n’est pas obli­gé de rester dans un pays que l’on n’aime pas.

Je commence donc par le bas de l’échelle sociale, cet outil ne pouvant d’ailleurs avoir la moindre utili­té que si les premiers barreaux sont présents, d’abord pour posi­tion­ner les autres, et ensuite pour faci­li­ter l’accès au sommet qui commence toujours par le bas.

Le paysan en Chine est encore, et cela sans doute pour encore un moment parmi les plus mal loti, n’ayant pas comme en Europe béné­fi­cié des largesses de la PAC (Poli­tique Agri­cole Commune) et autres aides élec­to­ra­listes. Avant la dicta­ture commu­niste, l’agriculteur Chinois n’avait rien, car asser­vi par les gros proprié­taires fonciers, les mêmes qui ont souvent immi­gré démo­cra­ti­que­ment à Taiwan en se gardant bien d’oublier d’emporter ce qui était trans­por­table. Si Mao est arri­vé au pouvoir, il le doit en grande partie à cette classe sociale, et il était donc logique que le Timo­nier les remer­cie, d’autant plus que la stabi­li­té de sa poli­tique repo­sait sur cette masse impor­tante de paysans. Dans les années 50, il a donc été attri­bué un lopin de terre et une maison à chaque famille paysanne sous la forme d’une loca­tion à vie, trans­mis­sible à ses enfants, le terrain restant la proprié­té du peuple dans son ensemble, soit géré par l’état. Le prix des produits agri­coles était fixé par le gouver­ne­ment, et les paysans vivaient par consé­quent nette­ment plus heureux que par le passé, même si une compa­rai­son d’un peu face à rien est toujours aisée à rendre posi­tive.

L’arrivée au pouvoir de Deng Xiao­ping et le chan­ge­ment brutal de cap ont été un coup dur pour la classe paysanne chinoise, car en même temps que le système de prix fixés par l’état, le petit Timo­nier a égale­ment suppri­mé les maga­sins d’état qui vendaient des produits de première néces­si­té à des coûts très bas et dont les agri­cul­teurs étaient les premiers clients.

Il faut savoir que l’agriculture Chinoise souffre encore aujourd’hui de très lourds handi­caps qui sont avant tout le trop grand nombre de paysans, de plus loca­taires de parcelles de petite taille donc pas toujours rentable, et sont encore sous-mécanisés tant en raison d’un manque de moyens finan­ciers que par l’exiguïté des terrains agri­coles. Jusqu’à il y a seule­ment deux ans, il était inter­dit aux paysans de céder leurs titres de loca­tion, ce qui a main­te­nu l’agriculture Chinoise à un très faible niveau de rende­ment, et par consé­quent de reve­nus. Depuis 2008, une loi permet de trans­mettre les droits de loca­tion à un voisin, qui de fait peut agran­dir sa proprié­té, qui devient dès lors plus rentable.

Les paysans disposent de leurs terres comme ils l’entendent, ce qui signi­fie qu’ils cultivent ce qu’ils veulent, charge à eux ensuite de vendre leur produc­tion au meilleur prix. Une excep­tion toute­fois qui concerne le riz, une surface mini­mum étant obli­ga­toi­re­ment réser­vée à cette culture dont l’état achète une partie de la produc­tion au titre des réserves d’état utili­sées en cas de pénu­rie. Le prix en est fixé d’une année sur l’autre par les auto­ri­tés, et se révèle sensi­ble­ment plus élevé que le cours du marché tant afin d’apporter une aide finan­cière que pour inci­ter les agri­cul­teurs à pour­suivre cette culture, de nombreux paysans chinois se tour­nant vers des cultures maraî­chères bien plus lucra­tives.

Un des problèmes supplé­men­taires auxquels sont confron­tés les paysans, et dont vous avez dû entendre au moins parler tant il est média­ti­sé concerne les expro­pria­tions. Celles-ci sont en effet de la respon­sa­bi­li­té des respon­sables locaux, le terrain n’étant pas la proprié­té des agri­cul­teurs, ce qui n’est pas sans causer un certain nombre d’affrontements, parfois sanglants, entre paysans mécon­tents de l’indemnisation propo­sée et forces de police envoyées par ces mêmes respon­sables locaux char­gés de faire respec­ter les déci­sions.

Sans prendre nulle­ment la défense des repré­sen­tants de l’état, dont certains sont large­ment corrom­pus par des promo­teurs immo­bi­liers, les paysans ont égale­ment leur part de respon­sa­bi­li­té dans ces déra­pages, faisant monter la pres­sion et les prix avec le concours de voisins venus prêter main-forte, jouant sur l’harmonie sociale et le calme que les respon­sables commu­naux doivent avant tout préser­ver, ce que savent fort bien les agri­cul­teurs.

Pour avoir person­nel­le­ment vécu plusieurs de ces oppo­si­tions, je peux vous garan­tir que la mauvaise foi est large­ment parta­gée, ce qui est d’ailleurs un trait de la popu­la­tion chinoise en géné­ral qui adore enve­ni­mer les situa­tions. L’objectif affi­ché par le gouver­ne­ment central étant de parve­nir à une popu­la­tion paysanne de l’ordre de 36 % contre près de 50 aujourd’hui, les terrains à bâtir se multi­plient en vue d’accueillir dans des loge­ments neufs une partie de ces mêmes paysans, ce qui a pour effet de créer un cercle vicieux parfois diffi­cile à maîtri­ser.

La crise finan­cière de 2008 et son lot de ferme­tures d’usines expor­ta­trices ont vu le retour sur les terres de milliers de fils d’agriculteurs qui prennent la place de leurs parents, mais qui en louant de nouvelles terres et en moder­ni­sant les modes de cultures arrivent à faire vivre deux familles, alors qu’ils étaient souvent partis pour la simple raison que la produc­tion annuelle suffi­sait tout juste à une famille de survivre. Ces loca­tions supplé­men­taires finissent d’ailleurs par deve­nir un véri­table problème, car dans bien des cas, les reve­nus supplé­men­taires prove­nant d’une produc­tion plus impor­tante sont majo­ri­tai­re­ment utili­sés pour louer d’autres terres, ce qui a pour effet que niveau de vie ne s’améliore que très lente­ment, une partie des recettes étant de plus épar­gnée pour parer à une mauvaise année, ou à un grave problème de santé.

Faire sortir, du moins en partie, ces milliards de yuan dormant dans les banques est une des prio­ri­tés du gouver­ne­ment, celui-ci inci­tant les régions à propo­ser aux paysans des assu­rances santé gratuites ou à coût réduit afin de libé­rer l’esprit de millions de familles paysannes qui pour­raient ainsi à l’avenir parti­ci­per au déve­lop­pe­ment de l’économie locale.

De moins en moins de paysans vivant de mieux en mieux et à nouveau cour­ti­sés comme ils l’ont été dans les années précé­dentes la venue au pouvoir de Mao, mais cette fois pas pour les mêmes raisons, telle est la situa­tion rapi­de­ment survo­lée des paysans Chinois dans cette dicta­ture Chinoise.