Dis maman, c’est quoi un pays émergent ?

c'estÀ la même époque que la femme de ménage est deve­nue une tech­ni­cienne de surface sont appa­rus les pays dits émer­gents. Comme l’ex-balayeuse, ce chan­ge­ment d’appellation n’a guère chan­gé les choses, et si le salaire est resté inchan­gé malgré cette pompeuse appel­la­tion, il en est de même pour ces pays qui tentent de sortir d’un état de sous-développement.

Ce terme, inven­té par un néer­lan­dais dans les années 80, n’a de toute manière jamais eu pour objec­tif de mettre en avant un progrès écono­mique ou social quel­conque, mais d’apposer sur ces pays une espèce de marqueur indi­quant la présence d’un poten­tiel exploi­table par les inves­tis­seurs.

Ce marquage n’a donc rien d’un clas­se­ment au mérite, mais indique simple­ment que de l’argent inves­ti peut rapi­de­ment fruc­ti­fier, et ce, sans trop de risques, ce qui n’a rien d’une bonne action pour les inves­tis­seurs poten­tiels, et n’a pas pour objec­tif premier d’apporter un mieux-vivre à la popu­la­tion, du moins dans son ensemble. Pas ques­tion non plus dans ce terme d’une répar­ti­tion quel­conque des richesses, bien au contraire, la partie émer­gente se voyant bien souvent large­ment exploi­tée dans un sens ou dans l’autre.

Parmi ces pays coif­fés du chapeau rouge fluo spéci­fique aux nations émer­gentes, la Chine se démarque par sa forte crois­sance, la réduc­tion progres­sive de la pauvre­té, ce qui lui vaut d’être la cible non seule­ment des convoi­tises, mais égale­ment de nombreuses critiques, offi­ciel­le­ment en raison de son régime poli­tique, mais en réali­té parce qu’elle bous­cule un ordre établi depuis des siècles faisant que les pauvres doivent rester pauvres, exploi­tés par des riches de nais­sance.

Telle la tech­ni­cienne de surface qui n’attire pas davan­tage le respect de la part de certains, et ce, malgré son titre hono­ri­fique, la Chine doit rester à sa place, c’est-à-dire servir une petite dizaine de goinfres atta­blés depuis des siècles lais­sant éven­tuel­le­ment quelques miettes pour le petit person­nel. Toute­fois, cet embon­point accu­mu­lé au fils du temps a pour effet de provo­quer quelques flatu­lences nauséa­bondes dont un exemple est la crise finan­cière de 2008, suivie de celle en deve­nir en Europe. La cause dans les deux cas est iden­tique et peut se résu­mer au fait que ces nations ont eu les yeux plus gros que le ventre, et ont à présent bien du mal à digé­rer une soupe réchauf­fée depuis des lustres.

Si les méde­cins appe­lés à la rescousse tentent de pres­crire une cure d’amaigrissement, les malades ne l’entendent guère de cette oreille, préfé­rant agoni­ser le ventre plein que de guérir de cette surali­men­ta­tion, ne suppor­tant pas la vision d’un ancien pauvre qui vien­drait parta­ger leurs repas.

Face à ces ogres, on trouve donc nos pays émer­gents qui ont de plus en plus de mal à cacher un sourire moqueur de voir leurs maîtres s’étouffer, alors qu’ils ont su faire fruc­ti­fier les quelques restes octroyés au fil des années en guise de salaire, étant en passe pour certains de deve­nir plus riches que leurs employeurs.

Si la fin du siècle a vu la venue sur le devant de la scène de ces pays émer­gents, les cent ans suivants pour­raient être l’occasion de remettre au goût du jour le terme « d’immergé » qui semble devoir conve­nir de plus en plus à certains pays ayant la fâcheuse tendance à s’enfoncer dans l’océan de certi­tudes qui consti­tue leur élément natu­rel. L’aspect posi­tif de ces divers chan­ge­ments de posi­tion, où l’un monte et l’autre descend, devrait logi­que­ment être l’occasion de se croi­ser, et peut-être enfin de se parler, faute de se comprendre.