Dieu­don­né : la queue d’un vieux serpent de mer

Partager

fernandDeuxième tempête de la semaine dans le verre d’eau hexa­go­nal : Dieu­don­né. On n’en est pas encore à la tenta­tive de subver­sion de l’État chère au gouver­ne­ment chinois, mais à l’interdiction des spec­tacles de « l’humoriste » moti­vée par les risques de troubles à l’ordre public, étape se situant juste avant la pure censure. Le mot « public » semble avoir été oublié par le ministre de l’Intérieur qui préfère cibler un médiocre comé­dien plutôt que de s’attaquer au fond du problème qu’est le racisme, l’antisémitisme n’en étant qu’une compo­sante parmi d’autres et ne devrait pas être plus combat­tue que les autres.

Les spec­tacles ou meetings poli­tiques de Dieu­don­né se déroulent en présence d’un public majo­ri­tai­re­ment adulte, ce même si le ministre de l’Intérieur doute de la capa­ci­té à réflé­chir d’une partie des spec­ta­teurs. Dans la circu­laire envoyée aux préfets en vue d’interdire les spec­tacles, figure un passage faisant preuve d’un certain humour : « … de sorte que le message insou­te­nable qu’ils véhi­culent est parfai­te­ment compré­hen­sible pour la plupart des spec­ta­teurs ». Pour M. Valls, il appa­raît évident que certaines personnes assis­tant aux repré­sen­ta­tions sont des demeu­rés ne compre­nant pas le sens des paroles. De là à en tirer les mêmes conclu­sions concer­nant les meetings élec­to­raux où les idio­ties et fausses promesses sont monnaie courante quelque soit le camp, il n’y a qu’un pas aisé à fran­chir. À l’avenir ces réunions seront-elles pour autant inter­dites ? Peu de chance. Le ministre de l’Intérieur prévoit-il de réfor­mer le système actuel de suffrage univer­sel en n’accordant le droit de vote qu’aux personnes possé­dant un QI supé­rieur à un certain seuil ? Pas davan­tage, car mettrait au chômage bon nombre d’élus tous bords confon­dus pour qui l’électorat des abru­tis compte pour beaucoup.

Ce qui est par contre certain est que la réponse posée par la ques­tion Dieu­don­né n’est pas la bonne. Le problème ne se résume pas à un commer­çant exploi­tant un juteux fonds de commerce, mais à l’existence d’une clien­tèle pour ce genre de produits. À l’image du FN, Dieu­don­né joue dans la faci­li­té en affi­chant publi­que­ment l’idée forma­tée que tout est de la faute des autres, mais sans pour cela appro­fon­dir davan­tage. Ce surf, Dieu­don­né ne l’a pas inven­té en ne faisant qu’imiter ceux nous promet­tant des lende­mains meilleurs lors de chaque élection.

Une autre ques­tion est celle de la liber­té d’expression, sujet récur­rent et mis depuis long­temps à toutes les sauces. Peut-on tout dire sur tout ? La réponse se résume à un « oui » ou un « non ». Le « oui, mais … » est à exclure puisque pose des limites, ce qui équi­vaut à « non ». Il s’agit dès lors de défi­nir les limites de cette liber­té, ce qu’aucun respon­sable poli­tique n’a eu le courage d’initier de peur d’être pris à son propre piège en déplai­sant à une partie de son élec­to­rat. Les gouver­ne­ments succes­sifs se contentent donc de multi­plier les lois aussi inutiles les unes que les autres. Pour­quoi inutiles ? Parce que ce n’est pas un texte de loi qui va chan­ger un senti­ment. Un exemple est l’interdiction de la burqa au nom de la protec­tion de la femme et qui dans les faits n’a que voilé la face de ce problème, la vie de ces personnes restant inchangée.

Une loi contre le racisme ne visant par défi­ni­tion que les racistes, elle ne sert à rien ou pas grand-chose pour la simple raison qu’elle ne concerne qu’une infime mino­ri­té de skin­heads et autres demeu­rés du genre. « Raciste ? Non, mais … », telle est la réponse que vous donne­rons la plupart des personnes votant FN et une partie des spec­ta­teurs de Dieu­don­né. Ce « mais » n’est même pas xéno­phobe, le peuple fran­çais étant depuis long­temps divers dans ses origines. Pour la plupart, la raison est une immi­gra­tion qui si elle n’est guère supé­rieure en nombre au passé, est nette­ment plus visible. « Les étran­gers qui viennent voler le pain des Fran­çais » Fernand Raynaud a en fait un sketch en 1972, soit il y a plus de 40 ans. À cette époque de fin des trente glorieuses nais­saient les premiers problèmes écono­miques et avec eux les « poli­ti­cards » pleur­ni­chant tant sur la perte de l’Empire colo­nial que sur une France sans iden­ti­té propre depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ces problèmes écono­miques n’ayant jamais été réso­lus faute de réelle volon­té, il est logique qu’ils réap­pa­raissent lorsque la situa­tion semble s’aggraver. Dieu­don­né et d’autres ne font qu’exploiter ce scéna­rio de la peur de l’autre, la matière première étant géné­reu­se­ment offerte par des diri­geants succes­sifs plus occu­pés à renvoyer les ascen­seurs les ayant hissés à leur poste qu’à résoudre les problèmes quoti­diens des Fran­çais. Dieu­don­né n’est qu’un produit médiocre parmi de nombreux autres et ne mérite pas plus d’en faire une vedette qu’un monstre. Il n’est que le résul­tat de la poli­tique bien-pensante asso­ciée à un nivel­le­ment par le bas impo­sée depuis ces dernières décennies.

Le jour où le niveau remon­te­ra, ces boni­men­teurs dispa­rai­tront comme ils sont arri­vés. Demain ? Non plutôt après-demain …