Dialo­gue entre abeilles chinoi­ses et euro­péen­nes – JC MARTIN

ABEILLE-DSC_0840Dans son dernier ouvra­ge, Sur les épau­les de Darwin, je t’offrirai des spec­ta­cles admi­ra­bles, J.-C. Amei­sen nous entraî­ne dans le monde des abeilles, sa diver­si­té et la complexi­té des compor­te­ments de ces insec­tes indis­pen­sa­bles à l’agriculture et à notre alimen­ta­tion. Une étude réali­sée par des cher­cheurs chinois de l’Université du Zhejiang, à Hangz­hou, en colla­bo­ra­tion avec d’autres cher­cheurs de Canber­ra (Austra­lie) et de Würz­burg (Alle­ma­gne) révè­le la struc­tu­re du dialo­gue entre abeilles chinoi­ses – Apis cere­na – et abeilles euro­péen­nes – Apis melli­fe­ra.

Le dialo­gue entre les abeilles repo­se sur les carac­té­ris­ti­ques de la danse, appe­lée danse frétillan­te. La ques­tion des cher­cheurs est simple : « le langa­ge de la danse est-il univer­sel chez toutes les abeilles à miel ou fait-il l’objet de diffé­rents dialec­tes dans diffé­ren­tes espè­ces d’abeilles à miel ? » Suite à un proto­co­le scien­ti­fi­que rigou­reux, il appa­rait que la façon d’indiquer la direc­tion du lieu de récol­te était iden­ti­que pour les deux, mais la durée de la phase montan­te de la danse était deux fois plus longue chez l’abeille asia­ti­que que chez l’Européenne ; d’où la premiè­re conclu­sion : un même langa­ge, deux dialec­tes.

Est abor­dée ensui­te la ques­tion de la coha­bi­ta­tion des deux espè­ces. Les intrus détec­tés sont expul­sés ou tués ; aussi les cher­cheurs intro­dui­sent dans la ruche des nymphes d’abeilles ouvriè­res de l’autre espè­ce. A leur nais­san­ce, les abeilles euro­péen­nes tuent les nouvel­les intru­ses alors que les ouvriè­res et les abeilles asia­ti­ques accep­tent les nouvel­les venues. Après quel­ques tensions sur la répar­ti­tion des tâches ména­gè­res, tout ce monde parvient à coha­bi­ter harmo­nieu­se­ment pendant cinquan­te jours.

ABEILLE-BULLE-DSC_0789Dans leur acti­vi­té de buti­neu­ses, chacu­ne s’exprime dans son dialec­te d’origine, mais le plus surpre­nant est de consta­ter le niveau de compré­hen­sion mutuel­le. La durée de la phase montan­te de la danse est bien inter­pré­tée selon l’origine de l’abeille, il n’y a pas de confu­sion. Toute­fois, les abeilles euro­péen­nes mani­fes­tent moins d’intérêt à suivre les danseu­ses asia­ti­ques. Est-ce lié à l’environnement de phéro­mo­nes de la reine asia­ti­que, moins stimu­lant pour inci­ter les abeilles euro­péen­nes à deve­nir des buti­neu­ses plutôt que choi­sir des tâches ména­gè­res ? Cette expé­rien­ce montre la gran­de facul­té d’adaptation des abeilles et proba­ble­ment aussi la capa­ci­té d’accueil bien­veillant des abeilles asia­ti­ques.

Si l’on consi­dè­re que le cerveau de l’homme contient cent mille fois plus de cellu­les nerveu­ses que celui de l’abeille, on peut espé­rer que ses facul­tés d’adaptation seront à la hauteur de celle des abeilles. « Les hommes se distin­guent par ce qu’ils montrent et se ressem­blent par ce qu’ils cachent. » Affir­me Paul Valé­ry [La Pléia­de, Œuvres,T.I, 346]; les abeilles aussi, au-delà de leur dialec­te !

Photos JCM

Navi­ga­tion« À LA RECHERCHE DES COCONS CHINOIS III (J-C MARTIN)La « céré­mo­nie du vin » en Chine par JC MARTIN »