Deuxiè­me enfant : pouvoir et ne pas vouloir

Qu’elle est la diffé­ren­ce entre un couple chinois n’ayant pas le droit d’avoir deux enfants et le même couple chinois ne voulant pas avoir deux enfants ? Répon­se : la liber­té. Cette liber­té, nombreux sont les occi­den­taux qui n’y prêtent plus atten­tion en étant né avec. Pour les autres, il s’agit soit de lutter pour l’obtenir, soit d’attendre qu’on leur donne. Dans tous les cas, cette liber­té n’est jamais tota­le afin de respec­ter celle de chacun, ce qui a donné nais­san­ce au célè­bre dicton : la liber­té des uns s’arrête où commen­ce celle des autres.

L’an dernier, le gouver­ne­ment chinois a auto­ri­sé les couples chinois à avoir un deuxiè­me enfant. Pour donner plus de liber­té ? Non ! Sous la pres­sion de l’opinion publi­que inter­na­tio­na­le ? Enco­re moins ! La répon­se est en réali­té bien plus simple en se résu­mant à « Parce que la Chine en a besoin ». Comme pour la plupart des popu­la­tions mondia­les, l’espérance de vie s’est allon­gée et cause en toute logi­que un déséqui­li­bre démo­gra­phi­que avec de plus en plus de person­nes âgées. En Chine ce déséqui­li­bre est d’autant plus marqué qu’avant la loi sur l’enfant unique, un couple rural avait souvent trois enfants et plus. En toute logi­que et même si la cour­be géné­ra­le de la popu­la­tion reste ascen­dan­te, les décen­nies à venir seront marquées en Chine par une haus­se signi­fi­ca­ti­ve du nombre de person­nes âgées.

Si la popu­la­tion chinoi­se a augmen­té de maniè­re régu­liè­re, c’est en effet en gran­de partie grâce à un taux de morta­li­té en bais­se. Le nombre de nais­san­ces a par contre nette­ment bais­sé comme le montre la cour­be ci-dessous.

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Comme dans tout systè­me plani­fié, peu d’espace est lais­sé au choix person­nel. De maniè­re très méca­ni­que, les auto­ri­tés chinoi­ses ont consi­dé­ré qu’en lais­sant les couples avoir un deuxiè­me enfant les premiers effets devraient être consta­tés vers 2040. L’objectif de cette mesu­re n’a en effet rien d’humaniste en étant pure­ment écono­mi­que. Nous sommes en 2015 et la premiè­re vague du « Xi Jinping boom » est prévue pour dans 25 ans, temps mini­mal néces­sai­re à produi­re une person­ne acti­ve. Pour ceux desti­nés à alimen­ter les usines en main-d’œuvre il faudra quel­ques années de moins et quel­ques de plus pour un person­nel quali­fié. Ce délai lais­se le temps de construi­re les infra­struc­tu­res néces­sai­res qu’elles soient scolai­re, médi­cal et autre, ce qui a pour effet complé­men­tai­re de donner du travail tant au secteur du bâti­ment qu’aux fabri­cants de maté­riel, à la forma­tion d’enseignants et donc d’entrainer la crois­san­ce et acces­soi­re­ment le moral de la popu­la­tion.

Volon­tai­re­ment igno­ré durant des années, le problè­me de vieillis­se­ment de la popu­la­tion devient aujourd’hui un véri­ta­ble enjeu d’avenir avec le risque d’une Chine peuplée majo­ri­tai­re­ment de « vieux ». Auto­ri­ser un deuxiè­me enfant a donc été pensé pour corri­ger le tir, mais risque d’être large­ment d’autant plus insuf­fi­sant que cette mesu­re s’avère inef­fi­ca­ce. Alors que les auto­ri­tés chinoi­ses pensaient lever une barriè­re devant un trou­peau heureux de retrou­ver sa liber­té, la majo­ri­té des « moutons » rechi­gne visi­ble­ment à fran­chir la limi­té long­temps impo­sée. Les raisons sont diver­ses en allant d’une forme d’égoïsme à la peur du lende­main en passant par un chan­ge­ment de menta­li­té.

Une autre raison est que les assou­plis­se­ments succes­sifs de la loi et ses détour­ne­ments d’une maniè­re ou d’une autre sont inté­grés depuis long­temps et que la plupart des couples dési­rant deux enfants n’ont pas atten­du cette libé­ra­li­sa­tion. En même temps que l’amélioration des condi­tions de vie, les menta­li­tés se rappro­chent de plus en plus de celles des Occi­den­taux des pays riches. Privi­lé­gier sa propre vie passe en effet par un nombre d’enfants limi­té. Un seul paraît aujourd’hui suffi­sant pour de nombreux couples qu’il s’agisse d’une fille ou d’un garçon, ce même si la supré­ma­tie du « mâle » est enco­re bien ancrée. En Chine, les filles pren­nent leur revan­che depuis quel­ques années sous une forme quel­que peu origi­na­le. Long­temps un fardeau pour le couple, donner nais­san­ce à une fille est aujourd’hui vécu de maniè­re très diffé­ren­te, la futu­re femme et surtout mère deve­nant un bijou précieux et une cause de problè­mes pour les jeunes hommes céli­ba­tai­res.

Dans le prochain arti­cle inti­tu­lé « La faus­se revan­che des brunes » il sera ques­tion de la condi­tion actuel­le de la femme qui derriè­re un progrès appa­rent dissi­mu­le de nombreu­ses déri­ves parta­gées par les deux sexes tant dans leurs origi­nes que dans leurs consé­quen­ces.