Des jour­na­listes mondains viennent goûter aux joies de la campagne chinoise

Forc

Brice Pedro­let­ti pour Le Monde, Ursu­la Gauthier du Nouvel Obser­va­teur (égérie des cercles d’exilés Tibé­tains) ainsi qu’un jour­na­liste de CNN (le média à la base des fausses photos sur le Tibet en 2008) se sont fait refou­ler de manière expé­di­tive lors d’une visite dans le Shan­dong. Le but de cette expé­di­tion était d’interviewer Chen Guang­cheng, actuel­le­ment en rési­dence très surveillée. Cet avocat se trouve dans cette situa­tion depuis qu’il a dénon­cé les avor­te­ments forcés que prati­quaient certains services des affaires sociales.

Si la mission que s’est fixé l’avocat est tout à son honneur et met en avant ces pratiques détes­tables indignes d’un pays comme la Chine, il en est tout autre­ment de pseu­do jour­na­listes venus cher­cher le sensa­tion­nel. Ce genre de dépla­ce­ment de la part de groupes d’intérêts n’a en effet rien à avoir avec le problème lui-même et ne peut faire qu’empirer une situa­tion déjà déli­cate pour l’intéressé. Cela aura toute­fois permis à ces envoyés très spéciaux de goûter aux joies du jour­na­lisme en Chine, ce qui leur permet­tra pour une fois de savoir de quoi ils parlent même si leur version sera édul­co­rée par leur désir de trans­for­mer la véri­té.

Lors de cette visite de cour­toi­sie « impro­vi­sée », ce n’est en effet pas la police offi­cielle qui a secoué les fruits de l’arbre à médias, mais des paysans trans­for­més pour l’occasion en vigiles et rému­né­rés par des cadres locaux pour surveiller le domi­cile de l’avocat. Je vous laisse imagi­ner la surprise de ces personnes voyant arri­ver une horde de « longs nez » se croyant chez eux en raison tant de leur statut d’étrangers que de celui de jour­na­listes. Passé l’effet de surprise, la réac­tion de ses gardiens amateurs a été celle qu’ils réservent à toute personne venue voir d’un peu trop près ce qui ne les regarde pas, et à laquelle les jour­na­listes chinois sont eux habi­tués.

Le pays est en effet parse­mé de divers objets liés à l’activité de jour­na­liste, ceux-ci allant du simple carnet utili­sé pour prendre des notes et lais­sé sur place en raison d’un départ préci­pi­té, à la camé­ra allant finir sa vie numé­rique au fond d’une marre à cochons. Être jour­na­liste en Chine demande non seule­ment une excel­lente connais­sance du pays et de sa culture, mais aussi une bonne condi­tion physique. Savoir courir vite est une base indis­pen­sable chez ses profes­sion­nels parcou­rant les campagnes chinoises, cela afin d’éviter les pluies de hachoirs et d’autres objets plus ou moins lourds.

Les jour­na­listes occi­den­taux n’ont donc en fait reçu cet accueil chaleu­reux qu’en raison de leur statut de jour­na­liste, ce qui prouve la facul­té qu’ont les paysans chinois à inté­grer les immi­grés en leur appli­quant les mêmes avan­tages que pour leurs homo­logues chinois. Aucun racisme donc dans cette atti­tude, même si cette manière de rece­voir des personnes qui n’étaient pas invi­tées peut choquer les inté­res­sés bien plus habi­tués aux récep­tions avec cham­pagne et discours de bien­ve­nues. En Chine, et plus parti­cu­liè­re­ment dans les campagnes, ces zones dont les jour­na­listes parlent si souvent, mais connaissent si peu, il est tradi­tion­nel d’arriver chez quelqu’un avec des présents, cela pouvant aller de simples fruits à une enve­loppe rouge conte­nant quelques billets. Il est bien plus rare d’offrir le dernier camé­scope Sony ou pire d’arriver les mains vides, ce qui a sans doute vexé ces braves paysans qui trouvent dans cet emploi provi­soire de quoi nour­rir leurs familles. Partant de là, il n’est pas éton­nant que l’accueil réser­vé aux jour­na­listes mondains n’ait pas été à la hauteur de leurs espé­rances.

Reste le sort de Chen Guang­cheng qui lui ne chan­ge­ra pas après cette visite et pour­rait même deve­nir pire. Pour les jour­na­leux en goguette, cette histoire est par contre tout béné­fice puisqu’ils ont de la matière pour leurs articles, et pour une fois sur la base d’un vécu réel, ce qui les change de leurs habi­tuels clichés d’un pays qu’ils devraient commen­cer à connaître après quelques autres expé­di­tions de ce genre.