Départ de la croi­sade : Démo­cra­tie en chine

La FranceCe matin en me levant, j’ai déci­dé de partir en croi­sade afin d’inciter les Chinois à s’orienter vers une démo­cra­tie. Pour cela, j’ai potas­sé mes clas­siques et assi­mi­lé la situa­tion actuelle du pays que je connais le mieux, c’est-à-dire le mien : la France.
Fort de cette anté­rio­ri­té histo­rique, je suis donc parti à la rencontre de la popu­la­tion actuel­le­ment soumise au joug du PCC afin de leur démon­trer les avan­tages de notre système ; ci-après le compte rendu de la première réunion :
Après avoir expli­qué à l’assistance les grandes bases égali­taires du système démo­cra­tique, j’entame les points de compa­rai­sons, histoire de bien appuyer sur les diffé­rences.

- Vous devez avoir plusieurs partis poli­tiques, et non un seul comme c’est le cas actuel­le­ment, ces partis devront vous propo­ser des orien­ta­tions diffé­rentes. En fonc­tion de ce qu’ils vous propo­se­ront, vous devrez voter pour le meilleur, qui diri­ge­ra ensuite le pays jusqu’au prochain vote.

- D’accord, mais on n’y connait rien dans la façon de gérer un pays, comment va-t-on savoir quelle est la bonne ?

- Mais nous non plus on n’y connait rien, il vous suffit de choi­sir celui qui fait les plus belles promesses, qui est le plus beau, qui vous fera le plus de cadeaux, etc…

- D’accord, comme c’est le cas main­te­nant, mis à part que l’on aura le choix en plus.

- Voilà, c’est cela ; de toute façon, vous n’aurez fina­le­ment le choix qu’entre deux partis, qui vous promet­tront d’ailleurs à peu près la même chose, seule la forme chan­ge­ra. Les autres partis sont là pour occu­per l’espace et ne servent en réali­té qu’à amener quelques voix aux deux plus impor­tants. Le côté démo­cra­tique est d’en avoir plusieurs.

- Oui, mais si c’est toujours le même qui gagne, cela ne change rien à ce que nous connais­sons aujourd’hui ?

- Nous on fait comme cela depuis des décen­nies et personne ne se plaint.

- Et par qui sont payés ces partis ?

- Par vous et certains grands patrons d’entreprises qui dans les faits sont les vrais diri­geants du pays.

- C’est déjà comme cela ici, on n’aura donc rien à chan­ger.

- Si, le fait qu’il y en aura plusieurs et que par consé­quent, il faudra payer davan­tage.

- Bon, d’accord.

- Vous devez ensuite avoir le droit de mani­fes­ter libre­ment quand vous n’êtes pas d’accord avec les déci­sions du gouver­ne­ment.

- Je ne comprends pas, pour­quoi ne serait-on pas d’accord puisque c’est nous qui les avons élus ?

- Parce que parfois ils ne respectent pas leurs enga­ge­ments.

- Oui, comme main­te­nant.

- Oui, mais aurez le droit de dire que vous êtes mécon­tents, sans que l’on vous envoie l’armée pour vous tabas­ser.

- Ah bon, si l’on est vrai­ment en colère et que l’on casse un peu, pas de problème ?

- Si, là on envoie l’armée ou la police, mais ils tapent moins fort.

- Oui, mais s’ils tapent moins fort, nous on ne pour­ra pas leur taper dessus !

- Oui bon, on passe à autre chose : les syndi­cats. Vous devez avoir le droit de créer des syndi­cats qui veille­ront à la sauve­garde de vos inté­rêts en matière de travail.

- Vous avez ça en France ?

- Oui, depuis long­temps.

- Et beau­coup de personnes en font partie ?

- 8.2 %, mais ce n’est pas la ques­tion, vous devez avoir le droit.

- Et qui paye ces gens-là ?

- Vous.

- Pas inté­res­sant, je préfère me défendre tout seul ou avec mes collègues.

- Nous aussi, mais c’est le prin­cipe qu’il faut regar­der ; on ne vous demande pas de l’utiliser, mais d’avoir le droit.

- Et si un respon­sable syndi­cal va se plaindre au sujet d’un problème, le patron lui donne raison ?

- Non, rare­ment et parfois trouve une bonne raison pour le mettre à la porte.

- Oui, comme main­te­nant ; ça ne change pas grand-chose.

- Bon, la presse doit être ensuite libre, c’est-à-dire qu’elle doit avoir le droit de criti­quer le pouvoir si elle en a envie et ne me dites pas que c’est comme ça chez vous !

- Non, ici ils n’ont pas le droit, car les jour­naux doivent suivre ce que dit le gouver­ne­ment, ce serait bien de dénon­cer les problèmes de corrup­tion, les copi­ne­ries, etc..

- Déci­dé­ment, vous ne compre­nez rien, on ne vous dit pas qu’ils doivent le faire, mais qu’ils ont le droit de le faire. En réali­té, ils ne le font pas, car les jour­naux appar­tiennent à de grands groupes, dont les patrons sont les amis des poli­tiques et si un jour­na­liste est trop ennuyeux, il est viré.

- Ah bon, ça ne change rien alors ?

- Si, ils ont le droit.

Devant ce mur d’incompréhension, je décide d’attaquer un sujet où je suis sûr d’avoir leur appro­ba­tion : les reve­nus.

- Aujourd’hui, un petit nombre de vos compa­triotes gagnent beau­coup d’argent et en contre­par­tie, un grand nombre d’entre vous ont tout juste de quoi vivre. Les richesses doivent par consé­quent être beau­coup mieux répar­ties.

- Et comment faites-vous en France pour répar­tir ces richesses ?

- Les taxes, les impôts. En France le moindre reve­nu est taxé et impo­sé.

- Même s’ils n’ont pas beau­coup de reve­nus ?

- Oui, tout le monde paye, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment.

- Pas inté­res­sant, aujourd’hui je ne paye rien.

- Mais cela vous permet­tra d’avoir de belles routes, de belles mairies, etc.

- Pour les mairies, elles sont déjà somp­tueuses ici, et je n’ai pas de voiture.

- Juste­ment, vous pour­rez en avoir une.

- Mais elle sera taxée ?

- Oui

- Pas inté­res­sant ; et les riches payent beau­coup d’impôts et de taxes ?

- Pas tous, certains ont des combines pour y échap­per comme les para­dis fiscaux du Luxem­bourg ou de Mona­co.

- Oui, comme nous main­te­nant avec Hong Kong ; ça ne change pas grand-chose non plus. Vous n’avez pas de pauvres dans votre pays ?

- Si, de plus en plus ; mais là aussi, il s’agit plus du prin­cipe que de son appli­ca­tion et puis nous les pauvres, on les aide à gérer leur pauvre­té.

- Oui, c’est aussi comme chez nous ; le gouver­ne­ment leur donne un peu pour qu’ils soient un peu moins pauvres, mais ne ils ne seront jamais riches.

Je mets fin à la réunion, j’avoue très déçu de ma pres­ta­tion en tant que porteur des valeurs de démo­cra­tie qui m’ont été trans­mises. Sans doute n’ai-je pas été convain­cant tant il est vrai que je n’ai jamais eu le moindre talent d’orateur poli­tique et préfère doré­na­vant lais­ser la place aux profes­sion­nels, qui sauront eux trou­ver les bons argu­ments pour mener le trou­peau des Chinois vers les herbeux pâtu­rages de la liber­té, de l’égalité et de la frater­ni­té.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.