Démo­cra­tie en Chine : les Chinois en veulent-ils ? (I)

refletsdechineDepuis 1949, la Chine est une dicta­ture. Elle l’était égale­ment aupa­ra­vant et l’aurait été tout autant si Tchang Kai Check avait gagné la guerre civile. Vu en effet comment le géné­ra­lis­sime a régné sur Taiwan jusqu’à sa mort, il est fort probable qu’un système plus ou moins monar­chique aurait été mis en place et n’aurait pas davan­tage profi­té à la popu­la­tion, si ce n’est une présence occi­den­tale plus précoce et plus marquée que ce qu’elle est de nos jours. Si cette forme de pouvoir sans partage n’a pas gêné grand monde durant les 50 premières années, elle est souvent citée aujourd’hui comme une tare affec­tant ce pays que « tout le monde aime­rait bien sans cette tache poli­tique faisant désordre ».

Pour être accep­tée idéo­lo­gi­que­ment par les autres nations, il faudrait donc que la Chine devienne une démo­cra­tie, ce même si ce système est diffi­ci­le­ment défi­nis­sable tant il en existe des versions diffé­rentes. Dès lors, ses produits seraient de meilleure quali­té, sa présence sur la scène poli­tique moins voyante, ses besoins de ressources moins dange­reux pour notre confort, la popu­la­tion plus heureuse dans un pays moins polluant et surtout permet­trait à n’importe quel Chinois de trai­ter son président de connard, jouis­sance ultime à laquelle aspire tout être humain norma­le­ment consti­tué.

Bien des choses dans la vie étant plus souvent prises que données, voyons comment la Chine peut parve­nir à ce nirva­na permet­tant de glis­ser tous les cinq ans un bulle­tin de vote dans une urne, et/ou de se prendre un coup de matraque donné par un superbe garde-mobile lors d’une mani­fes­ta­tion contre l’allongement de la durée du travail (je cari­ca­ture). Les solu­tions sont en fait peu nombreuses si l’on regarde le passé même loin­tain des nations étant passé d’un système à un autre, les descen­dants ne faisant qu’en héri­ter, ce qui semble leur confé­rer un droit de cuis­sage sur les nations jugées infé­rieures.

La première est l’usure du précé­dent pouvoir. N’ayant plus rien à offrir et s’étant préa­la­ble­ment large­ment servis, les ex-dirigeants proposent géné­reu­se­ment à leur popu­la­tion de se débrouiller seuls, ce qui permet aux anciens cadres diri­geants d’aller passer ailleurs le reste de leur vie après avoir copieu­se­ment alimen­té les comptes en banque de ces pays accueillants.

Une deuxième possi­bi­li­té est la prise de pouvoir par l’armée, comme cela arrive dans de nombreuses nations souvent four­nies en armes par les démo­cra­ties. Le résul­tat est rare­ment posi­tif, les gradés ayant le plus grand mal à lais­ser le pouvoir lorsqu’ils y ont gouté, ce malgré leurs promesses d’avant le coup d’État. En Chine la prise de pouvoir par l’armée est quasi impos­sible d’une part parce qu’elle est « très entou­rée » poli­ti­que­ment et d’autre part que les diri­geants font le maxi­mum pour mettre à sa dispo­si­tion tous les jouets pour l’occuper.

Je passe volon­tai­re­ment sur une démo­cra­ti­sa­tion ayant pour origine un renver­se­ment opéré par des reli­gieux, cette liber­té d’expression semblant par expé­rience incom­pa­tible avec un culte quel­conque. En Chine aucun risque de ce côté, les reli­gions étant canton­nées à leurs seules préro­ga­tives origi­nales en étant super­vi­sées par le pouvoir. De la même manière je ne vais pas m’appesantir sur la mode actuelle faisant que les renver­se­ments de régime sont du fait de puis­sances étran­gères. Dans ce cas, la fina­li­té n’est que de mettre une fin à un système jugé trop peu coopé­ra­tif écono­mi­que­ment, ce qui a pour effet que les amis d’hier deviennent les enne­mis d’aujourd’hui. La tech­nique consiste à orga­ni­ser une oppo­si­tion poli­tique, au besoin armée par les soins de ces mêmes « démo­cra­ti­seurs »,en espé­rant ensuite voir les nouveaux diri­geants se montrer recon­nais­sants. Des essais peu concluants ont été tentés en Chine avec de pseu­do dissi­dents formés aux USA, mais n’ont pas donné les résul­tats escomp­tés, faute d’écho et d’intérêt de la part de la popu­la­tion.

On en vient au plus gros morceau qui serait la volon­té du peuple, ou du moins d’une majo­ri­té de celui-ci. S’il s’agit là d’une forme de « voie royale », celle-ci n’a jamais été réel­le­ment employée malgré ce qu’en pensent beau­coup d’héritiers. Une révo­lu­tion telle que celle de 1789 en France, et large­ment inspi­rée par celle amri­caine de 1776, n’a été initiée que par un petit nombre de bour­geois riches dési­rant rempla­cer la noblesse de l’époque, ce qui a valu qu’un roi laisse sa place quelques années plus tard à un empe­reur. C’est à quelque chose près cette vision qu’avait Tchang Kai Check, mais qu’il n’a pu mettre en appli­ca­tion que sur sa Sainte Hélène Taïwa­naise.

À la limite, mai 68 ressemble bien plus une aspi­ra­tion réel­le­ment popu­laire que la révo­lu­tion de 1789, même si elle trouve son fonde­ment dans des reven­di­ca­tions syndi­cales. Si certains voient 200 ans plus tard en Tianan­men une réplique de ce qui s’est passé en France, les points communs sont malgré tout assez diffi­ciles à trou­ver malgré ce que divers idéo­logues tentent de nous faire croire. Le terrain étant à présent déga­gé, la suite de cet article aura pour but de donner les divers aspects d’une envi­sa­geable démo­cra­ti­sa­tion de la chine. Pour que le peuple puisse diri­ger son pays (démo­cra­tie) encore faut-il que celui-ci le veuille, ce qui est loin d’être aussi évident.