Demain je fais la révo­lu­tion en Chine, mais juste à la télé

Audience

Depuis le renver­se­ment du régime tuni­sien, la Chine est auto­ma­ti­que­ment citée lors de chaque mouve­ment popu­laire. Décrites comme étant spon­ta­nées et du seul fait d’habitants en colère irri­tés par une succes­sion d’abus en tous genres, ces révo­lu­tions s’enchaînent à un rythme régu­lier. De leurs côtés, certaines opinions publiques occi­den­tales prennent fait et cause pour ces peuples, oubliant d’un coup des décen­nies d’amitié plus ou moins mercan­tile avec ces mêmes diri­geants. On range soigneu­se­ment au fond d’un tiroir l’album des photos faites des dernières vacances tuni­siennes ou égyp­tiennes. Certaines de celles-ci risque de s’avérer en effet mora­le­ment compro­met­tantes, car mettant en scène l’épouse en short et sandales locales marchan­dant au plus bas un souve­nir. Comme il ya de fortes chances que cette vieille marchande fasse partie des mani­fes­tants ayant risquer leurs vies pour vivre mieux, cela fait tache dans cet huma­nisme soudai­ne­ment exacer­bé.

Ces opinions publiques sont donc deve­nues majo­ri­tai­re­ment révo­lu­tion­naires, mais à distance, ce qui évite les risques inhé­rents à ce genre d’évènements. Confor­ta­ble­ment assis sur leur cana­pé, ce sont ces personnes, intel­lec­tuel­le­ment assis­tées par les médias, qui rêvent d’un mouve­ment simi­laire en Chine. Bien enten­du, le mot de démo­cra­tie est sur toutes les lèvres, même si dans les esprits d’un grand nombre se profile la vision de milliers « d’Arabes » rentrant dans leur pays enfin libé­ré. Ces révo­lu­tions seraient donc à leurs yeux un moyen de résoudre en partie les problèmes liés à l’immigration et par déduc­tion à l’insécurité ainsi qu’à une partie du chômage.

En ce qui concerne la Chine, et là encore derrière ce paravent « démocratico-humaniste », c’est la vision de milliers d’emplois relo­ca­li­sés qui font frémir de plai­sir ces accros des TF1 et autres machines à laver les cerveaux. Un mouve­ment simi­laire à ceux surve­nus en Tuni­sie, Égypte ou derniè­re­ment Lybie provo­que­rait en effet pour une longue durée une insta­bi­li­té sociale et donc écono­mique, ce qui laisse là encore penser à certains à la réso­lu­tion de certains problèmes pour­tant pure­ment internes.

Afin de confor­ter un large public dans cette idée d’une crainte de conta­gion ressen­tie par les auto­ri­tés chinoises, les médias expliquent en long et en large que les mots Tuni­sie, Égypte, Jasmin et autres sont stric­te­ment filtrés. Si cela s’est avéré faux, pas grand monde dans ce milieu fait d’esprits embru­més ne le sait et ne cherche même à la véri­fier. Il est d’ailleurs assez amusant de consta­ter qu’une grande partie de l’opinion publique se défie des médias en raison de leurs mensonges chro­niques, sauf dans le cas de la Chine où la plupart des âneries jour­na­lis­tiques sont prises comme argent comp­tant, la dernière étant l’affaire d’espionnage chez Renault qui aujourd’hui se dégonfle telle une baudruche crevée.

L’envie de voir la Chine à feu et à sang est telle­ment tenace chez certains que dimanche dernier des agita­teurs plus moins télé­gui­dés et profes­sion­nels ont lancé un appel en vue de mani­fes­ter pour une démo­cra­ti­sa­tion du régime, mais visi­ble­ment sans beau­coup d’écho. Ce peu d’audience n’a pas empê­ché les médias de se livrer à leur jeu favo­ri, allant jusqu’à asso­cier des scènes de rues surpeu­plées en cette période de fêtes au résul­tat de ces appels à mani­fes­ter.

Ce ne sera donc pas encore cette fois que l’on verra ressor­tir les éter­nelles photos des chars de la place Tien Anmen commen­tées par Ursu­la Gauthier, corres­pon­dante perma­nente (la durée hein, pas la coif­fure !) du Nouvel Obs, un masque à gaz sur le visage comme aux plus belles heures de la guerre contre l’Irak. Pour cette bien plus char­mante que talen­tueuse jour­na­liste, ce retard s’avère une aubaine, car la pauvre « mondaine » sort tout juste d’un voyage mouve­men­té dans le Shan­dong où elle a fait connais­sance de ceux dont elle parle depuis des années sans pour cela n’en avoir visi­ble­ment jamais rencon­tré physi­que­ment.

Toujours est-il que ce que ces jour­na­leux et cette partie de l’opinion publique ne comprennent pas, ou se refusent à comprendre, c’est que de la Révo­lu­tion fran­çaise au renver­se­ment de l’ex-ami Libyen de la France, un peuple ne se met réel­le­ment en colère que lorsqu’il a faim où n’a rien à perdre, ou encore lorsqu’un grand nombre d’habitants peuvent espé­rer voir leur situa­tion person­nelle s’améliorer. Or, si les écarts de richesses sont en Chine de véri­tables gouffres, l’immense majo­ri­té des Chinois vivent de mieux en mieux. Cette évolu­tion est large­ment du fait du gouver­ne­ment, non pas tant pour le bonheur du peuple, mais pour assu­rer son main­tien au pouvoir.

De plus, une grande partie de la popu­la­tion chinoise a, à tort ou à raison, l’espoir de voir ses condi­tions s’améliorer, non pas grâce à un chan­ge­ment de régime, mais en se débrouillant seul et en profi­tant au maxi­mum du système en place. À titre d’information pour les fraî­che­ment lavés qui passe­raient par ce site, un boule­ver­se­ment poli­tique quel qu’il soit n’a jamais rien rappor­té au peuple dans son ensemble, et a dans bien des cas unique­ment favo­ri­sés ceux ayant initié ce mouve­ment (voir la encore l’histoire de la Révo­lu­tion fran­çaise ou plus récem­ment de l’Iran ou de l’Irak). Ce n’est pas que je sois hostile à une Chine démo­cra­ti­sée, mais d’une part aucun des adeptes de ce système ne m’a expli­qué le moindre mode de fonc­tion­ne­ment envi­sa­gé en Chine, et ensuite cela ne me regarde pas car ne concerne que les seuls Chinois et eux seuls. Les inter­ven­tions occi­den­tales dans l’exportation d’un système décrit comme « le moins pire » ayant donné ce que l’on sait, je reste très perplexe sur son appli­ca­tion dans un pays où il y a seule­ment 60 ans on s’entretuait sous le prétexte d’être commu­niste ou natio­na­liste.

Les seules condi­tions d’un échauf­fe­ment social d’importance restent des raisons très basiques comme une forte infla­tion ou des cadres locaux dépas­sant de trop des limites pour­tant souvent assez floues. Même dans ce cas, ces agita­tions seraient très loca­li­sées et le simple rempla­ce­ment d’un gouver­neur ou de quelques « roite­lets » locaux étein­drait l’incendie. Mais les jeunes me direz-vous ! Il s sont comme tous les jeunes de bien des pays, c’est-à-dire vête­ments à la mode, iPhone et autres gadgets et n’ont dans leur ensemble aucune envie de se faire bala­frer une joue ou de mettre en péril une vie non pas idéale, mais suffi­sante pour atta­quer l’âge de la tren­taine et entrer dans le rang des pères et mères de famille nouvel­le­ment embour­geoi­sés.

Si la Chine est appe­lée à chan­ger poli­ti­que­ment, cela se fera donc dans un calme très confu­céen et en prenant le temps. Même si cela est pour déplaire aux agita­teurs et autres révo­lu­tion­naires de salon faus­se­ment auto­pro­cla­més intel­lec­tuels, la Chine d’aujourd’hui n’éprouve pas le désir de chan­ger, car ses habi­tants consi­dèrent qu’ils ont déjà perdu assez de temps au nom de ces idéo­lo­gies lais­sant croire à des lende­mains meilleurs qui se font ensuite attendre. Pour conclure, je dirai que la seule chose prévi­sible concerne les « fouteurs de merde », ceux-ci risquant de se salir les doigts bien plus que de se les lécher, bien que pour cette caté­go­rie de personnes la matière fécale soit une nour­ri­ture quoti­dienne.