De la pomme de terre au TGV : les tran­ferts de tech­no­lo­gies

mainLe trans­fert tech­no­lo­gique est un terme souvent usité lors de la signa­ture de contrats avec la Chine. Cet accord a pour effet de permettre au pays ou à l’entreprise locale concer­née de fabri­quer elle-même le produit, et ce, après le délai stipu­lé par ledit contrat. Bien évidem­ment, ce trans­fert est payant et peut prendre diverses formes ou enga­ge­ments allant de la vente pure à un parte­na­riat futur sur un autre produit.

Tel l’enfant qui vient de naître, ou du moins qui tente de le faire croire, certains trouvent à redire sur ce système, hurlant au pillage indus­triel. La Chine est un des pays les plus souvent cités dans ces attaques, car ayant accu­mu­lé un retard certain dans divers secteurs, désire combler celui-ci en ache­tant diverses tech­no­lo­gies déve­lop­pées jusqu’à présent par des nations plus en avance. Si cette posi­tion de leader est bien réelle, ces nations le doivent souvent au fait que, débar­ras­sées des problèmes de base liés à l’autosuffisance alimen­taire et autres, elles ont pu consa­crer leurs forces vives, mais égale­ment les moyens finan­ciers afin de déve­lop­per les secteurs de pointe. Ces pays étant main­te­nant en grande partie équi­pés de ces tech­no­lo­gies, il était indis­pen­sable de trou­ver de nouveaux clients afin de renta­bi­li­ser des inves­tis­se­ments lourds et garan­tir un maxi­mum d’emplois créés autour de ces produits.

La Chine est donc souvent présen­tée comme un pilleur de ressources, chose incon­ve­nante s’il en est, surtout pour des personnes à la mémoire sélec­tive. C’est en effet oublier volon­tai­re­ment bien vite que nous avons-nous aussi large­ment utili­sé ce mode, mais en l’habillant comme bien souvent de termes plus présen­tables. Une des grandes nouveau­tés des trans­ferts modernes de tech­no­lo­gie est d’avoir le mérite d’être au moins rétri­buée à son concep­teur, ce qui est loin d’avoir toujours été le cas.

De la pomme de terre rame­née des Amériques au maïs, ces produits ont en effet empê­ché bon nombre de famines à une époque où la châtaigne était un des rares fécu­lents comes­tibles, et bien que sauvant la vie de milliers de personnes, les pays d’origine n’en ont été que peu ou pas dédom­ma­gés.

L’utilisation de la poudre, le prin­cipe de la bous­sole n’ont pas davan­tage rappor­té de royal­ties aux Chinois, pas plus que la majo­ri­té des inven­tions et autres décou­vertes issues de pays alors loin­tains.

Nos musées sont égale­ment le miroir d’un système de trans­fert de tech­no­lo­gie cultu­relle sur une base de pillage systé­ma­tique, et qui là égale­ment n’a donné lieu à la moindre indem­ni­sa­tion. Un person­nage comme André Malraux sera empri­son­né en 1923 au Cambodge pour avoir tenté de se refaire une fortune en volant des statues d’un très ancien temple, mais sans doute là aussi désirait-il procé­der à un simple trans­fert de proprié­té.

L’après-guerre n’a pas été sans son lot de « dépla­ce­ments », non pas tech­no­lo­giques, mais humains avec le départ vers les U.S.A d’une partie des cher­cheurs nazis atta­chés à déve­lop­per les derniers missiles, et dont un certain nombre ont élabo­ré par la suite les plans des divers programmes améri­cains dans le domaine de la conquête de l’espace.

Ce qui était donc auto­ri­sé et gratuit autre­fois est donc aujourd’hui criti­qué en raison de la sempi­ter­nelle éponge du temps, dont les utili­sa­teurs ne font jamais mention de la date avant laquelle on pouvait l’utiliser et de celle à partir du moment où cela est pros­crit, histoire de se lais­ser une ouver­ture au cas où il faudrait utili­ser à nouveau ce système. Il est vrai que certains pays ont trou­vé une façon bien plus subtile de s’approprier des richesses ou des terri­toires, en arguant par exemple de la présence d’armes de destruc­tion massive ou autres excuses du genre.

Cette éponge magique est donc l’outil idéal pour oublier ce qui est déplai­sant, et ne garder qu’un passé récent bien plus glorieux, effa­çant du même coup des siècles de trans­ferts tech­no­lo­giques de toutes nature, et rare­ment rému­né­rés aux proprié­taires.

Reste ensuite qu’inventer les meilleurs produits est une chose certes très valo­ri­sante, mais encore faut-il ensuite trou­ver les clients en mesure de les acqué­rir ; avoir inven­té le Concorde est une chose magni­fique, mais ne l’ayant jamais vendu, se révèle un échec total. À moins en effet de créer des dizaines de lignes TGV pour relier Paris à sa proche banlieue, il ne reste plus qu’à pros­pec­ter afin de trou­ver des clients suscep­tibles d’être acqué­reurs de ces dernières tech­no­lo­gies, et qui par leurs achats vont faire fonc­tion­ner nos indus­tries. Garder à vie les secrets de fabri­ca­tion d’un produit relève du rêve éveillé, car un jour ou l’autre le pays inté­res­sé devient capable de le faire, et ne doit à ce moment-là plus rien à personne. Il est évident que les clients se faisant rares, ceux-ci deviennent de plus en plus exigeants, mais il ne s’agit là que d’une logique commer­ciale.

Si la Chine, avec sa puis­sance finan­cière, est deve­nue une des clientes les plus cour­ti­sées, elle a au moins le mérite de payer ses achats, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé de bien d’autres pays mora­li­sa­teur aujourd’hui, mais qui étaient bien moins regar­dant avant l’invention de cette éponge, qui elle aussi pour­rait bien faire l’objet dans l’avenir d’un trans­fert de tech­no­lo­gie.